Le président de l’Eurogroupe se montre optimiste sur l’avenir de la Grèce

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La Grèce dispose d’un potentiel économique énorme et s’apprête à voler de ses propres ailes lorsque le plan de sauvetage de l’UE prendra fin en août, selon le président de l’Eurogroupe, Mário Centeno à l’agence de presse grecque ANA.

Mário Centeno est le président de l’Eurogroupe et le ministre des Finances du Portugal. Il a répondu aux questions de Christina Valisaki de l’agence de presse grecque ANA.

Vous avez souligné à maintes reprises que la chose la plus importante à partir de maintenant est que la Grèce ait la maitrise de ses réformes. Pourriez-vous nous donner plus de détails ?

La Grèce est entrée dans sa huitième année d’ajustement. Cette longue période d’épuisement économique, social et politique a marqué l’économie. Ce fut un processus très difficile, en particulier pour le peuple grec.

Mais la Grèce est un pays différent aujourd’hui. Structurellement, il y a eu des améliorations importantes en vue de l’avenir du pays. Presque tous les secteurs de l’économie ont été réformés, modernisés et sont devenus viables. Le déficit budgétaire est passé de 15 % du PIB à un excédent budgétaire aujourd’hui. Le pays a entrepris de grandes choses, qui pourraient être admirées par de nombreux pays.

Mais ces huit années ont été trop longues. Si la Grèce avait pu maitriser davantage le processus d’ajustement, les résultats positifs observés aujourd’hui auraient pu survenir plus rapidement. La maîtrise des réformes a joué un rôle clé dans le regain de confiance des investisseurs et des partenaires européens au cours de ces deux dernières années. Il permet aussi d’expliquer le rebond de croissance. J’espère que cette tendance de politiques intelligentes se maintiendra parce que je veux que la Grèce continue à prospérer, je vois un énorme potentiel dans le pays.

Des vents contraires soufflent sur l’Eurogroupe sur la dette grecque

La réunion de l’Eurogroupe du 15 juin augurent des discussions tendues sur la dette grecque. Berlin, hostile à tout allègement, semble camper sur ses positions.

D’après votre expérience, quelles réformes la Grèce devrait-elle continuer à mettre en œuvre après la fin du plan de sauvetage ?

Nous travaillons encore avec la Grèce pour mener à bien le plan de sauvetage. Les discussions n’ont pas encore commencé sur la suite de celui-ci. À ce stade, la seule chose que je peux dire, c’est qu’il est essentiel de préserver les changements structurels favorisant la croissance mis en œuvre au cours du plan. Nous discuterons plus tard de l’après-programme, parallèlement à de nouvelles mesures de désendettement. Je suis impatient de voir la stratégie de croissance globale à long terme que prépare le gouvernement grec. La Grèce prend les commandes, et c’est le chemin à suivre.

Pensez-vous que la Grèce sera capable de se débrouiller seule après août 2018 ? Il semble que certains préfèrent une ligne de crédit de précaution pour la Grèce. Quelle est votre position, à en juger par le cas Portugal ?

La Grèce s’apprête à se débrouiller seule. Elle suit maintenant les meilleures méthodes des programmes d’aide financière en Europe. Elle met en œuvre le programme convenu sans délai. Depuis plus d’un an, elle se protège fortement contre les turbulences imprévues des marchés financiers. Elle se reconstruit un nom sur le marché du crédit et émet à nouveau des obligations. Nous saluons également sa discipline et sa transparence dans la communication avec les marchés qui contribuent à améliorer sa crédibilité.

Le FMI insiste sur l’allègement de la dette grecque

Le FMI ne participera au renflouement de la Grèce que si la dette est jugée soutenable.Ce qui implique une restructuration, selon Christine Lagarde.

Cependant, il s’agit d’un processus graduel – et pas automatique. La Grèce reste fragile aux chocs internes et externes. Mais elle fait ce qu’il faut, en veillant dans la mesure du possible à maintenir l’accès aux marchés à la fin du plan de sauvetage. Si les conditions sont réunies pour un allégement supplémentaire de la dette à la fin du programme, l’Eurogroupe est prêt à l’aider, comme cela a été convenu à l’unanimité.

À la fin du plan, nous examinerons attentivement la stratégie de la Grèce pour la suite, mais il est encore trop tôt pour le moment. La Grèce a toujours été un cas unique dans la zone euro. La maîtrise des programmes est un fil conducteur menant au succès, comme l’illustre le cas du Portugal. À la fin du programme, le Portugal a continué à mettre en œuvre des réformes structurelles clés, comme dans le secteur bancaire qui n’avait pas été correctement couvert au cours de son programme de sauvetage.

Vous avez récemment déclaré que « nous traversons une période de transition entre les cycles politiques et électoraux en Grèce » et que « le prochain gouvernement devrait garder la maîtrise du programme ». Pourriez-vous préciser ce que vous vouliez dire, étant donné que de nombreuses interprétations différentes ont été entendues ?

La fin du plan de sauvetage signifiera qu’il y aura une nouvelle réalité politique en Grèce. Quel que soit le cadre de surveillance sur lequel nous nous mettons tous d’accord, la Grèce reprendra le contrôle de ses politiques. Comme pour tout autre État membre, ce type de politiques doit être cohérent avec le cadre européen. Le pays aura plus de marge de manœuvre, ce qui donnera davantage d’options pour les partis et pour le peuple grec. Ce sera positif pour la démocratie.

Je dis cela en gardant à l’esprit l’exemple du Portugal. Nous avons été en mesure de répondre aux demandes des citoyens pour une croissance et pour une justice sociale plus inclusive. Cependant, d’un point de vue critique, nous l’avons fait en respectant nos engagements ainsi que les règles et accords européens. Ça ne m’intéresse pas d’anticiper le résultat des élections. Je recommande simplement à la Grèce de poursuivre son propre programme de réforme.

Tsipras appelle toujours à un allègement de la dette grecque

Alexis Tsipras rappelle à ses partenaires européens l’allègement  de la dette allemande au lendemain de  la Seconde Guerre mondiale.

Les discussions techniques sur les mesures d’allégement de la dette sont en cours. Pourriez-vous nous dire où nous en sommes actuellement et si vous pensez que la Grèce obtiendra enfin l’allégement de sa dette dont elle a besoin ?

Le processus d’allégement de la dette grecque se déroule parallèlement à l’aide financière en raison des conditions de prêt très favorables. En outre, la Grèce a bénéficié de plusieurs allégements de la dette publique, ce qui a permis d’importantes économies dans le budget du pays. La Grèce a également bénéficié de décote de la dette privée. Ces différentes mesures ont rendu la dette plus viable, ce qui est également positif pour tous les créanciers de l’UE. Dans les prochaines années, il n’y aura plus de surendettement, mais à moyen et long terme, la Grèce devra affronter de nombreuses demandes de remboursement. Voilà pourquoi nous examinons à nouveau la question de la dette.

Nous avons décidé en janvier d’entamer les travaux techniques sur les nouvelles mesures d’allégement de la dette, notamment le mécanisme d’ajustement de la croissance. Ce mécanisme, également appelé mécanisme français, permettrait à la Grèce de réduire ses remboursements de dette si l’économie est en déclin. Toutes les mesures portant sur la dette seront d’abord préparées au niveau technique. Elles seront adoptées uniquement si deux conditions sont respectées : le plan de sauvetage doit se clôturer avec succès et la dette doit être allégée pour qu’elle soit considérée comme viable. Pour cela, nous avons besoin d’une analyse profonde, qui sera menée par les institutions. Et ce moment n’est pas encore venu.

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