Les États-Unis dénoncent un débat «désinformé» sur la neutralité du Net

Ajit Pai [GSMA]

Ajit Pai, du régulateur des télécoms américain, estime que le débat sur la neutralité du Net est dominé par une désinformation ayant pour seul but de faire peur.

Lors d’un débat au Congrès mondial de la téléphonie mobile, à Barcelone, le représentant américain Ajit Pai s’est opposé à Andrus Ansip, commissaire au numérique, sur la neutralité du Net. Selon ce principe, les fournisseurs d’accès Internet ne peuvent pas restreindre le trafic en ligne ou appliquer des prix plus élevés pour des connexions plus performantes.

Sous l’impulsion d’Ajit Pai, ce principe, en place depuis 2015, est en passe d’être aboli aux États-Unis. Une décision controversée qui a suscité une levée de boucliers de la part de groupes de protection des libertés civiles et de certaines entreprises du secteur.

Ajit Pai a été nommé président de la Commission des communications (FCC) des États-Unis par Donald Trump, et dirige donc l’autorité de régulation des télécoms.

Voudriez-vous voir l’Europe abroger ou assouplir les mesures contenues dans sa loi sur la neutralité du réseau ?

Je m’en remets à l’Union européenne et aux différents États membres pour prendre cette décision. J’ai eu des conversations très productives avec mes homologues en Europe au niveau de la Commission et avec divers États membres.

Je pense qu’en fin de compte, nous partageons tous le même objectif, qui est d’offrir des possibilités numériques à tous nos citoyens. Et le cadre réglementaire le mieux calibré pour atteindre cet objectif diffère d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre. Je ne peux que parler au nom des États-Unis et je n’oserais pas prescrire quoi que ce soit pour l’Europe.

Est-il possible d’établir une corrélation entre investissement et neutralité alors que ces règles ne sont en place que depuis deux ans ?

Nous constatons qu’aux États-Unis, ces règles ont eu un effet néfaste sur les investissements dans l’infrastructure. Elles suivent le principe de bon sens selon lequel plus on réglemente quelque chose, moins on a de chances d’en obtenir davantage. Surtout lorsque nous parlons de l’architecture de la 5G, qui nécessitera l’installation de dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de petites cellules, et de l’utilisation du spectre qui doit être acheté aux enchères.

Il s’agit de questions très complexes et des investissements doivent être engagés. Nous espérons que notre cadre orienté sur le marché favorisera l’innovation et l’investissement dans les services liés à la 5G. Et qu’en même temps, il protégera les consommateurs, comme par le passé, avant 2015.

La Commission rappelle États et secteur privé à l’ordre sur la 5G

Cette semaine, la Commission poussera États membres et entreprises à s’impliquer davantage dans le développement des réseaux Internet de nouvelle génération, afin d’accélérer la révolution numérique, lors d’un congrès à Barcelone.

Pourquoi pensez-vous que la neutralité du net est devenue un problème émotionnel ?

Je pense qu’il s’agit en partie de désinformation franchement trompeuse. Après la décision prise par la FCC le 14 décembre, il y a eu un certain nombre de gros titres proclamant que c’était « la fin de l’Internet tel que nous le connaissons ». Et cela inspire beaucoup de peur chez nombre de citoyens.

Pourtant, dans les deux mois et demi qui se sont écoulés depuis, Internet n’a pas disparu. L’économie d’Internet a continué de prospérer et je pense que nous verrons à l’avenir, au fur et à mesure, que l’innovation et les investissements se poursuivront aux États-Unis, que ce genre de discours sans fondement perdra tout simplement de sa crédibilité.

Le journal Axios a annoncé il y a quelques semaines que l’administration Trump comptait mettre en place un réseau 5G géré par le gouvernement. Vous estimez qu’il s’agit d’une mauvaise idée. Au cœur de ce projet, il y avait l’idée que le gouvernement américain voulait se protéger des failles sécuritaires et de la concurrence chinoise dans le secteur technologique. Tout le discours sur la concurrence mondiale autour de la 5G est-il exagéré ?

Oui et non. Je pense évidemment que chaque pays est différent, a des caractéristiques de marché, des niveaux de concurrence et d’investissement différents. Mais d’un autre côté, je pense qu’il y a véritablement une course pour voir qui peut être le premier à déployer la 5G, parce que chaque pays veut évidemment être un havre d’innovation et d’investissement.

Si je veux que les États-Unis montrent la voie, c’est en partie parce que nous avons toujours été des pionniers de la 4G et que cela a produit d’énormes avantages pour l’économie américaine. Et pas seulement en termes d’investissement. Des citoyens ont été embauchés pour construire ces réseaux et un capital important est dépensé aux États-Unis.

L’Europe a eu du mal à lancer la 4G et essaie de rattraper son retard, mais elle est déjà à la traine sur la 5G. Comment voyez-vous l’Europe dans la course contre les États-Unis et les pays asiatiques pour rendre la 5G disponible ?

C’est compliqué en partie parce qu’il y a une Union européenne et 28 États membres et que les cadres réglementaires sont parfois plus complexes qu’aux États-Unis étant donné la structure de cette organisation.

Quand on parle d’améliorer les futurs réseaux sans fil, on parle automatiquement d’un défi. C’est beaucoup plus difficile que tout ce que nous avons fait dans le passé. Cela demande une approche du spectre en trois points, ainsi que des politiques d’infrastructure et de réglementation du réseau. C’est déjà difficile pour les États-Unis de définir ces politiques et j’imagine que l’Europe doit faire face à certains de ces mêmes défis, avec en plus une structure décisionnelle plus complexe.

La neutralité du net est-elle vraiment neutre ?

Trois types de pratiques discriminatoires occupent le débat sur la neutralité du net : l’exclusion de contenu (légal), les pratiques de « zero-rating » et la création de voies rapides sur l’internet. Une opinion publiée sur le site de notre partenaire, La Tribune.

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