Thorben Albrecht: « les accords collectifs ne sont pas un outil du passé »

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Thorben Albrecht, ministre du Travail et des Affaires sociales en Allemagne, est chargé de gérer l’impact de la révolution numérique et de préparer les travailleurs allemands à l’avenir. Il a présenté son livre blanc Travail 4.0 à une conférence organisée par l’Estonie cette semaine.

Thorben Albrecht est le ministre allemand du Travail et des Affaires sociales. Il est membre du Parti social-démocratique (SPD).

L’État providence n’a presque pas changé depuis sa conception. Aujourd’hui, il semble urgent de le réformer. Les travailleurs, auparavant habitués à des carrières à vie, sont confrontés à des emplois de plus en plus changeants. Sommes-nous préparés à ces transformations soudaines ?

Nous devons vraiment passer à la vitesse supérieure et identifier certains des éléments cruciaux qui permettront de changer le système. Bien sûr, cela inclut la formation tout au long de la vie, à la fois pour les travailleurs que pour les entreprises ou les institutions publiques.

Nous sommes témoins de niveaux d’inégalité et de pauvreté. Pour remédier à cette situation, il est non seulement nécessaire d’améliorer l’éducation, mais aussi d’encourager l’engagement et l’émancipation des citoyens, de soutenir leurs initiatives entrepreneuriales, ou encore de plus d’Europe. Quelle est votre recette ?

Nous devons nous assurer que les conditions de travail du futur seront bonnes. Cela inclut un salaire décent. Celui-ci ne peut être versé que si les qualifications sont au rendez-vous, mais aussi grâce à des accords collectifs, qui ne sont pas selon moi un outil du passé, mais de l’avenir. Nous devons aussi nous pencher sur le sort des indépendants et nous assurer qu’ils  sont réellement indépendants, et non dépendant d’une entreprise. Sinon, ils doivent devenir des employés. Nous devons nous assurer qu’ils vendent leur travail dans des conditions décentes.

Nous devrions aussi faire payer des taxes aux plateformes en ligne qui travaillent au niveau international, pour qu’elles participent, par exemple, au financement du système d’éducation du pays depuis lesquels elles opèrent. C’est pourquoi je me réjouis de l’initiative des ministres des Finances français, allemand, espagnol et italien, qui veulent s’assurer que les impôts soient payés de manière juste en Europe. C’est un exemple de domaine dans lequel nous avons besoin de plus d’Europe, pas seulement de solutions nationales.

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Les systèmes de sécurité sociale devraient jouer en notre faveur, pour permettre à l’Europe de naviguer cette transformation vers le numérique. En même temps, les pays qui mettent en place des systèmes à partir de rien pourraient s’adapter plus rapidement que les États membres, où la sécurité sociale est établie depuis longtemps. Les États providences très développés sont-ils avantagés ou désavantagés ?

Je pense qu’ils sont avantagés parce que, à long terme, les pays sans sécurité sociale sont dans une position plus vulnérable en ce qui concerne la qualité de l’emploi ou la solidité de l’économie. À part la Chine, je ne vois aucun pays qui soit en train de construire un système de sécurité sociale à l’heure actuelle. En Europe, ce système existe depuis plus d’un siècle et est très adaptable. Il y a eu des changements, par exemple dans l’emploi. Il est avantageux d’avoir une base, mais nous ne pouvons pas pour autant attendre que cela se fasse tout seul. Nous devons être actifs.

Qu’est-ce que vous adapterez, précisément ?

Nous devons nous assurer que non seulement les travailleurs, mais aussi les employeurs prennent leurs responsabilités vis-à-vis de la sécurité sociale. Les plateformes sont par exemple des responsabilités vis-à-vis de leurs employés et doivent contribuer au financement du système de sécurité sociale.

Il faudra mettre cela en textes, mais les règles ne doivent pas nécessairement être inventées. En Allemagne, nous utilisions une loi écrite pour les travailleurs du textile dans des accords de partenaires sociaux afin d’instaurer un salaire minimal pour les personnes qui vendent leurs produits de chez elles via les plateformes Internet.

Jevgeni Ossinovski, ministre estonien de l’Emploi, estime que l’État providence n’est pas en danger, même s’il doit être renforcé. Êtes-vous d’accord ?

Oui. Si nous voulons plus de flexibilité, nous avons aussi besoin de nouvelles formes de sécurité. Dans notre livre blanc, nous proposons que les assurances-chômage soient plus proactives, notamment en conseillant les travailleurs et, à l’avenir, devraient aussi financer les formations nécessaires pour que les employés gardent leur emploi. Ce serait une nouvelle forme de sécurité et un développement nécessaire de notre système étant donné les nouvelles circonstances.

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Malgré sa situation fiscale solide, l’Allemagne a été critiquée pour son manque d’investissement dans les capitaux humains et infrastructurels. Pour un pays qui annonce l’industrie 4.0 comme une de ces premières priorités, n’est-ce pas un désavantage sérieux ?

Absolument. La question de l’investissement est cruciale pour l’Allemagne, notamment dans le secteur privé. Avec le paquet industrie 4.0, certaines initiatives ont été prises, parce que la numérisation de nos usines ne peut se faire sans investissements.

L’investissement public est aussi un sujet brûlant dans la campagne électorale actuelle [les élections qui auront lieu le 24 septembre]. Les sociaux-démocrates exigent plus d’investissements publics. Ceux-ci doivent être augmentés. Si on veut bien gérer le changement, sans se contenter d’en être témoins, il faut mettre la main au portefeuille.

Au niveau industriel, estimez-vous que l’Allemagne est prête ?

En ce qui concerne les qualifications, beaucoup de choses ont été faites. Par contre, pour les travailleurs peu qualifiés, le chantier est encore important. C’est pourquoi nous exigeons que les conseils d’entreprises aient le droit de prendre des initiatives, afin que ces travailleurs soient impliqués.

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