Ángel Gurría : « les citoyens européens sont en colère et frustrés »

Le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurria. [EPA-EFE/OMER MESSINGER]

Le secrétaire général de l’OCDE blâme les gouvernements pour la montée du populisme et la fragmentation politique de l’UE. Selon lui, ils n’ont pas non plus tenu leurs promesses vis-à-vis des citoyens.

Ángel Gurría est le secrétaire général de l’OCDE. Avant cela, il était ministre des Affaires étrangères du Mexique.

Votre organisation appelle toujours de ses vœux des réformes. Mais la montée du populisme peut venir troubler ces efforts. Les partis extrêmistes font que l’Europe devient de moins en moins gérable. Quand vous regardez l’Europe aujourd’hui, êtes-vous inquiets de leur progression ?

Qui est contre des réformes de l’éducation ou de lois, ou contre plus de compétitivité ? Personne. Tout le monde s’accorde à dire que c’est sur quoi nous devons nous pencher. On peut avoir des idées divergentes sur la migration ou sur l’Europe, que vous soyez populiste, de droite ou de gauche. Mais je crois qu’il y a un large consensus sur la substance des réformes structurelles. Faute de marge de manœuvre sur les politiques monétaires et budgétaires, puisque nous voulons maintenir des niveaux de dettes faibles, c’est vers les réformes structurelles qu’il faut se tourner.

Mais nous devons nous arrêter sur les messages que les résultats des élections nous donnent. Sept mois aux Pays-Bas pour former un gouvernement, cinq mois en Allemagne. Les résultats en Italie, en Autriche, en Espagne…. le Brexit. Ce que vous voyez, ce sont des gens en colère et frustrés qui n’ont pas obtenu ce qu’ils attendaient.

En Italie, les populistes s'entendent sur un programme de gouvernement

Le M5S et la Ligue se sont entendus sur une baisse des impôts couplée à une baisse des dépenses sociales. Une programme qui risque de se heurter à l’hostilité des partenaires européens de Rome.

Mais en Espagne, le gouvernement est parti à cause de la corruption…

Soyons objectifs. La corruption, c’est ce qui a déclenché la motion de censure. Ce dont je parle, c’est du chômage de 27 % en Espagne, qui est descendu à 16 %, ce qui reste l’un des taux les plus élevés. Le chômage des jeunes est également très élevé. Les promesses n’ont pas été tenues, que ce soit en Italie, en Espagne, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Autriche ou au Royaume-Uni. Beaucoup de gens ont été exclus du processus politique. Ce sont ceux qui votent contre aujourd’hui. Ou ce qui a causé la fragmentation politique en Espagne. La fragmentation conduit à la fragilité, et cela affecte la qualité de la gouvernance. Mais le pire, c’est quand les citoyens ne votent pas. Pour le Brexit, 60 % des jeunes, dont l’avenir est en jeu, n’ont pas voté. Et c’est probablement encore plus dangereux.

Angel Gurría: «les dégâts du Brexit ne font que commencer»

Fervent opposant du Brexit par le passé, le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, soutient désormais le gouvernement britannique pour minimiser les dégâts causés par la rupture.

Le prochain sommet européen est considéré comme le moment de vérité pour approfondir la zone euro. Mais la migration est devenue le problème numéro un. Existe-t-il un risque que la réforme de la zone euro perde sa dynamique ?

L’approfondissement de la zone euro est la transformation la plus importante et la plus significative, à moyen et long terme. Aller vers le marché unique et un marché intégré de l’électricité, de l’énergie, des télécommunications, des banques : ce sont ces choses qui vont définir l’avenir de l’Europe. Mais la question de la migration divise énormément.

Les villes appellent l’UE à agir sur la migration

Des élus locaux de villes et de régions d’Europe  appellent l’UE à agir immédiatement sur les questions d’immigration, en s’appuyant sur leur expertise en matière d’intégration.

Que pensez-vous de la gestion de la migration ?

La migration est positive pour le gouvernement de destination, mais ce dernier doit faire un acompte, comme un investissement. Vous investissez au début, puis vous attendez que l’investissement ait un rendement. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas seulement d’une question monétaire, mais aussi d’intégration. La politique peut devenir gagnante avec de bonnes politiques d’intégration, en particulier dans les pays qui vieillissent et où l’intégration de ces jeunes hommes et femmes [immigrés] peut compléter la démographie.

 

Comment voyez-vous les progrès réalisés sur la taxe numérique, suite à la présentation de la proposition européenne ?

Les Européens ont publié une proposition de taxe de 3 % sur le chiffre d’affaires. Il ne s’agit pas d’un consensus, mais d’une proposition de la Commission européenne. Il existe en Europe un certain nombre de pays qui ne veulent pas prendre de mesures à court terme. Mais dans de nombreux pays, il y a ce que j’appellerais l’impératif politique de prendre des mesures. C’est une demande de l’opinion publique. Les pays ont demandé à l’OCDE de présenter ses recommandations non pas en 2020, date initialement prévue, mais en 2019. Nous ne pourrons toutefois formuler une recommandation que dans la mesure où il y a consensus. S’il n’y a pas de consensus, ce que nous pouvons faire, c’est faire rapport sur les divergences, comme nous l’avons fait en mars dernier.

Y a-t-il un risque d’affaiblissement de votre proposition pour parvenir à un consensus ?

Il n’y a aucune raison de penser cela. Soit nous taxerons le monde numérique, soit nous ne le ferons pas. Il y a également une évolution très importante aux États-Unis après la réforme fiscale. Le Trésor l’a explorée avec un esprit très ouvert. Avant, même pendant le mandat du président Obama, ils avaient une position très protectrice de leurs entreprises. Maintenant, ils adoptent une position plus ouverte, donc les discussions sont beaucoup plus convergentes. Nous faisons des progrès. J’espère donc qu’en 2019, nous publierons notre recommandation finale. Si ce n’est pas le cas, cela signifie que nous sommes toujours dans l’impasse.

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