«Les utilisateurs Facebook doivent savoir ce qui a été fait de leurs données»

Mariya Gabriel veut plus de transparence de la part des réseaux sociaux. [European Commission]

Après le scandale touchant Facebook et le cabinet Cambridge Analytica, les utilisateurs de la plateforme ont le droit d’être informé sur l’utilisation de leurs données, a décrété la commissaire européenne au numérique, Mariya Gabriel.

Mariya Gabriel est la commissaire européenne chargée du numérique.

Cette semaine, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a refusé de comparaitre lors d’une audition au parlement britannique en avril. Le Parlement européen lui a également demandé de se présenter. Trouvez-vous acceptable qu’il envoie d’autres responsables de Facebook pour témoigner à sa place, ou pensez-vous qu’il devrait y assister lui-même ?

La commissaire [à la justice] Věra Jourová a déjà demandé plus d’explications sur Facebook. Elle a envoyé une lettre à Sheryl Sandberg pour voir combien d’Européens sont touchés par ce phénomène. Après cela, nous aurons plus de précisions. Parce qu’il y a probablement 50 millions d’utilisateurs concernés en tout, et nous devons savoir combien d’entre eux sont européens.

Nous voulons savoir ce qui s’est passé et ils doivent savoir que nous avons des règles qu’ils doivent respecter. Le nouveau règlement général sur la protection des données (RGPD) entre en vigueur en mai, mais il existe déjà des lois nationales très claires au sein de l’UE.

Si ces accusations sont prouvées, c’est inacceptable. En même temps, il est important de se rappeler qu’en tant que Commission européenne, nous aurions pu prédire ce type de fraude.

Nous avons une stratégie sur le marché unique numérique depuis deux ans, nous avons le règlement général qui entre bientôt en vigueur et les règles de protection de la vie privée [ePrivacy, projet de loi en cours de négociation]. Nous avons par ailleurs commencé notre travail sur les fausses informations. [Les plateformes en ligne] doivent mettre des mesures en place pour éviter ce genre de dérives.

Le lanceur d’alerte de Cambridge Analytica dénonce le truquage du Brexit

Cambridge Analytica a illégalement faussé le référendum de 2016 sur le Brexit en exploitant les données des profils Facebook, a expliqué un lanceur d’alerte aux députés à Londres.

Facebook a subi des pressions après avoir vendu l’accès aux données personnelles des utilisateurs à d’autres entreprises. Ce modèle d’entreprise doit-il changer ?

Nous savions tous que c’était son modèle. Mais en tant que représentants de l’Union européenne, nous aimerions vraiment que disparaissent les modèles économiques compromettant la protection des données personnelles.

Nous savons tous qu’il y a des valeurs et des responsabilités à respecter. Pour moi, c’est la valeur ajoutée de l’approche européenne. Nous ne sommes pas les États-Unis, nous ne sommes pas la Chine. Mais en tant qu’Européens, nous aimerions conserver cette approche centrée sur l’humain.

Les utilisateurs doivent savoir ce qui s’est passé avec leurs données. C’est pourquoi nous avons fait du consentement un élément clé du règlement général sur la protection des données et de la directive ePrivacy. N’ayons pas peur du consentement des utilisateurs.

Les députés veulent que la législation sur la vie privée et les communications électroniques soit adoptée rapidement. Les États membres traînent des pieds et veulent affaiblir la proposition de la Commission, qui a créé de nouvelles règles sur le consentement et le respect de la vie privée dès la conception. Après le scandale Facebook et Cambridge Analytica, est-il nécessaire d’accélérer les négociations sur la protection de la vie privée ?

Le Parlement a déjà voté, c’est à présent au Conseil de se prononcer. Il faut établir des règles du jeu équitables : pour que les services fonctionnent tous de la même manière, ils doivent tous être soumis aux mêmes règles.

Il doit y avoir un alignement complet entre le règlement général sur la protection des données et la protection de la vie privée dans le secteur des communications électroniques. Nous aimerions montrer que nous voulons préserver la confidentialité des communications, et il n’y a aucune raison d’exempter certains services [comme les applications de messagerie numérique].

Mon intention est vraiment de poursuivre la discussion avec les États membres. Je reste très ouverte à certaines de leurs inquiétudes. Prenez l’article 10 sur les navigateurs. Nous ne voulons pas que les navigateurs deviennent partiaux. Nous devons parler des métadonnées et du traitement ultérieur des données. Pour moi, il est temps d’aller de l’avant.

Des rapports sur la quantité de données personnelles que Facebook recueille auprès des utilisateurs ont récemment été publiés. Les experts qui vous ont conseillé avant la stratégie de fausses informations de la Commission ont déclaré que les plateformes devraient être plus transparentes sur la manière dont elles ciblent les utilisateurs pour la publicité, en fonction de leurs données personnelles. Votre stratégie recommandera-t-elle que les plateformes comme Facebook changent la façon dont elles affichent les publicités de leurs utilisateurs ?

C’est pour cela que nous parlons de transparence. Les utilisateurs doivent savoir quelles annonces sont sponsorisées et comment les données sont utilisées. L’une des propositions du rapport du groupe d’experts est de rendre évidentes les annonces sponsorisées et la façon dont les données sont distribuées. Nous devons absolument travailler davantage sur ce point.

La Commission exerce une pression croissante sur les géants de la technologie. Le mois prochain, vous présenterez une nouvelle législation comprenant des mesures de transparence pour les contrats commerciaux entre les plateformes en ligne et d’autres entreprises. Dans quels secteurs a-t-on le plus besoin d’une nouvelle législation ? Cela aidera-t-il les entreprises européennes de commerce électronique qui luttent pour concurrencer les géants américains ?

Le besoin vient des PME et des grandes entreprises. Ils sont tous confrontés aux mêmes défis. Un exemple très concret : les conditions d’accès ou d’utilisation des données sont soudainement modifiées sans que les entreprises n’en connaissent la raison. Ils n’ont pas de mécanisme de recours. Certains d’entre eux, plus de 30%, déclarent avoir des problèmes qu’ils ne parviennent pas à résoudre. Un pourcentage énorme explique en outre que quand une solution existe, elle est très difficile à mettre en œuvre. C’est donc une question de transparence.

Notre proposition se concentrera sur trois éléments. Le premier est d’obtenir la transparence. Pour toutes ces parties prenantes, y compris le million d’utilisateurs des plateformes, il est important d’énoncer clairement quelles sont les conditions, comment le classement est effectué, comment les produits sont vendus. C’est un premier élément très, très important.

Le deuxième concerne ce mécanisme de recours. C’est un dialogue, nous devons veiller à ce que, d’une part, les plateformes puissent préserver leur capacité à décider des conditions qu’elles imposent et de leurs modèles économiques. D’autre part, elles doivent s’engager dans un dialogue régulier avec les entreprises qui utilisent leurs services. Et quand quelque chose ne va pas, elles doivent avoir la capacité de réagir.

Le troisième élément est que nous aimerions proposer la création d’un observatoire européen pour surveiller ce qui se passe. Si nous décidons de prendre d’autres mesures, nous baserons toutes ces décisions sur des faits. Cet observatoire européen nous serait donc extrêmement utile.

Protection des données : le chaotique business de la conformité RGPD

À deux mois de l’entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données, la plupart des entreprises françaises ne sont toujours pas prêtes et s’exposent à des amendes très salées. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Subscribe to our newsletters

Subscribe