« Nous avons besoin d’innovation pour répondre à la crise », affirme Jean-Baptiste Lemoyne

Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. [EPA-EFE/JAVIER LIZON / POOL]

Le secteur du tourisme, manne essentielle de l’économie française, a été durement touché par la pandémie. Jean-Baptiste Lemoyne appelle à se concentrer sur les enjeux futurs pour préparer au mieux l’après. Un article de notre partenaire, la Tribune.

Jean-Baptiste Lemoyne est le secrétaire d’État auprès de Jean-Yves Le Drian, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.

Quel est l’état de santé de la filière touristique dans le Sud ? À combien s’évaluent les pertes enregistrées et celles à venir si on tient compte d’un confinement de deux mois ?

Inutile de nous voiler la face : les pertes de recettes liées aux conséquences de l’épidémie vont se compter en milliards d’euros, c’est un fait. C’est le reflet du poids du tourisme dans la région sud : 20 milliards d’euros de recettes générées par an, 13 % du PIB régional, près de 150 000 emplois salariés partout dans les territoires. J’ai échangé avec les collectivités et les professionnels du tourisme lundi après-midi, avec le Président Renaud Muselier. Les acteurs de la région Sud font preuve de beaucoup de résilience pour passer les difficultés actuelles dans un esprit d’unité et de solidarité. Notre objectif partagé face à ce choc est avant tout de préserver notre offre touristique, nos investissements, nos compétences et nos savoir-faire pour relancer nos destinations le plus rapidement possible dès que les conditions sanitaires le permettront.

Les agences de voyages, les tour-opérateurs sont à l’arrêt. Comment éviter que ces PME ne mettent la clé sous la porte ?

L’Etat a mis en place des outils financiers exceptionnels : reports de charges sociales et fiscales, fonds de solidarité pour les TPE et les indépendants, prêts garantis par l’Etat, dispositif d’activité partielle rénové… Dans le domaine du tourisme, pour tenir compte de l’impact particulièrement lourd de l’épidémie, j’ai souhaité que les professionnels puissent conserver leur trésorerie en proposant un avoir à leurs clients quand les voyages, séjours et autres prestations touristiques doivent être annulés du fait des circonstances actuelles. La région Sud a embrayé dans cette dynamique, et les professionnels sont en train de s’emparer de ces outils pour affronter la crise actuelle.

Proposer le report des voyages prévus est une solution pour ne pas mettre les entreprises spécialisées en danger, en préconisez-vous d’autres ?

Le dispositif que nous avons mis en place est sans précédent en termes qualitatifs comme quantitatifs. Mais nous sommes toujours prêts à l’ajuster en fonction des retours des entreprises : Bruno Le Maire réunit l’ensemble des secteurs d’activité chaque lundi, et je fais de même chaque mardi avec le comité de filière tourisme pour adapter notre réponse à chaque fois que c’est nécessaire.

L’Europe se prépare à une crise économique semblable à celle de 2008

L’épidémie de coronavirus pourrait entraîner des conséquences économiques comparables à celles de la crise de 2008, indique Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE). Son impact se ressent déjà dans plusieurs secteurs, comme le tourisme ou l’automobile.

Le code du tourisme va-t-il devoir être révisé davantage ?

Avec l’ordonnance sur les avoirs, nous avons trouvé un bon équilibre entre protection des professionnels et respect des droits des consommateurs. Au-delà des modifications législatives et réglementaires, nous avons surtout besoin de solidarité entre l’ensemble des acteurs de la filière : chaque maillon de la chaine est indispensable pour préserver notre secteur touristique.

La Banque des Territoires est le bras armé de l’État et elle est au capital de certaines résidences de tourisme par exemple. Peut-elle intervenir plus fortement que ce qui est déjà envisagé ?

La Banque des territoires a déjà lancé plusieurs actions pour accompagner les collectivités et les entreprises publiques locales. En région sud par exemple, elle cofinance le fonds « Covid Résistance » lancé par Renaud Muselier. Pour les résidences de tourisme, les bailleurs publics font preuve de responsabilité et la Caisse des Dépôts, maison-mère de la Banque des territoires, s’est engagée à faire preuve de bienveillance vis-à-vis des résidences qui rencontreraient des difficultés.

Comment préparer dès aujourd’hui l’après-crise ? Quelles sont les demandes des professionnels ? Un plan d’accompagnement à la reprise est-il prévu ?

Pour l’instant, les professionnels nous demandent de les aider à suivre l’évolution des différents marchés pour se préparer à la reprise, et c’est ce que nous faisons avec Atout France. Il faut en particulier se préparer aux changements de comportement des touristes, avec des voyages moins lointains dans un premier temps. Il faudra aussi adapter notre offre pour apporter toutes les garanties sanitaires à nos visiteurs. J’ai demandé à Atout France de travailler sur le sujet. Avec Jean-Yves Le Drian, nous serons au rendez-vous pour proposer un véritable plan de relance qui permette également d’accélérer la transition numérique et durable de notre offre touristique.

La technologie aide-t-elle, peut-elle aider un secteur qui concerne l’économie réelle ?

Nous avons besoin d’innovation pour répondre à la crise, et en particulier d’innovation numérique. Nous en avons besoin dès maintenant pour ne pas perdre le lien avec nos publics, pour continuer à donner envie de France, et nous en aurons besoin demain pour renouveler notre offre et la rendre plus attractive. Atout France y travaille avec le Welcome City Lab qui réunit des experts du numérique.

L’attractivité de la région Provence Alpes Côte d’Azur, comme celle de la France, a été touchée. Sera-t-il possible de la rétablir ? Quels seront les enjeux d’après crise, tant pour le secteur BtoB que BtoC ?

Dès que les conditions sanitaires le permettront, la clé me semble être une approche unie des marchés les plus prometteurs, avec une offre adaptée aux nouvelles attentes des clients qui sortiront de longues périodes de confinement. J’ai toute confiance dans les atouts de nos destinations, et je suis persuadé que nous saurons, encore mieux qu’avant la crise, répondre aux aspirations des visiteurs nationaux et internationaux.

Une stratégie bas-carbone pour sortir de la crise

Le laboratoire d’idées I4CE a publié son scénario de transition climatique pour sortir de la crise. Il s’appuie sur une aide publique additionnelle de 7 milliards d’euros par an. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

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