L’éducation financière [FR]

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Les écoliers pourraient désormais suivre des cours pour apprendre comment utiliser un compte bancaire ou acheter et vendre des actions en bourse. Cette initiative s’inscrit dans le cadre des efforts de l’UE visant à éduquer les citoyens et à prévenir d’éventuelles crises financières à l’avenir. 

La question de l’éducation financière, qui était à l’agenda de la Commission et des Etats membres bien avant l’avènement de la crise du crédit durant l’été 2007, n’a cependant encore jamais été abordée en détails. Les politiques ont donc été orientées avec des objectifs bien plus immédiats à l’esprit, comme l’amélioration des informations financières pour les consommateurs et la protection du consommateur. Aucune mesure spectaculaire n’a été prise pour l’objectif à long terme d’éducation.

Mais les pouvoirs européens dans ce domaine sont en fait limités. Bien que le sujet ait de claires implications financières et un impact direct sur le marché commun, il reste un problème d’éducation et relève donc de la compétence nationale.

Bruxelles a mentionné le rôle essentiel de l’éducation dans une série de documents dès 2005, appelant les Etats membres à adopter des mesures efficaces pour améliorer la connaissance et la compréhension des questions financières. A deux reprises, en 2006 et en 2007, le Conseil européen de l’Ecofin a souligné l’importance de promouvoir l’éducation financière et de sensibiliser les consommateurs dans les Etats membres.

La récente introduction des nouveaux systèmes de pensions dans différents Etats membres, qui rend les employés responsables pour investir des parties ou l’ensemble de l’argent de la retraite de manière autonome, montre que la question de l’éducation financière a gagné de l’importance.

Enfin, l’explosion de la crise du crédit aux Etats-Unis et ses répercussions massives sur l’Europe et dans le monde ont poussé à l’adoption d’une approche plus vigoureuse. De nombreux observateurs conviennent que l’absence d’une compréhension financière de base chez les consommateurs américains traditionnels a alimenté la crise actuelle. Les consommateurs informés pourraient avoir évité d’acheter des produits à risque réunis par des gestionnaires favorables à la prise de risques. Il va sans dire, néanmoins, qu’un mauvais système d’information des consommateurs et principalement une méthode incontrôlée pour vendre des produits complexes et risqués doivent être la cause principale de la récente crise.

Les organisations de consommateurs soulignent avec enthousiasme le fait qu’alors que l’éducation financière est importante, elle ne devrait pas soulager les banques de leur obligation de fournir des informations claires et exhaustives à leurs consommateurs quand elles vendent des produits financiers, en les avertissant des risques encourus. De plus, les consommateurs devraient aussi être capables de comparer facilement les différents produits, même s’ils n’ont pas de profondes connaissances des questions financières.

A cet égard, en avril 2008, le Conseil européen des ministres a approuvé la révision d’une directive sur le crédit aux consommateurs visant à renforcer et harmoniser la protection des emprunteurs dans l’UE. La directive est destinée à standardiser les informations à fournir en faisant de la publicité pour des prêts afin que les consommateurs puissent comparer les différentes offres plus facilement (lire notre LinksDossier).

Les citoyens ne connaissent pas les questions financières de base

De nombreuses études montrent que la grande majorité des citoyens ont une connaissance quasiment nulle des questions financières de base. D’après une enquête menée par Citigroup, deux consommateurs britanniques sur trois estiment que les questions financières sont trop compliquées pour qu’ils les comprennent.

Un autre sondage a révélé des résultats similaires en Italie, en France et en Espagne, alors qu’une étude hongroise a montré que 70 % des personnes interrogées ne connaissent pas la signification de l’inflation. Une autre recherche  financée par la Commission européenne a souligné qu’en Europe de l’Est, près de la moitié de la population n’a pas de compte bancaire, ce qui est le point de départ fondamental de toute opération financière (EURACTIV 29/05/08).

D’un autre côté, les citoyens ont de plus en plus conscience de l’importance d’avoir des connaissances financières générales. Une recherche menée par Visa aux Etats-Unis a révélé que la vaste majorité des parents interrogés étaient en faveur de l’éducation financière à l’école pour leurs enfants. Ils placent le développement de bonnes compétences financières en deuxième place juste derrière la sécurité personnelle.

Des initiatives déjà lancées au niveau national

Les pays européens ont déjà lancé une série de projets visant à proposer une éducation financière aux élèves, aux travailleurs et aux personnes âgées. Plusieurs programmes sont destinés à les armer avec les outils nécessaires pour leur enseigner de nouveaux sujets. Une évaluation extensive des initiatives actuelles, effectuée par la Commission européenne, a identifié 180 initiatives de culture financière dans l’UE. Les enfants et les jeunes adultes sont les principaux groupes cibles pour la majorité des initiatives. De nombreux projets se concentrent également sur les groupes à faible revenu et à faible éducation.

En Autriche, un projet intitulé ‘Une vie sans dette’ a impliqué près de 4 000 jeunes étudiants entre 2001 et 2007. Des ateliers spécialisés se sont focalisés sur trois groupes d’étudiants. Les plus jeunes (âgés de 11 à 13 ans) ont reçu un enseignement des principes financiers de base, comme d’où provient l’argent et le fait que les ressources financières sont limitées. Le deuxième groupe, âgés de 14 à 15 ans, ont appris les concepts d’économies, de comptes courants, d’argent liquide et de cartes de paiement. Le troisième groupe, comprenant des participants ayant jusqu’à 18 ans, s’est concentré sur les placements à vie, l’endettement et le crédit.

En Suède, un projet similaire était consacré aux travailleurs adultes proches de la retraite. Le but était de leur fournir les informations essentielles nécessaires pour investir l’argent de leur retraite. L’initiative a été menée à bien par une banque nationale, la Swedbank, pour réduire le déficit d’informations qui a émergé suite à l’introduction d’un nouveau système de retraite pour les employés suédois en 2000. La banque proposait ce service gratuitement, obtenant ainsi l’occasion de former de nouveaux clients potentiels en échange.

La Commission soutient de telles initiatives qui reconnaissent que les cours différents adaptés à l’âge et aux besoins sont d’une importance vitale.

Les initiatives européennes sont en cours

En 2007, l’exécutif européen a intensifié ses efforts pour améliorer l’éducation financière dans les Etats membres. Après que la crise du crédit aux Etats-Unis a secoué l’économie mondiale au cours de l’été 2007, Bruxelles a publié un document en décembre ciblé sur l’éducation financière et exposant ses prochaines initiatives dans le domaine. L’objectif principal est de promouvoir les actions nationales en identifiant et en partageant les meilleures pratiques.

Dans le cadre de l’initiative, un réseau d’experts nationaux dans le secteur a été créé en 2008 dans le but de propager les meilleures pratiques sur le continent et d’harmoniser les méthodes d’enseignement et les programmes dans la mesure du possible. Le groupe, qui prévoit de tenir sa première réunion en octobre 2008, est composé de représentants des autorités nationales, de prestataires de services financiers et d’organisation de consommateurs. Les membres du groupe ont pour tâche de conseiller la Commission en analysant la situation européenne et en évaluant l’application des mesures mises en place à Bruxelles jusqu’en 2010.

La Commission a également lancé un site Internet consacré à l’éducation du consommateur, Dolceta, qui comporte deux sections, la première sur les droits du consommateur et la seconde sur les services financiers. Tout le monde peut accéder gratuitement à la base de données en ligne (disponible dans toutes les langues officielles de l’UE) et tester ses connaissances des questions financières, comme l’hypothèque, les économies, les investissements et les moyens de paiement.

Une version mise à jour du site web devrait être bientôt disponible, pour s’adapter aux besoins spécifiques des jeunes. Le nouveau service ciblera les étudiants de l’enseignement primaire et secondaire. Il utilisera un langage plus simple et des explications des questions financières de base, telles que comment utiliser une carte de paiement ou comment gérer un compte bancaire (EURACTIV 17/04/08). L’initiative est en ligne avec la politique européenne consistant à adapter l’éducation financière aux différents groupes d’âge.

Les jeunes sont également la cible d’une autre initiative de la Commission, l’Agenda Europa. En 2008, près de trois millions d’étudiants de l’enseignement secondaire dans l’UE ont commencé à recevoir des copies de l’agenda, qui contient des informations essentielles sur l’Union européenne et ses politiques et des astuces de base sur les droits du consommateur, notamment les questions financières. L’édition 2008/2009 explique aux étudiants le concept du crédit, ses avantages et ses risques. Un kit pour les enseignants a également été fourni pour faciliter leur tâche de tuteurs.

Le secteur privé a également lancé ses propres initiatives pour stimuler l’éducation financière. Parmi les plus récentes initiatives, Visa Europe a lancé un site Internet « Better money skills » qui propose aux visiteurs un test gratuit de leurs compétences financières.

Harmoniser les programmes scolaires : la marche à suivre ?

La proposition la plus risquée et probablement la plus controversée est d’introduire de nouveaux programmes scolaires, dans lesquels les questions financières seraient enseignées parallèlement à des sujets traditionnels comme l’histoire ou la géographie.

Du point de vue de la Commission, une telle initiative devrait être appliquée par tous les pays européens de façon harmonisée. Selon l’argument, au moment des premiers signes de la crise du crédit aux Etats-Unis, les conséquences de la crise financière sont ressenties au-delà des frontières nationales. Les consommateurs ayant une pauvre éducation en Pologne pourraient facilement nuire aux marchés financiers en Italie ou en Slovaquie, affirme la Commission. Le Parlement européen semble adopter une approche similaire, selon un rapport de sa propre initiative élaboré par l’eurodéputée socialiste Iliana Malinova Iotova (Bulgarie). 

Pour atteindre cet objectif – dont la mise en œuvre finale continuerait de dépendre des systèmes nationaux d’éducation – la Commission dispose d’une série d’instruments dans son arsenal politique. Un réseau d’experts en l’éducation financière commencera à travailler en octobre. Les experts pourront se baser sur un nouvel outil : une base de données en ligne de programmes d’éducation financière et de recherche sur l’éducation financière dans l’UE. La base de données complètera les résultats de l’étude extensive menée pour le compte de l’exécutif européen entre janvier et novembre 2007 sur 180 initiatives appliquées dans l’Union.

De plus, une mise à jour du site Internet Dolceta impliquera de nouveaux outils éducatifs pour les jeunes mais également un module de formation pour les enseignants. L’objectif est de fournir aux enseignants un kit gratuit prêt à l’utilisation pour qu’ils enseignent à leurs étudiants les bases de la finance. L’initiative est supposée encourager les enseignants à donner des cours sur une base volontaire avant la redéfinition des programmes scolaires officiels.

La Commission est également engagée dans des campagnes de sensibilisation sur l’importance de l’éducation financière. Bruxelles encourage activement les autorités nationales à promouvoir la question en parrainant un certain nombre d’événements ciblés dans les Etats membres.

Le commissaire européen au Marché intérieur et aux services Charlie McCreevy a déclaré : « L’éducation financière prend de l’importance, en particulier dans le contexte des turbulences financières actuelles. Elle aide les consommateurs à prendre des décisions informées et responsables en ce qui concerne leurs finances personnelles, qui ont une incidence non seulement sur leur mode de vie, mais également sur la société et l’économie au sens large ».

« L’éducation est avant tout une compétence nationale », a rappelé M. McCreevy, tout en affirmant néanmoins : « Je suis vraiment convaincu que la Commission est elle aussi appelée à jouer un rôle pour promouvoir et faciliter l'offre de programmes d'éducation financière pour tous les consommateurs de l'UE. Les efforts déployés au niveau national et à l'échelle de l'UE devraient se compléter.»

L’eurodéputée socialiste Iliana Malinova Iotova, rapporteur au Parlement européen sur l’éducation financière, soutient toutes les initiatives principales proposées. Mais elle appelle également la Commission à développer des programmes éducatifs de base au niveau européen dans le domaine des finances personnelles, fondés sur des règles et des principes communs qui peuvent être adaptés aux besoins des Etats membres.

Simon Begley, haut conseiller politique auprès de l’Autorité britannique des services financiers (FSA), a également souligné la nécessité de fournir de meilleures informations aux citoyens sur les questions financières, mais a insisté sur le fait que la FSA est en faveur de proposer une éducation financière par les programmes existants plutôt que d’offrir des cours spécifiques comme le suggèrent les institutions européennes.

André Laboul, responsable du département des Affaires financières de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), a déclaré que les institutions financières ont une responsabilité importante pour promouvoir la sensibilisation de leurs clients et doivent garantir que les informations données sont lues et comprises. Il a ajouté que l’éducation financière doit compléter, mais ne peut pas substituer, la régulation financière.

En commentant une proposition de rapport de l’eurodéputée Iotova, le European Savings Banks Group (ESBG)déclaré que le rôle joué par les institutions financières devraient être considérées avec attention lors de la conception des programmes ou des systèmes destinés à augmenter le niveau de culture financière. Les banques d’épargne sont proches de leurs clients et bien conscientes des domaines où le manque de connaissances est le plus présent. En étant placé au cœur de l’offre des services financiers, les banques d’investissement sont donc bien placées pour contribuer au contenu des programmes, a-t-il affirmé.

Parallèlement, l’ESBG a souligné l’importance des parents dans l’éducation financière. Tout en déplorant que la question n’ait pas reçu suffisamment d’attention dans le rapport Iotova, l’ESBG a proposé d’ajouter la référence suivante au texte : des régimes spécifiques devraient également donner aux parents le pouvoir de devenir un modèle au rôle positif pour les comportements et la culture financière.

Massimo Roccia, directeur de l’Association bancaire italienne et secrétaire de Patti Chiari, une organisation de consommateurs, a expliqué le lancement d’un plan d’action en Italie pour utiliser les campagnes médias comme un moyen d’atteindre de meilleurs niveaux d’éducation financière chez la population italienne.

En s’adressant à une conférence sur l’information et l’éducation financières organisée par le European Savings Banks Group (ESBG) à Bruxelles, Camden Fine, président et PDG de l’Independent Community Bankers of America, a souligné l’importance de l’éducation précoce : il faut que les écoles éduquent leurs élèves à tous les niveaux, a-t-il dit, sans oublier qu’il est aussi important d’avoir des programmes pour adultes.

Selon cette approche, la culture financière et la régulation des consommateurs sont deux revers de la même médaille. D’après M. Fine, les principales questions soulevées sont que les consommateurs doivent savoir qui a la responsabilité de les informer, qui devrait réguler, si les conditions devraient être uniformes et quelle quantité d’informations peut être fournie.

Le BEUC, l’organisation européenne des consommateurs, admet qu’il existe un besoin de renforcer les connaissances des consommateurs dans le domaine financier et de réduire, dans une certaine mesure le fossé considérable entre les connaissances des clients et celles des entreprises dans le secteur financier. Mais l’organisation insiste également sur le fait que pour donner un pouvoir de décision aux consommateurs et encourager la concurrence, l’éducation financière n’est pas une panacée. Elle estime qu’il faudrait accorder la priorité aux informations clairement appropriées en temps voulu, aux conseils de qualité indépendants et professionnels, ainsi qu’à la simplification des produits complexes.

Doug Taylor de Which?, une organisation britannique de protection du consommateur, a mis en garde contre les défis impliqués : nous ne pouvons pas oublier les difficultés en créant des expériences d’apprentissage qui sont bonnes pour toutes les périodes de la vie, a-t-il indiqué, avant de rappeler à quel point l’éducation financière est une tâche difficile.

En ce concerne l’information des consommateurs, M. Taylor estime qu’il n'y a pas de solution magique dans le domaine de la protection des consommateurs. Selon lui, il s’agit plutôt d’un patchwork de réglementations appropriées, d’informations adaptées, de produits sûrs, de conseils solides et de mécanismes de redressement solides.

Rob Goedhart de Consumentenbond, une organisation néerlandaise de consommateurs, s’est montré favorable à l’éducation financière, mais a néanmoins rappelé qu’on ne peut pas transformer les consommateurs en professionnels de la finance. 

Hugues Thibaut, un conseiller aux affaires européennes pour Test Achats, une organisation belge de consommateurs, a souligné que bien que l’éducation soit cruciale, elle ne remplacera jamais une législation solide sur la protection des consommateurs.

Kathrin Wirz, chargée de projet pour Geld und Haushalt (équivalent de l’association française « Finance et Pédagogie »), une organisation liée aux banques d’épargne allemandes, a insisté sur le fait que la responsabilité pour l’éducation financière repose avant tout sur les parents.

  • Août 2007 : les Etats-Unis sont touchés par une vaste crise du crédit causée par des failles dans les prêts hypothécaires à haut risques (le « subprime »).
  • Déc. 2007communication de la Commission sur l’éducation financière.
  • Oct. 2008 : première réunion du réseau d’experts en éducation financière.
  • D’ici la fin 2008 : la Commission doit publier une base de données en ligne sur les programmes d’éducation financière et de recherche sur l’éducation financière dans l’UE.
  • 2010 : la Commission doit procéder à une évaluation extensive des initiatives entreprises pour améliorer l’éducation financière dans l’UE.

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