«Imposer la zone euro à l’Italie n’est pas une solution»

L'Italie est face à un dilemme impossible, selon Maria João Rodrigues. [EP]

En faisant miroiter une sortie de la zone euro, les populistes italiens « jouent avec le feu », estime la vice-présidente des socialistes au Parlement européen, Maria João Rodrigues.

Maria João Rodrigues, eurodéputée portugaise socialiste, est vice-présidente u groupe S&D et présidente du réseau socialiste et social-démocrate pour la réforme de la zone euro.

La crise italienne est l’une des situations les plus difficiles auxquelles la zone euro a été confrontée ces dernières années.

C’est une situation très inquiétante. Il faut comprendre pourquoi cela arrive en Italie. C’est lié à une combinaison de crises qui se chevauchent. Premièrement, la crise financière et de la zone euro. On ne peut vraiment pas dire que cette crise est terminée. Ensuite, la crise migratoire, et le manque de solidarité entre les États européens. Ce mélange a créé une situation explosive et a fait naître l’euroscepticisme, voire un sentiment anti-européen, dans une population généralement pro-européenne.

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Et maintenant ?

La population italienne est confrontée à un dilemme impossible : rester dans la zone euro telle qu’elle est, toujours centrée sur une approche austéritaire, ou envisager une sortie de l’euro. Aucune de ces options n’est bonne. Il y a une troisième alternative : changer la manière dont la zone euro fonctionne. Il faut la recentrer sur la création de vraies conditions de reprise, sur l’investissement dans l’avenir, sur la création d’emplois de qualité et plus nombreux, ainsi que sur le renforcement du pouvoir d’achat en Italie. Il faut créer des conditions qui permettront à l’Italie de sortir de l’asphyxie.

Cette dernière année, l’Europe a été incapable de se réformer, alors que la situation était bonne. Ce dilemme impossible risque donc de dépasser les frontières de l’Italie pour piéger tous les Européens.

La situation italienne est le cas extrême d’une crise européenne. L’architecture de la zone euro est profondément faussée, complètement différente des autres espaces monétaires du monde. Notre zone monétaire ne s’appuie pas sur des piliers financier, budgétaire et politique solides.

Depuis le début, depuis l’adoption de l’euro, nous avertissons de ce déséquilibre. La crise financière a illustré ces défauts majeurs. Nous sommes aujourd’hui entrés dans une tendance plus positive, une période de reprise, mais je ne me suis jamais fait d’illusions : la reprise est très fragile, parce qu’elle est basée sur une zone euro profondément défaillante.

Que pensez-vous qu’il va se passer en Italie ? Y aura-t-il un vote sur l’adhésion à l’euro ?

La situation est très instable. Ce qui est clair pour moi, c’est que les forces anti-européennes jouent avec le feu en sous-entendant que le pays pourrait sortir de l’euro et en manipulant les événements politiques pour forcer une élection et tenter de gagner un nouvel avantage électoral.

C’est irresponsable, parce que cela expose le pays à la pression des marchés. Et cela va à l’encontre de la vraie solution : un gouvernement pro-européen capable de mettre en place les réformes et investissements nécessaires. Ce gouvernement devrait aussi être en mesure de jouer un rôle constructif au niveau européen en cette période cruciale dans laquelle nous devons réformer la zone euro.

Il y a quelques jours, le commissaire Oettinger a publié un tweet suggérant que les marchés puniraient les Italiens de leur vote. Il s’est depuis excusé, assurant ne pas avoir voulu exprimer de mépris vis-à-vis des électeurs. Selon vous, il a eu tort de dire cela ?

Bien sûr. La crise grecque nous a appris à craindre ces prophéties autoréalisatrices. Nous ne devrions jamais minimiser les résultats d’un vote, mais souligner le rôle des acteurs politiques italiens, à commencer par le président de la République, qui agit avec responsabilité et un esprit pro-européen, tout en étant ouvert aux réformes.

La solution n’est pas d’imposer la zone euro telle qu’elle est aux Italiens, mais de leur proposer de rester au moins le temps qu’elle se réforme.

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Les défauts de la zone euro sont bien connus, et nous savons aussi que l’Allemagne a toujours été un obstacle au progrès des réformes. Aujourd’hui, c’est un ministre social-démocrate qui bloque la situation depuis Berlin. Quelle est votre influence sur les Allemands ?

Les propositions de réformes ont avant tout été bloquées par les conservateurs européens, qui sont toujours dominants. Dans la famille socialiste, il y a aussi des désaccords, en particulier avec les sociaux-démocrates allemands, dont certains hésitent sur les réformes.

Que va-t-il se passer d’ici le sommet crucial qui aura lieu fin juin ?

La situation du Conseil des ministres a changé parce que le nouveau président de l’Eurogroupe [le Portugais Mario Centeno] est clairement en faveur des réformes. Certains ministres le soutiennent, d’autres s’y opposent, c’est le cas de l’Autriche et des Pays-Bas. C’est le ministre allemand, Olaf Scholz, qui tranchera. Il vient de prendre ses fonctions et doit étudier la situation. Au dernier Conseil Ecofin, il a montré des signes positifs pour la complétion de l’Union bancaire, mais bien sûr, nous voulons plus que cela.

Lui rendrez-vous visite ? Avez-vous de l’influence sur lui ?

Oui, je le rencontrerai à Berlin. Mon influence est liée à mon poste : je suis à la tête de la famille socialiste et sociale-démocrate européenne. Nous avons récemment finalisé un rapport pour la réforme de l’Union économique et monétaire, et je compte en discuter avec lui.

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