Droit à l’avortement : les partis au pouvoir en Pologne restent divisés

La libéralisation de la loi sur l’avortement était une des promesses faites par certains partis d’opposition au cours de la campagne électorale de l’année dernière. [Shutterstock/Wiola Wiaderek]

Les partis au pouvoir en Pologne ont présenté des projets de loi distincts visant à rendre le droit à l’avortement plus accessible, proposant de le rendre légal jusqu’à la 12e semaine de grossesse, mais certains députés restent sceptiques quant à la nouvelle proposition.

La libéralisation de la loi sur l’avortement était une des promesses faites par certains partis d’opposition au cours de la campagne électorale de l’année dernière. Toutefois, une fois réunis au sein du gouvernement du Premier ministre Donald Tusk, ces partis ont du mal à définir une position commune sur la question.

La position la plus libérale est celle de La Gauche (S&D), qui a soumis son projet de loi en novembre, quelques jours après l’entrée en fonction du nouveau parlement. Le texte proposé par le parti comprend une disposition qui légaliserait l’avortement à la demande jusqu’à la douzième semaine de grossesse.

Un texte similaire a été préparé par la Coalition civique de Donald Tusk (KO, PPE/S&D) et soumis au parlement jeudi (25 janvier). Mais alors que la gauche a plus ou moins consolidé ses positions sur l’avortement, la Coalition civique, qui comprend de nombreux démocrates-chrétiens, est sans doute plus divisée sur la question.

« Nous sommes prêts à soumettre à la Diète, dans les prochaines heures, un projet de loi pour un avortement légal et sûr jusqu’à la 12e semaine », a déclaré mercredi le Premier ministre Donald Tusk.

Cependant, pour M. Tusk, qui se dit catholique, l’avortement ne semble pas être le sujet le plus facile à aborder, et la priorité qu’il accorde à l’avortement sur demande semble être motivée par des intérêts politiques plutôt que par un sentiment d’urgence.

Le bloc centriste de la Troisième voie est le plus conservateur des partis du camp de Donald Tusk et le plus frileux en ce qui concerne l’avortement.

L’un des partis associé dans Troisième voie, le parti de centre et écologiste Poland 2050 (Renew Europe), est dirigé par le président du parlement Szymon Hołownia, un ancien activiste catholique et animateur de télévision de divertissement qui, dans sa jeunesse, voulait rejoindre l’ordre dominicain, mais a abandonné le noviciat à deux reprises.

Bien que de nombreux députés de la Troisième voie soient ouvertement opposés à l’avortement, le bloc souhaite remettre la décision entre les mains des citoyens. « La Troisième voie veut un référendum sur l’avortement », a déclaré M. Hołownia à Rzeczpospolita en décembre.

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Ll’inscription de l’avortement dans la Constitution française, au cœur d’un projet de loi présenté mercredi en conseil des ministres, dénote en Europe où le droit à l’IVG continue dans de nombreux Etats à faire l’objet de restrictions.

Pas de consigne de vote

Bien que tous les membres du bloc de la Troisième voie, composé de Poland 2050 et du Parti paysan polonais de centre droit (PSL, EPP), ne soient pas opposés à la libéralisation des lois sur l’avortement, ils sont les moins convaincus par les projets de loi les plus permissifs.

Interrogé sur le fait de savoir si son parti soutiendrait le texte proposé par la Coalition Civique, l’ancien ministre de l’Agriculture Marek Sawicki, porte-parole du PSL au parlement, a déclaré qu’aucune décision n’avait encore été prise à ce sujet.

« Quoi qu’il en soit, je sais qu’un grand nombre de députés ne soutiendront certainement pas ce projet », a-t-il déclaré à l’Agence de presse polonaise (PAP), ajoutant qu’il voterait contre la libéralisation de l’avortement.

« Je n’ai pas l’intention de changer d’avis dans le contexte actuel », a-t-il ajouté. Il pense que la plupart des législateurs du PSL feraient de même.

L’ancien gouvernement du parti Droit et Justice (PiS, CRE) avait réussi à restreindre la loi polonaise sur l’avortement, alors déjà très stricte, suite à une décision du tribunal constitutionnel contrôlé par le gouvernement. Celui-ci avait décidé d’interdire les avortements dans les cas de fœtus non viable.

L’arrêt de 2020 avait entraîné des manifestations massives dans les rues des villes polonaises contre le PiS et l’Église catholique, qui avaient alors approuvé la décision du tribunal, et salué un droit de protection des enfants à naître.

Avant l’arrêt de 2020, la Pologne avait conclu un « compromis sur l’avortement » en 1993, restreignant le droit d’avorter sur demande de l’ère communiste. Ce compromis n’autorisait l’avortement qu’en cas de grossesse résultant d’un viol, de menace pour la vie de la mère ou de fœtus non viable.

Pologne : la coalition pro-européenne veut libéraliser le droit à l'avortement

La libéralisation de l’avortement jusqu’à la 12ème semaine de grossesse, et sa dépénalisation, sont deux propositions législatives déposées par les députés fraichement élus, membres de la nouvelle coalition civique polonaise.

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