Pour la nouvelle présidente du CESE, « les emplois ne tombent pas du ciel »

Pour la nouvelle présidente du CESE, « les emplois ne tombent pas du ciel »

Christa Schweng est la nouvelle présidente du Comité économique et social européen (CESE). Dans cet entretien consacré à Euractiv Allemagne, elle explique comment l’Europe doit protéger ses emplois et ses citoyens dans la lutte contre le nouveau coronavirus.

Christa Schweng a rejoint le Comité économique et social européen (CESE) il y a 22 ans. Elle y a occupé divers postes, notamment celui de présidente de la section spécialisée « Emploi, affaires sociales et citoyenneté ». Elle est devenue la 33e présidente du CESE en octobre. En outre, elle est aussi conseillère principale auprès du département de la politique sociale de la Chambre économique fédérale d’Autriche depuis 1994.

Mme Schweng, vous travaillez depuis 22 ans au CESE. Comment l’institution a-t-elle évolué au fil du temps ?

Son rôle a toujours été le même : contribuer aux propositions d’autres institutions de l’UE. Mais, la place qu’occupait la société civile s’est renforcée au fil du temps. Voici notre rôle et les sujets que nous abordons.

De plus, la Commission européenne a changé la façon dont elle présentait ses lois. Les consultations publiques permettent désormais au secteur économique et à la société civile d’exprimer leurs avis. Toutefois, le processus n’est pas parfait, car personne ne sait réellement comment l’exécutif européen prend en compte ces prises de position dans les décisions en émanant. Il n’y a pas de débat. C’est là que nous entrons en jeu : nous cherchons le compromis notamment avec les employeurs, les travailleurs et les exploitants agricoles des 27 États membres du bloc. Nos pourparlers sont certes chronophages, mais les résultats qui en découlent constituent la pierre angulaire du travail des législateurs.

Vous avez repris les rênes du CESE fin octobre. Sur quoi voulez-vous vous concentrer en particulier ?

À l’heure actuelle, la pandémie est au centre de mes priorités. Nous devons réfléchir à l’Europe d’après. Il convient de noter que les transitions numérique et écologique ont connu un bon en avant à travers la crise sanitaire.

Désormais, nous devons nous atteler au façonnement de l’Europe post-Covid-19. Nous avons, par exemple, besoin d’une union sur le plan de la santé. Pour l’heure, nous coordonnons l’achat et la distribution des prochains vaccins à l’échelle européenne.

Je souhaite œuvrer pour une Europe économiquement florissante, socialement inclusive et écologiquement durable.

Intégration des personnes défavorisées sur le marché de l’emploi : changer de paradigme

Déjà ardue en temps normal, la crise sanitaire rend bien plus difficile encore l’intégration des personnes défavorisées sur le marché de l’emploi. L’issue implique de changer de paradigme.

Sur le plan économique et social, la pandémie de Covid-19 pose les défis les plus grands de ces dernières années. Comment le CESE contribue-t-il concrètement pour les surmonter ?

Un exemple frappant : Bruxelles a présenté un plan de relance à hauteur de 1 800 milliards d’euros. Il incombe aux États membres d’en assurer la bonne répartition. Étant donné que le CESE rassemble des membres de toutes les nations européennes, nous sommes les premiers à pouvoir informer les acteurs concernés de ce qui fonctionne ou pas.

Jusqu’à présent, nous disposons d’un rôle consultatif dans l’adoption de ce programme. Nous sommes par ailleurs en faveur de lien établi entre l’octroi des fonds européens et le respect de l’État de droit.

Les groupes vulnérables sont les plus touchés par le SARS-CoV-2. Dans quels domaines l’UE ne fait-elle toujours pas assez ?

Les personnes âgées sont sans aucun doute les plus touchées par la pandémie. Je pense ici aux résidents de maisons de repos, qui ne peuvent plus recevoir de visiteurs. Il ne s’agit toutefois pas d’un sujet purement européen, pas plus que les problèmes liés aux conditions de logement de certains groupes, tels que la conciliation du télétravail et des cours à distance ou peut-être la mauvaise connexion internet.

Celui dont les revenus sont plus faibles souffre naturellement plus des répercussions économiques de la pandémie.

Il s’agit néanmoins de sujets nationaux. Nous pouvons les aborder à Bruxelles, mais nous n’avons aucun poids sur la façon de les réglementer.

Les obligations qui financeront le fonds de l’UE pour lutter contre le chômage sont lancées

L’UE a mandaté cinq banques pour qu’elles émettent les premières obligations communautaires qui financeront le programme Sure destiné à soutenir l’emploi au sein de l’Union. La demande pour ces titres dépasse largement les attentes. Un article d’Euractiv Italie.

Avant de surmonter la crise sanitaire, de nombreuses personnes vont perdre leur travail, et ce malgré le chômage partiel. Comment faire pour créer de nouveaux emplois ?

En donnant la possibilité de le faire aux entreprises. Les emplois ne tombent pas du ciel, ils sont créés par les sociétés. Celles-ci nécessitent un environnement sûr.

Lorsqu’une réglementation est présentée, il convient de réfléchir à ce qu’elle implique pour les entreprises. Par exemple, si l’on prend l’exemple de la transition écologique : celui confronté aux objectifs de réductions d’émissions ne doit pas être laissé pour compte dans le processus décisionnel. Il doit faire partie intégrante de la solution.

La notion d’« Union sociale » flotte depuis des années dans les couloirs bruxellois ; son champ d’action semble relevé de l’utopie. Quelle forme d’« Union sociale » trouvez-vous pertinente ?

Il est primordial de s’intéresser à l’éducation et la formation. La question centrale est la suivante : de quoi ai-je besoin sur le marché de l’emploi ? Quelles sont les compétences que les étudiants doivent avoir aujourd’hui afin qu’ils puissent continuer eux-mêmes leur formation dans 10 ou 20 ans ? C’est un domaine dans lequel la Commission a encore beaucoup de travail.

Quel est votre avis sur le salaire minimum européen ?

Il peut être pertinent, seulement si tous les partenaires sociaux nationaux sont pris en compte. Souvent, il n’est pas nécessaire d’avoir une réglementation distincte, comme dans mon pays natal, l’Autriche, où 98 % des relations de travail sont régies par des conventions collectives – y compris le salaire minimum.

La crise climatique pose également des défis de taille. L’Europe est-elle assez équipée pour y faire face ?

Difficile à dire sans regarder dans la boule de cristal. En dehors de l’Europe, le changement climatique a poussé beaucoup de personnes à fuir vers le navire européen, ce que je comprends tout à fait. Au sein de l’Europe, la crise climatique fait l’objet de nombreuses discussions, par exemple, lorsqu’il fait 42 °C dans son appartement et qu’il est impossible de dormir. Nous installons alors des dispositifs d’air conditionné qui nuisent à leur tour au climat.

Nous devons agir en ne laissant personne sur le banc de touche. Celui qui travaille actuellement dans des secteurs nocifs pour l’environnement, comme l’industrie charbonnière, doit être aidé afin d’en sortir. C’est d’ailleurs l’objectif du Fonds pour une transition juste.

Je ne sais pas non plus dire si nous sommes assez équipés, mais nous avons adopté des approches pour y faire face.

En août, le chômage a continué à augmenter en Europe

Le taux de chômage dans la zone euro a augmenté d’un dixième en août par rapport à juillet, pour atteindre 8,1%. Il affiche la même progression dans l’ensemble de l’UE et atteint 7,4%, selon Eurostat. Un article d’Euroefe.

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