La commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, a abordé pour la première fois les préoccupations des législateurs et des acteurs du secteur de la santé de l’UE concernant une coupe d’un milliard d’euros dans le principal programme de financement européen pour la santé, déclarant qu’une évaluation complète était encore nécessaire pour savoir quelles initiatives devaient être priorisées.
La coupe d’un milliard d’euros du programme « L’UE pour la santé » (EU4Health) doté de 5,3 milliards d’euros signifie que des « décisions politiques difficiles » devront être prises, a déclaré Stella Kyriakides aux membres de la commission de l’Environnement et de la Santé publique (ENVI) du Parlement européen lundi soir (11 mars).
« Il sera prématuré de quantifier les effets exacts de cette coupe budgétaire sur les différents domaines de travail » liés au programme, a-t-elle déclaré aux députés européens.
« Nous devons être très méticuleux. Nous devons étudier la situation de près. Nous devons procéder à une évaluation très complète. Nous devons donner la priorité aux initiatives qui répondent aux préoccupations immédiates en matière de santé », a-t-elle poursuivi.
« Il sera très important pour nous […] d’encourager et de maximiser toutes les synergies avec tous les autres fonds pertinents de l’Union, comme les programmes Horizon Europe et le programme Digital Europe », a déclaré Mme Kyriakides.
Les dirigeants de l’UE ont décidé de cette coupe dans le domaine de la santé lors d’un sommet le 1er février après avoir choisi de redéployer 10,6 milliards d’euros provenant de différents programmes de l’UE dans le budget 2021-2027 de l’UE pour financer l’aide à l’Ukraine.
Les acteurs de la santé et les députés européens ont rapidement critiqué les coupes budgétaires dans ce domaine. Néanmoins, les députés européens ont donné leur feu vert à la réaffectation des fonds pour l’aide à Kiev lors de la séance plénière du Parlement le 27 février dernier.
Le programme de travail EU4Health 2024 ne sera pas modifié. Toutefois, selon Mme Kyriakides, des décisions difficiles concernant la période 2025 seront prises dans le courant de l’année.
Après avoir qualifié la réduction de « baisse significative », Mme Kyriakides a maintenu qu’un « budget très important » était toujours prévu.
« Notre engagement à déployer tous les moyens possibles pour renforcer les soins de santé dans l’UE ne pourrait être plus fort, et nous ferons tout notre possible pour limiter l’impact de ce redéploiement sur nos priorités », a déclaré Mme Kyriakides aux eurodéputés de la commission ENVI.
Le programme EU4Health a déjà subi une coupe significative lors des négociations budgétaires en 2020, lorsque la proposition initiale de la Commission d’allouer 9,4 milliards d’euros a été presque réduite de moitié, un budget de 5,3 milliards d’euros ayant finalement été adopté pour la période 2021-2027 — ce qui reste cependant le montant le plus important jamais alloué par l’UE à la santé.
Déterminer les priorités
Le renforcement des ambitions de l’UE en matière de santé s’accompagne d’un grand nombre de priorités différentes.
À la suite de la pandémie de Covid-19, de nombreux fonds européens ont été alloués à la prévention, à la préparation et à la réaction aux urgences sanitaires, notamment par l’intermédiaire de l’Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA).
À cela s’ajoute la mise en œuvre d’une série de nouvelles législations sanitaires, révisées ou en cours d’élaboration, notamment les règles sur les substances d’origine humaine (SoHO), le règlement de l’UE sur l’évaluation des technologies de la santé, l’espace européen des données de santé (EHDS) et la révision de la législation pharmaceutique de l’Union européenne.
Les priorités du plan européen de lutte contre le cancer de 2021 et de la stratégie de l’UE en matière de santé mondiale de 2022 ont également été mises en avant ces dernières années, le premier étant particulièrement important pour la Commission von der Leyen.
Lors de la réunion de lundi, plusieurs députés de la commission ENVI ont exprimé leur inquiétude sur le fait que les coupes seraient perçues par les citoyens de l’UE comme un manque d’engagement envers les priorités de santé. Beaucoup ont demandé à Mme Kyriakides de clarifier ces priorités ou de prendre des mesures concrètes pour que la santé reste parmi les priorités à l’ordre du jour de l’UE.
Mais aucune réponse concrète n’a été donnée.
« Je ne suis pas en mesure de vous donner des détails maintenant, mais je peux vous assurer d’une chose : nous travaillerons en étroite collaboration avec les États membres et le Parlement européen. Ainsi, tout en travaillant sur le programme de l’année prochaine, je reviendrai pour discuter des différentes priorités avec vous », a assuré Mme Kyriakides.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]



