« La compétence numérique n’est pas innée chez les jeunes »

Les compétences numériques sont indispensables à la recherche d'un emploi. [shutterstock.com]

Née avec Internet, la génération Y n’a pourtant pas toujours les compétences numériques nécessaires aux emplois de demain. Une lacune à laquelle la formation en ligne peut apporter des réponses.

Muriel Santoro est chargée de projets au pôle éducation, formation professionnelle et emploi, du département capital humain et développement social d’Expertise france.

Les jeunes qui arrivent aujourd’hui sur le marché du travail sont nés avec Internet. Ce sont des « digital natives ». Pourquoi ont-ils tout de même besoin d’être formés aux compétences numériques ?

Les jeunes d’aujourd’hui sont effectivement nés avec Internet. Mais s’ils sont hyper connectés, ils ne sont pas pour autant compétents numériquement. Cette difficulté à utiliser ces outils numériques peut sembler étonnante. Mais la compétence numérique n’est pas innée, même chez les jeunes. Il y a un véritable besoin de formation, et l’enseignement et les employeurs s’en emparent seulement maintenant. Sur la tranche 15-30 ans, ceux qui sont le plus besoin de formation sont les 20-25 ans, c’est-à-dire ceux qui viennent de finir leurs études.

Certes les jeunes ont un avantage, car ils connaissent les outils numériques. Mais ils n’en ont pas une utilisation professionnelle. Par exemple, les jeunes passent très peu par les outils proposés par Internet pour rechercher un emploi, même si cela peut sembler surprenant.

Quelles sont ces compétences numériques de base qui font défaut à la jeune génération pour trouver un emploi ?

Les jeunes ont besoin de ces formations, car la numérisation a touché tous les emplois. Les compétences numériques de base nécessaires dans tous les emplois ce n’est pas seulement de savoir utiliser les outils informatiques, mais de le faire de manière avertie, en se protégeant et en protégeant les autres.

Les compétences numériques de base sont par exemple la recherche d’une information sur Internet. Mais il faut aussi savoir la sélectionner, vérifier sa fiabilité, évaluer le risque de plagiat, etc. Il faut aussi savoir protéger ses données personnelles, pour protéger ses traces sur Internet ou la e-réputation de son entreprise. Il faut également savoir utiliser le potentiel créatif d’Internet, savoir collaborer via les outils de réseaux sociaux…

Les jeunes eux-mêmes ne se sentent pas à l’aise avec les compétences numériques, qu’ils résument souvent au simple fait d’aller sur Internet.

À quel moment un jeune peut-il acquérir ces compétences numériques lors de sa formation initiale ?

Il n’y a guère de modules qui insistent sur les compétences numériques dans l’enseignement secondaire. Cela dépend principalement des filières. Aujourd’hui,  les professeurs sont toutefois davantage formés au numérique. Et comme les compétences numériques sont transversales, tout professeur peut intégrer ces outils dans ses cours. Il y a aussi la plateforme PIX qui permet d’évaluer ses compétences numériques en ligne, c’est un projet très intéressant qui a été fait à la demande des entreprises par le ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur. Cela permet de faire une évaluation de niveau avant de proposer des solutions. PIX a cette ambition d’être une sorte de brevet des compétences numériques.

Comment améliorer l’acquisition de ces compétences numériques chez les jeunes, surtout ceux qui sont le plus éloignés de l’emploi ?

Les personnes considérées comme les plus employables sont celles qui ont les compétences numériques les plus importantes. Pour les jeunes, l’absence de compétences numériques entraîne la perte collatérale de beaucoup d’autres compétences transversales, telles que l’autonomie ou la capacité à rechercher un emploi, qui dépendent fortement d’Internet. Il y a un besoin de prise de conscience chez les jeunes que les compétences numériques sont une vraie attente de la part des employeurs.

Aujourd’hui, des formations en ligne telles que le programme Compass tentent d’offrir une formation en ligne accessible aux jeunes. Mais nous avons peu de recul sur l’efficacité de ces formations. Il y a un risque évident de cibler les plus favorisés et ainsi d’entretenir la fracture numérique, car l’accessibilité de la formation passe déjà par une certaine maitrise d’Internet. Pour y remédier, il faut évidemment un accompagnement humain pour amener le jeune sur cette plateforme.  Développer des outils numériques ne veut pas dire qu’on supprime l’humain, sinon ça ne fonctionne pas.

Comment  fonctionne ce programme de formation aux compétences numériques Compass ?

La plateforme Compass s’adresse à tous les jeunes en recherche d’emploi. Elle prend la forme d’un parcours professionnel en ligne avec une évaluation du niveau initial, puis le choix d’une filière professionnelle et un emploi correspondant. Ces étapes vont permettre d’identifier une liste de compétences numériques indispensables à acquérir pour postuler à cet emploi et de suivre les leçons en ligne nécessaires.

Aujourd’hui, il s’agit d’un projet pilote de 18 leçons qui se déclinent en 2 niveaux (niveau de base et avancé) qui se décline dans 4 pays de l’UE (France, Italie, Irlande, et Roumanie).

Comment les jeunes peuvent ensuite valoriser ces apprentissages auprès des employeurs ?

Nous avons mis en place un système de « badges numériques » qui peuvent être présentés à tout employeur lorsqu’un jeune a finalisé une formation. Ce système n’est pas encore reconnu, mais le projet est en partie financé par la Commission européenne et il est basé sur le cadre de référence de l’UE ( Digcomp), qui est en train d’être intégré au CV Europass. Ce cadre donne une certaine légitimité. En outre, l’utilisateur peut aussi compiler des projets réalisés lors de sa formation dans un e-portefolio, et ainsi les présenter à des futurs employeurs.

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