Les eurodéputés tirent la sonnette d’alarme sur le projet chinois de surveillance de masse à Belgrade

Des caméras de surveillance à Belgrade. [Share Foundation]

Le Parlement européen examine de près le cadeau high-tech de la Chine à la Serbie, un système de surveillance de masse qui implique l’installation de milliers de caméras de surveillance intelligentes équipées de fonctions de reconnaissance faciale, a déclaré l’eurodéputée Gwendoline Delbos-Corfield (Verts/ALE) à EURACTIV lors d’un entretien.

Le gouvernement serbe travaille activement à la mise en œuvre du projet de surveillance « Safe City » à Belgrade depuis 2019. Le gouvernement serbe aurait classé le projet de surveillance confidentiel, mis en œuvre par le géant technologique chinois Huawei, et aurait ainsi évité un débat public sur ses avantages et risques potentiels.

Un système de reconnaissance faciale est capable d’identifier ou de vérifier une personne à partir d’une image numérique ou d’une vidéo, en comparant les caractéristiques faciales de l’image avec celles d’une base de données.

Ce système est largement utilisé en Chine, tandis que les Européens ont de sérieuses réserves à l’égard d’une telle nouveauté orwellienne, soulignant la nécessité de mettre d’abord en place un cadre législatif qui contribue à protéger la vie privée des personnes et à éviter les abus.

Gwendoline Delbos-Corfield a déclaré à EURACTIV mardi (1er juin) que l’accord consistait à « avoir une caméra à chaque coin de rue à Belgrade ». Selon elle, le but était d’avoir un contrôle total de la population et de ne pas autoriser les voix dissidentes, ce qui a déjà été testé avec succès en Chine.

Lorsqu’on lui a demandé si cette démarche ne faisait pas partie de la « rencontre des esprits » qui coïncide avec le rapprochement géopolitique entre le régime d’Aleksandar Vučić et la Chine communiste, elle a répondu :

« Sans aucun doute. En tout cas, elles [les autorités serbes] ont obtenu les caméras gratuitement, mais en plus, elles ont obtenu la maintenance, avec des experts chinois travaillant dans l’administration serbe pour entretenir les caméras. Cela fait partie de l’ambition de la Chine d’avoir une porte ouverte sur la partie orientale de l’UE, qui comprend également la Hongrie ».

À la question de savoir si la société civile serbe avait réagi au projet, elle a nommé une ONG serbe, Share foundation, avec laquelle les eurodéputés étaient en contact.

EURACTIV a demandé aux gouvernements de Serbie et de Chine, ainsi qu’à Huawei, de fournir leurs commentaires, mais aucune réaction n’a suivi dans les 24 heures suivantes.

Quant aux autorités de Belgrade, Mme Delbos-Corfield a déclaré que c’était « très compliqué », mais que les eurodéputés tenaient des réunions avec leurs homologues serbes.

« Il est très difficile de fixer un ordre du jour, ils refusent de nombreuses questions », a-t-elle dit, mais elle a ajouté qu’elle était déterminée à soulever néanmoins la question de la vidéosurveillance et à envoyer une question écrite à la Commission européenne.

Mme Delbos-Corfield a raconté à EURACTIV qu’un représentant officiel de Belgrade avait déclaré lors d’une de ces réunions parlementaires que Belgrade serait la ville « où chaque coin de rue sera sous surveillance ».

« Il n’a d’abord pas réalisé ce qu’il avait dit, puis il s’est probablement mordu la langue », a relaté l’eurodéputée.

Elle a indiqué que les députés de différents groupes politiques avaient écrit une lettre à ce sujet au ministre serbe de l’Intérieur, Aleksandar Vulin, et qu’ils attendaient toujours la réponse. Entre autres choses, les députés ont demandé si la Serbie envisageait d’étendre le système de surveillance à d’autres endroits du pays.

Mme Delbos-Corfield a également abordé la question du lancement de la chaîne de télévision Euronews Serbia, qui, selon elle, illustre les mêmes tendances autocratiques en Serbie.

En 2019, Euronews s’est associé au groupe médiatique HD-WIN, détenu par l’entreprise publique Telecom Serbia, pour lancer une chaîne en serbe.

La nouvelle chaîne a commencé à émettre au début du mois de mai 2021. Selon les experts, cette entreprise viole une loi qui interdit aux entreprises publiques de fonder ou de posséder des médias et ils craignent qu’elle ne soit utilisée par l’État pour créer une illusion de liberté des médias.

Mme Delbos-Corfield a également déclaré que, selon le règlement interne d’Euronews, ce média ne peut pas s’associer à des entités publiques.

Interrogée sur l’acquisition encore plus récente d’une franchise d’Euronews par un marchand d’armes bulgare proche d’un spin doctor de l’ancien Premier ministre bulgare Boyko Borissov, elle a déclaré que les députés européens étaient encore en train de rassembler des informations.

Selon les médias, Euronews a subi des pressions financières et s’empresse de vendre des franchises. En Bulgarie, une pétition a été lancée dans le but de faire changer d’avis le média lyonnais sur son partenaire bulgare.

Né comme un projet destiné à devenir la réponse européenne à CNN, Euronews est aujourd’hui une entreprise en difficulté dont le principal actionnaire est un homme d’affaires égyptien, et l’UE envisage de retirer son soutien financier.

Le "nécessaire état des lieux" du fichage en France

Alors que les questions de protection de la vie privée reviennent sur le devant de la scène en France, avec notamment la proposition de loi relative à la sécurité globale, le Sénat a discuté du sujet la semaine dernière en proposant une séance portant sur le « nécessaire état des lieux des fichiers dans notre pays« .

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