Les milliards verts de l’UE et de la BEI se recoupent

[Photo: European Commission]

En 2019, la Banque européenne d’investissement (BEI) a décidé d’arrêter d’accorder des prêts qui financent les énergies fossiles. Un changement de cap qui va au delà du simple abandon du charbon et du gaz.

Dans sa liste de critères d’investissement mis à jour en novembre, la BEI indique qu’elle ne financera plus en Europe d’énergies fossiles qui n’incluent pas de système de captage du CO2. Par cette mesure, l’organisme de prêt basé à Luxembourg affiche sa volonté de s’aligner avec l’accord de Paris et de favoriser les investissements durables.

Ce changement de cap de la BEI est le fruit d’un travail de longue haleine, et le compromis final a suscité des objections de la part de certains pays opposés aux mesures sur les combustibles fossiles et l’énergie nucléaire.

Après que la BEI a reporté un vote sur sa nouvelle politique à la fin de l’année dernière, toute tentative d’accord semblait vouée à l’échec, en particulier du côté allemand où elle rencontrait une vive opposition. Mais le vice-président de la banque, Andrew McDowell, a tout de même réussi à surmonter les réticences et à conclure un accord.

Pour Andrew McDowell ces mesures devraient permettre à la banque de rendre ses activités conformes à l’accord de Paris.

« Bien évidemment, nous nous sommes engagés à ce que d’ici à 2025, la moitié de nos prêts finance l’action climatique ainsi que les autres objectifs environnementaux clés inscrits dans la nouvelle taxonomie de l’UE », assure-t-il.

La taxonomie représente une nouvelle liste de critères qui définissent ce qui constitue — et plus important, ce qui ne constitue pas — un investissement vert. L’accord doit encore faire l’objet d’une approbation finale.

La moitié des prêts de la BEI sera conforme à la taxonomie de l’UE d’ici à 2025, mais cela ne signifie pas que l’autre moitié pourra compromettre ces investissements.

Andrew McDowell estime en effet que le reste des prêts s’aligneront sur l’accord de Paris, même s’ils ne financent pas l’action climatique.

Et ce changement de politique ne s’arrête pas au secteur de l’énergie. « Nous allons revoir l’entièreté de notre politique d’investissement, […] afin de nous assurer que nous ne sommes pas incohérents dans nos prêts ».

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Les investissements dans le secteur des transports seront sans doute d’être réévalués dans un futur proche – un plan d’action que Werner Hoyer, le président de la BEI, a confirmé en janvier. Toutefois, les fonctionnaires notent aussi que la moindre réforme des procédures impliquera un long processus de consultation et une évaluation en profondeur.

Les groupes environnementaux insistent sur le fait que la BEI ne peut se proclamer « banque européenne pour le climat » alors qu’elle injecte aussi des millions d’euros dans la construction d’aéroports et d’infrastructures routières.

La banque a choisi de réviser sa politique énergétique parce qu’elle était en mesure de voir la direction que l’UE prendrait en 2016, après la publication du paquet « énergie propre » par la Commission européenne.

Ce document sur les nouveaux objectifs européens en matière d’énergie renouvelable, d’efficacité énergétique et d’émissions de carbone a fourni assez d’informations à la banque pour proposer des ajustements financiers et se positionner concernant les énergies fossiles.

Andrew McDowell a expliqué qu’il était absolument nécessaire d’adopter des mesures claires avant d’apporter le moindre changement à la manière dont la BEI travaille et que le compromis de novembre engageait l’institution à revoir ses prêts énergétiques début 2022.

Les groupes environnementaux ont accueilli favorablement la nouvelle politique, mais étaient insatisfaits de ce qu’ils considéraient comme des « failles » dans l’abandon progressif des énergies fossiles. Andrew McDowell a accepté les critiques, mais a soulevé que le marché du gaz naturel « en perpétuelle évolution » pouvait encore être sujet au changement.

« La Commission travaille sur une nouvelle directive de décarbonisation du gaz. Donc si nous disposons de nouvelles informations dans les années à venir sur la politique générale de l’UE en ce qui concerne le gaz [naturel], alors nous adapterons et alignerons nos mesures en conséquence ».

Deux mille milliards d’euros

Ces nouvelles mesures énergétiques pèsent aussi lourd financièrement. En novembre, la BEI a annoncé qu’elle verserait mille milliards d’euros dans les investissements durables au cours des dix prochaines années.

En janvier, dans le cadre de son plan d’investissement pour une Europe durable, la Commission s’est aussi engagée à investir mille milliards d’euros pour financer sa liste de projets du « Green Deal ».

Pour y parvenir, l’exécutif européen allouera environ 500 milliards d’euros issus du budget à long terme de l’UE, auxquels viendront s’ajouter les revenus générés par son programme InvestEU.

Mais ces deux mille milliards ont semé la confusion sur ce qui serait alloué aux investissements aux cours des dix prochaines années. Et de fait, les milliards se recoupent.

« La Commission a aussi fixé le montant à mille milliards d’euros, mais c’est comme les diagrammes de Venn : il existe des zones séparées et des zones partagées. Nous travaillons encore sur les chiffres globaux, ainsi qu’à la possibilité d’un total cumulatif entre les deux parties ».

Andrew McDowell a ajouté que comme la BEI comptait mettre en œuvre 75 % du programme InvestEU, il était aussi inclus dans le budget – et la Commission en ferait de même.

Une partie de ces fonds débloqués par la banque seront dédiés à aider ceux qui souhaitent financer directement leur projet, grâce à un instrument financier appelé « assistance technique ». Par le passé, certains projets ont difficilement reçu un soutien financier, tout simplement parce que leurs initiateurs ignoraient comment l’obtenir.

« Nous nous sommes engagés à fournir davantage de conseils sur la planification et la mise en œuvre des projets, en particulier dans les pays qui sont plus en retard en matière de transition énergétique. Cela représente un grand défi pour nous sur le plan organisationnel », a reconnu Andrew McDowell.

Les gros émetteurs de carbone, comme la République tchèque et la Pologne, peuvent également s’attendre à un niveau de financement plus élevé. En temps normal, la BEI finance les projeta à hauteur de à 50 %, mais cle niveau passera à 75 % pour dix États membres.Cette augmentation du nombre de conseils et de prêts ne signifie pas que la banque abaissera ses standards. La BEI bénéficie d’une notation triple A, en grande partie grâce à son excellent historique concernant l’effet de levier sur les investissements, qui vont de 1 € à plus de 2 € en moyenne.

« Nous ne pouvons pas laisser à la Commission ou à la banque le soin d’inventer des projets là où il n’y en a pas. Nous avons dit que les capitaux mobilisés dans les projets climat sont très nombreux. Mais comme toute autre institution financière, nous ne pouvons investir que dans des projets durables financièrement ».

Le retrait du Royaume-Uni de l’UE signifie également que le pays ne figure plus parmi les parties prenantes de la BEI. Son investissement sera progressivement remboursé et les 27 États membres restants combleront le vide au travers d’un accord de recapitalisation.

Andrew McDowell a admis qu’avant la conclusion de cet accord, la banque hésitait sur le niveau auquel fixer les investissements en 2020, étant donné que le retrait du Royaume-Uni allait abaisser le niveau maximum des prêts de 100 milliards d’euros.

Le vice-président a également déclaré que les projets énergétiques et l’expertise que fournissait le Royaume-Uni manqueraient à la BEI. « Leur position sur des questions comme l’énergie et le climat nous manquera. [Le Royaume-Uni] avait voté pour la [nouvelle] politique de prêts dans le secteur énergétique et l’avait ardemment défendue tout au long du processus ».

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