Angel Gurria :«donnons-nous le temps d’arriver à un accord sur le Brexit !»

epa06473951 Le Secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Jose Angel Gurria (à gauche), et Maurice Levy (à droite), directeur général du groupe publicitaire français Publicis, s'expriment lors d'un panel lors de la 48ème réunion annuelle du Forum économique mondial, WEF, à Davos, Suisse, 25 janvier 2018. EPA-EFE/LAURENT GILLIERON [EPA-EFE/LAURENT GILLIERON]

Ángel Gurría, secrétaire général de l’OCDE, estime qu’il serait mieux de prolonger jusqu’en juillet les négociations de Brexit, afin de garantir un accord. Il s’inquiète de la paralysie qui s’étend à de nombreux pays d’Europe.

Ángel Gurría est le secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et participe actuellement au Forum économique mondiale de Davos. Il a aussi été ministre des Finances et des Affaires étrangères au Mexique.

Le Forum s’est ouvert sur une prévision de baisse de la croissance par le FMI. Ma situation n’est pas beaucoup plus rassurante sur le front politique, surtout en Europe et aux États-Unis. Comment voyez-vous les mois à venir ?

Le FMI a confirmé les chiffres que nous avions publiés fin novembre. Nous avions déduit presque un demi-point de presque 4 %. J’avais appelé mon économiste en chef pour lui demander ce qui lui arrivait. Il m’a répondu que tout ce qui aurait pu mal se passer s’était mal passé.

Aujourd’hui, le FMI publie exactement les mêmes chiffres. C’est inquiétant parce que la seule différence depuis six mois sont les décisions commerciales. La querelle commerciale n’est pas enterrée. Nous espérons un accord entre la Chine et les États-Unis d’ici fin février, début mars, pour que la pression retombe. Nous espérons aussi une solution sur les exportations de voitures, un sujet très important pour l’Europe.

Angel Gurría: «les dégâts du Brexit ne font que commencer»

Fervent opposant du Brexit par le passé, le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, soutient désormais le gouvernement britannique pour minimiser les dégâts causés par la rupture.

En Europe, la dispute commerciale nous inquiète, mais pas autant que la perspective d’un Brexit sans accord. Comment dépasser les blocages actuels ?

Nous avons eu deux ans pour nous faire à l’idée que le Royaume-Uni quitte l’UE. La question est à présent de savoir les conditions de cette sortie. Il semble qu’il n’y a pas assez de temps pour arriver à un accord.

Quelles sont les perspectives d’une prolongation des discussions, pas très longtemps, disons jusqu’en juin ou juillet ? S’il faut du temps pour arriver à un accord, donnons-nous ce temps. C’est du côté britannique, et pas européen, que cela coince. Je pense que les Européens pourraient accepter de reculer l’échéance.

Outre le Brexit, la politique européenne a été mouvementée ces derniers mois.  L’instabilité politique européenne vous inquiète-t-elle ?

Angela Merkel part en 2021, dans deux ans. Il y a autre chose qui m’inquiète. L’autre jour, j’étais à Prague avec [le Premier ministre tchèque] Andrej Babiš. Il était heureux parce qu’il avait été officiellement confirmé à son poste la veille. Ça lui a pris neuf mois. Aux Pays-Bas, Mark Rutte a mis sept mois à former un gouvernement. Angela Merkel en Allemagne, cinq mois. En Suède, pays d’Olof Palme, de la social-démocratie, de la société égalitaire, où les différences entre les extrêmes sont très faibles, le pays s’est divisé en deux. Il a fallu quatre mois pour former un gouvernement.

Et puis regardez les résultats en Italie, en Autriche, aux États-Unis, ou Brexit. Et le Mexique ? Ou le Brésil ? Qu’est-ce que ça vous dit ? Il y a des centaines de millions de personnes qui ne sont pas satisfaites de la situation. Et ils viennent aux urnes pour protester. Et le plus dangereux, c’est quand ils ne se présentent plus aux urnes comme les jeunes du Royaume-Uni qui ont perdu le Brexit parce qu’ils n’ont pas voté.

Ángel Gurría : « les citoyens européens sont en colère et frustrés »

Le secrétaire général de l’OCDE blâme les gouvernements pour la montée du populisme et la fragmentation politique de l’UE. Selon lui, ils n’ont pas non plus tenu leurs promesses vis-à-vis des citoyens.

Plusieurs gouvernements européens veulent introduire une taxe numérique. Vous avez toujours averti des risques que posent les solutions nationales. Pensez-vous que l’adoption de mesures nationales pourrait compliquer une solution au niveau de l’OCDE ?

Ces pays ont parfaitement raison de faire ce qu’ils font. Et ils ont dit que s’il y avait un accord international, ils y participeraient. C’est efficace, surtout que si tout le monde le fait, ça devient plus acceptable.

C’est la meilleure solution pour tous. Tous les acteurs, entreprises numériques comprises, seront beaucoup plus alignés si tout le monde fait la même chose. Nous présenterons une proposition forte en 2019 et une feuille de route finale en 2020. Nous espérons que cela convaincra tous les pays.

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Un nouveau projet de taxation des services numériques voit le jour, et pourrait être validé d’ici fin mars au niveau européen, assure Bruno Le Maire, ministre des Finances français.

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