L’éthique à l’assaut de la technologie en 2019

L’année 2018 a été tumultueuse pour l’industrie technologique et 2019 le sera tout autant, à une différence : la question de l’éthique sera au cœur des discussions.

En 2018, la Commission européenne a adopté une approche pragmatique pour faire face aux lacunes des mastodontes de la technologie. 2019 sera probablement l’aube d’une « éthique technologique », dans laquelle les consommateurs s’attendent à ce que leurs droits soient respectés dans le domaine numérique comme ils le sont au quotidien. Les décideurs politiques obligeront ainsi les géants de la technologie à respecter les mêmes règles que l’industrie en général.

« La technologie peut amplifier les pires tendances de l’être humain », a déclaré le PDG d’Apple, Tim Cook, lors d’un événement au Parlement européen en octobre. « Elle peut aggraver les divisions, inciter à la violence, miner notre sens commun de ce qui est vrai et de ce qui est faux. Cette crise est réelle. »

Fake news et éthique

Selon Tim Cook, la diffusion de fausses informations continuera à miner notre sens de ce qui est vrai ou faux à l’approche des élections européennes de mai 2019.

La Russie continuera tout au long de l’année à jouer un rôle prépondérant dans la diffusion de fake news. Après une interview avec un journaliste infiltré en octobre, Euractiv a découvert que la Russie doit certainement être bien engagée dans sa campagne de désinformation visant les élections européennes.

En décembre, la Commission a présenté son plan d’action sur la désinformation, qui vise à contrer la vague de fausses nouvelles à l’approche du scrutin. Un code de conduite contre la désinformation a ainsi été proposé, qu’un groupe de géants de la technologie, dont Facebook, Google et Twitter, s’est engagé à suivre.

Le code est un cadre d’autorégulation qui vise à faire pression sur les plateformes pour modérer et gérer la désinformation. Un examen de l’efficacité du code devrait être présenté en janvier 2019.

Les médias sociaux étant les principaux responsables de l’absence de cadre éthique dans la gestion des fausses informations, beaucoup estiment que ces plateformes seront affectées en 2019, les utilisateurs optant plutôt pour des réseaux sociaux basés principalement sur l’image comme Instagram ou Snapchat.

Il faut également s’attendre à ce que les « deepfakes » (images et vidéos trafiquées de haute qualité) deviennent plus importants en 2019.

Fiscalité et éthique

Un autre domaine dans lequel les divisions devront être apaisées est celui de la fiscalité numérique. Dans ce domaine, 2019 pourrait offrir une sorte de percée.

Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a récemment annoncé que la France élaborerait son propre cadre national pour l’imposition des géants du numérique, tandis que l’Espagne et le Royaume-Uni ont déjà commencé à formuler leurs propres plans.

Faute d'accord européen, la France taxera les GAFA en 2019

Le ministre de l’Économie et des Finances a annoncé que le France allait taxer « les géants du numérique » dès 2019, si les pays européens ne parviennent pas à s’accorder sur le sujet. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Entre-temps, l’Autrichien Sebastian Kurz a annoncé que l’Autriche proposera ses propres mesures qui devraient entrer en vigueur en 2020.

L’idée d’une taxe unique sur les services numériques est déjà un coup de semonce pour les géants du numérique mais si chaque État membre introduit son propre cadre fiscal, cette fragmentation risque aussi d’être néfaste pour les entreprises. Avec un risque d’innombrables compromis entre les organismes de réglementation et les géants de la technologie, alors que le débat sur la fiscalité numérique s’intensifiera en 2019.

Intelligence artificielle et éthique

L’éthique deviendra également une considération de premier plan dans le domaine de l’intelligence artificielle. Dans un rapport de l’UE réalisé par un groupe d’experts de haut niveau de la Commission européenne publié en décembre, un certain nombre de « graves préoccupations » pour l’avenir de l’IA ont été mises en évidence, couvrant les questions relatives à la notation des citoyens, l’intelligence artificielle secrète, les technologies d’identification faciale et les systèmes d’armes autonomes mortels.

Le rapport sera finalisé en mars 2019 et les recommandations formulées devraient avoir un impact significatif sur la manière dont la politique jugulera le développement de l’IA en 2019.

La Commission met en garde contre les dérives de l’intelligence artificielle

Le groupe de haut niveau sur l’intelligence artificielle de la Commission européenne a publié son rapport sur l’éthique et l’IA. Il attire l’attention sur les questions liées à l’identification, la notation des citoyens et les robots tueurs.

Toujours en phase de recherche et de développement, la voie vers une plus grande disponibilité commerciale de véhicules autonomes s’ouvrira plus clairement en 2019. Cela soulèvera toute une série de considérations éthiques, notamment le fameux « dilemme du tramway » dans lequel un véhicule autonome devra prendre des décisions morales lorsqu’il sera confronté à un scénario où deux issues négatives sont inévitables.

Par exemple, si une collision est inévitable, selon quels critères moraux la voiture devrait-elle prendre la décision d’entrer en collision avec une femme âgée ou un enfant ?

Connectivité et éthique

Au niveau de l’UE, une décision doit encore être finalisée dans le cadre de l’acte délégué controversé de la Commission sur la future réglementation des véhicules autonomes. La grande question à cet égard est de savoir si l’UE soutiendra la connectivité 5G ou WiFi pour ces véhicules.

L’éthique jouera sans aucun doute un rôle dans la décision finale de la Commission, et beaucoup considèrent que le WiFi est préférable à cet égard, en raison de sa capacité de communication dans des moments critiques, qui aidera à éviter les accidents.

Droits d’auteur et éthique

Par ailleurs, les artistes et les créateurs de contenu du monde entier s’uniront en 2019 pour faire pression sur les négociateurs de l’UE afin de parvenir à un accord sur la réforme très contestée du droit d’auteur. Les négociations entre le Conseil et le Parlement sont à un stade final, mais la directive, qui vise à garantir que les créateurs de contenu soient rémunérés équitablement pour leur travail en ligne, a été à l’origine de nombreuses dissensions entre les députés.

Les négociations se tendent au Parlement sur le droit d’auteur

Les dernières négociations sur la directive controversée sur le droit d’auteur divisent encore les eurodéputés, où les élus reprochent au rapporteur officiel de faire cavalier seul.

Les partisans de la réforme considèrent ces mesures comme un moyen de préserver l’avenir des industries créatives, tandis que les opposants affirment qu’elles pourraient compromettre la liberté du web. Les deux parties estiment qu’il s’agit d’une contestation éthique qui aura des conséquences profondes, quelle qu’en soit la conclusion.

2019 sera une année où l’éthique occupera une place centrale dans presque tous les dossiers numériques. Les décideurs politiques de l’UE s’efforceront de parvenir à un consensus éthique général auquel les géants de la technologie devront se conformer. Les citoyens du continent s’attendront à ce que leurs droits soient protégés dans le domaine numérique comme partout ailleurs.

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