Le gouvernement finlandais renonce au revenu universel

Petteri Orpo, ministre finlandais des Finances. [European Council]

La Finlande a été le premier pays à mener une expérience nationale sur le revenu universel de base. Mais les premiers résultats ne sont pas concluants selon le ministre des Finances, dont la parti conservateur a décidé d’enterrer le sujet.

Petteri Orpo est ministre des Finances de Finlande. Président du Parti de la coalition nationale a également occupé les postes de ministre de l’Agriculture et de la Forêt (2014-2015) et ministre de l’Intérieur (2015-2016).

Il nous parle de l’expérience menée en Finlande sur le revenu universel de base. Depuis début 2017, 560 euros mensuels ont été distribués tous les mois à 2 000 personnes, au chômage au moment du lancement de l’expérience. L’évaluation de l’expérience était prévue pour 2019, mais le gouvernement conservateur a déjà décidé d’enterrer le projet.

L’un des principaux objectifs de l’expérience était de voir si les demandeurs d’emploi se sentaient plus encouragés à chercher un travail s’ils touchaient le revenu universel de base (RUB, 560 euros mensuels). Les premiers résultats semblent dire que non.

Premièrement, je dois dire que je n’ai jamais été en faveur du revenu universel de base, mais c’était très important pour nos partenaires gouvernementaux. Les premiers résultats montrent que le taux d’emploi n’augmente pas, que ce revenu n’améliore que le bien-être des participants. Pour moi, ce n’est pas surprenant.

Aujourd’hui, les partis principaux, les sociaux-démocrates, le parti du Premier ministre, et le mien, nous sommes tous contre le RUB. Nous voulons que le système de sécurité sociale soit conditionnel. Je pense donc que c’en est fini du RUB en Finlande. Les Verts et la gauche sont cependant toujours pour.

Comme c’était le premier essai organisé à l’échelle nationale, pensez-vous que cela ferme le débat pour d’autres pays aussi ? Ou ce système aurait-il du sens là où l’État providence est moins développé ?

Le monde du travail a changé à cause du numérique, des nouvelles technologies et des marchés de l’emploi mondialisés. Nous devons donc réformer nos systèmes de sécurité sociale. Si le but est d’arriver à un taux d’emploi élevé, comme les 75 ou 80 % des pays nordiques, ce n’est pas possible sans condition.

Pour moi, si vous avez accès à un RUB, vous acceptez un taux d’emploi moins élevé, moins de sécurité sociale et plus de pauvreté. Ce que nous devons faire, c’est simplifier nos systèmes et encourager le travail.

Après les résultats que vous avez obtenus, estimez-vous que les défenseurs du RUB ont perdu leurs arguments ?

Au niveau européen, peut-être. Notre expérience montre aux autres États que le RUB n’a pas permis de faire baisser le chômage.

Les contours de l’expérimentation sur le revenu de base dévoilés

D’ici quelques mois, 13 départements français testeront le revenu de base. Une expérience qui se précise après une étude de faisabilité, explique notre partenaire, La Tribune.

Pour votre expérience, vous n’avez pas démantelé les programmes de protection sociale existants, vous y avez seulement ajouté le RUB. Le système n’a donc pas été envisagé dans toute sa complexité. Pensez-vous que cet essai aurait pu être mieux conçu ?

De nombreux experts ont jugé que nous aurions dû améliorer l’expérience. Le prochain gouvernement décidera s’il veut poursuivre ou améliorer le programme. Mais comme les grands partis sont à présent contre, je ne pense pas que ça arrivera.

Le Parlement européen rejette le revenu universel

Le revenu universel ne compensera pas la robotisation du travail, du moins pas encore, ont décidé les eurodéputés.

Vous avez dit que le RUB a amélioré le bien-être. Il a eu un impact positif sur l’angoisse, la peur, la colère et d’autres facteurs qui encouragent le populisme national. Le RUB pourrait-il donc être vu comme un outil de stabilisation politique ?

Je comprends tout à fait ce que vous voulez dire, mais la priorité c’est la sécurité sociale. Or il ne peut y avoir de sécurité sociale si les taux d’emploi et de croissance sont bas. Le système de sécurité sociale doit s’assortir de conditions. Nous pouvons le simplifier. Il faut une sécurité sociale de haut niveau, mais simple, avec des incitatifs.

À quel genre d’incitatifs pensez-vous ?

Il existe de nombreux modèles. On peut par exemple utiliser la fiscalité : si vous avez un emploi à court terme, vous ne payez pas d’impôts. Pour moi le mieux est d’ajouter des bénéfices quand vous avez un emploi, cela motive encore plus.

La Finlande lance le premier test d'un revenu de base en Europe

Alors que le débat fait encore rage entre défenseurs et opposants à l’idée d’un revenu universel de base, la Finlande a décidé de sauter le pas et mis en place un projet pilote dans le pays. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Le but de la protection sociale est cependant de ne laisser personne sur le carreau…

Le niveau de base doit être suffisant, mais pas aussi élevé que le RUB. Le système de conditionnalité signifie que vous devez faire quelque chose : étudier ou chercher du travail.

Comptez-vous utiliser cette expérience pour lancer une réflexion sur la réforme de l’État providence durant votre présidence européenne (juillet-décembre 2019), ou avez-vous d’autres priorités ?

Nous pourrons peut-être utiliser cette expérience. Notre présidence a lieu à un moment très important, parce qu’il y aura un nouveau Parlement et une nouvelle Commission, avec un nouveau programme.

Et un nouveau parlement finlandais, après les élections de mi-avril.

Et un nouveau gouvernement. Nous devons encourager l’UE à résoudre les problèmes les plus importants : le changement climatique et l’immigration. Ensemble, nous devons nous attaquer à ces deux questions. Pour la Finlande, il est aussi essentiel de renforcer la croissance, la sécurité et la défense.

Ça fait beaucoup pour six mois.

Parce que nous préparons un nouveau programme pour la prochaine Commission. La clause de défense mutuelle du traité de Lisbonne est une priorité finlandaise, par exemple. Nous voulons la renforcer. C’est très important pour nous à cause de notre voisin.

Nous voulons aussi nous pencher sur l’éducation. Je sais que c’est une compétence des États, mais je pense que nous pouvons beaucoup mieux collaborer, afin de créer une vraie valeur ajoutée européenne.

Une start-up allemande teste le revenu universel «version loterie»

Miko n’a que 5 ans mais va toucher 1 000 euros par mois pendant un an : le petit Berlinois est l’un des heureux cobayes d’une start-up qui entend tester le « revenu de base » ou « revenu universel » dans une Allemagne plutôt dubitative.

Subscribe to our newsletters

Subscribe