Carlos Moedas :«l’industrie européenne doit s’engager vers le numérique»

Carlos Moedas [Amis de l'Europe]

L’Europe a une base industrielle et des secteurs traditionnels solides. Les pays européens ne parviennent toutefois pas à passer au numérique, regrette le commissaire à l’innovation Carlos Moedas. La transition représente selon lui un facteur décisif de la réussite de l’Europe. 

La Commission européenne a présenté le programme de recherche et innovation de l’UE jusqu’à 2017. Un total de 16 milliards d’euros sera alloué à des priorités telles que la compétitivité industrielle et la stratégie numérique.

Carlos Moedas est le commissaire en charge de la recherche, de la science et de l’innovation. Il a répondu aux questions de Jorge Valero.

Le mois prochain, cela fera un an que vous avez pris vos fonctions à la Commission européenne. Quel sera le leitmotiv du reste de votre mandat ?

La question à se poser est comment faire un meilleur usage de l’argent du contribuable. C’est justement l’objectif du label d’excellence présenté le 12 octobre. C’est un petit pas en avant qui peut avoir un impact énorme puisque ces 10-15 dernières années, les gens se demandaient comment les fonds structurels pouvaient mieux servir dans le cadre d’Horizon 2020.

Les gens ont tout essayé, mais pour être honnête, ça n’a pas marché. Avec ce label, nous nous engageons politiquement à abattre les obstacles entre ces deux fonds. Quand j’ai pris mes fonctions, je me suis dit que j’allais essayer de trouver des solutions pragmatiques, et ça fonctionne.

Ces derniers mois, vous avez répété votre devise : « ouvert à l’innovation, ouvert à la science et ouvert au monde ». Qu’est-ce que cela implique ?

C’est une phrase qui devrait vouloir dire, du moins dans l’esprit des Européens, que si vous voulez améliorer la science et l’innovation, vous devez être dans un système ouvert. Or dans un monde numérique, vous êtes dans un système où vous n’avez plus de barrières. Si vous essayez de fermer votre pays, ou de pratiquer le protectionnisme, vous aurez moins d’innovation et moins de science. Il y a bien sûr des avantages et des inconvénients, mais les avantages sont beaucoup plus importants pour la société dans son ensemble.

Le jugement rendu par la Cour de justice de l’Union européenne sur le Safe Harbor va-t-il à l’encontre de cette ouverture ?

En tant que commissaire, je ne commenterai pas les décisions de la Cour. Elles doivent être respectées. L’ouverture est aussi synonyme de responsabilité. L’ouverture ne signifie pas que je peux faire ce que je veux, mais cela signifie plus d’intégrité. C’est pourquoi nous avons lancé le Research Integrity Project.

>> Lire : Les eurodéputés réclament aussi un nouvel accord de Safe Harbor

Nous présenterons bientôt un système selon lequel si vous participez à notre programme, vous devez prouver que vous ne trichez pas, que vous ne faites pas de plagiat, entre autres. Nous entrons dans un monde que nous ne connaissons pas. Encore une fois, l’ouverture ne se fera pas sans responsabilité ou restrictions. Les gens ont besoin de savoir où sont leurs données. Nous avons besoin de nous sentir en sécurité. D’un autre côté, nous devrions lâcher prise.

Un groupe d’États membres vous a récemment écrit pour vous demander de faire tous les efforts nécessaires pour que la recherche et l’innovation soient placées plus haut dans l’agenda de la Commission pour l’année prochaine. Ils sentent que cette question a été négligée pour 2016. Qu’avez-vous à leur répondre ?

La recherche et l’innovation sont une priorité pour toute la Commission. Elles se trouvent dans toutes les stratégies de la Commission : l’Union de l’énergie, le marché unique numérique. Le rôle de la Commission n’est pas seulement de créer des lois. Je comprends l’inquiétude des ministres et je leur parlerai personnellement. Il ne s’agit pas de plus de lois, mais de meilleures lois.

L’été dernier, vous avez avancé l’idée d’un conseil européen pour l’innovation, mais un tel organe existe déjà : l’institut européen d’innovation et de technologie (EIT). N’est-ce pas redondant ?

L’idée du Conseil européen pour l’innovation n’a rien à voir avec l’EIT. Le but n’est pas de créer une nouvelle institution, mais de regrouper les instruments à notre disposition liés à l’innovation. La plupart des innovateurs ne savent pas vers où se tourner, à cause de la variété d’instruments disponibles pour les aider, tels que l’instrument pour les PME ou l’innovation.

Cette proposition est-elle une critique masquée de l’EIT ?

Absolument pas. L’EIT est un projet fantastique. Nous en sommes très fiers.

En quoi le programme de travail Horizon 2020 pour 2016 et 2017 reflète-t-il les événements actuels tels que la crise des réfugiés ou les priorités à long terme telles que la transition vers Industrie 4.0 ?

La question est de savoir comment aligner Horizon 2020 et les priorités de la Commission, qui sont, entre autres, de doper la croissance et la compétitivité. Ces deux prochaines années, nous aurons donc 2 milliards d’euros pour les PME, et le Conseil européen de la recherche (CER) offrira 1 000 bourses, d’une valeur totale de 1,7 milliard d’euros, afin de soutenir les découvertes capitales génératrices de croissance. Dans le cas du marché unique numérique, nous soutiendrons le European Open Science Cloud à hauteur de 50 millions d’euros. Il s’agit de créer un nuage qui offre des services complets aux scientifiques. Nous allouons aussi 139 millions d’euros à l’Internet des objets et 100 millions d’euros à la sécurité numérique, entre autres.

Une des priorités sera de renforcer la base industrielle de l’Europe. Dans ce domaine, vous avez la fameuse industrie 4.0, qui est fortement liée à l’Internet des objets, et le développement de la 5G.Comment ces trois choses sont-elles connectées, et quelle est votre vision dans ce domaine ?

C’est le secteur qui sera essentiel à la réussite ou à l’échec de l’Europe. Nous avons de très bonnes bases industrielles, certains pays ont une industrie traditionnelle, une industrie physique. Mais ces pays ont du mal à se mettre au numérique. La question est donc : comment pouvons-nous élever l’industrie au niveau supérieur, qui est le numérique ? Si nous ne faisons pas cela, nous serons laissés sur le carreau, car dans le monde digital, il faut être rapide et voir les choses en grand.

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