À Hambach, une solution pas si Smart pour la planète

Ineos a officiellement annoncé le rachat du site de production de la Smart à l’entreprise allemande Daimler. Propriétaire des marques Mercedes et Smart, Daimler avait annoncé en juillet dernier la vente du site mosellan. [shutterstock_Ppictures]

L’emblématique site de production de la Smart a officiellement été repris par le groupe de chimie Ineos. L’entreprise britannique entend faire son entrée dans le monde de l’automobile en produisant son tout nouveau 4X4 sur le site mosellan.

C’est avec un immense soulagement que les ouvriers de l’usine Smart de Hambach (Moselle) ont accueilli la nouvelle. Dans un communiqué publié mardi 8 décembre, le groupe britannique Ineos a officiellement annoncé le rachat du site de production de la Smart à l’entreprise allemande Daimler. Propriétaire des marques Mercedes et Smart, Daimler avait annoncé en juillet dernier la vente du site mosellan. Laissant potentiellement sur le carreau près de 1 600 salariés et sous-traitants de l’usine. « Tout le monde était sous le choc. On ne l’a pas vu venir », raconte à Euractiv France Amélie*, salariée de l’usine depuis 20 ans.

L’entreprise allemande a justifié cette décision par les difficultés financières que rencontre le groupe depuis la crise du Covid-19. À la sidération suit l’incompréhension : en 2016, les ouvriers avaient pourtant franchi le cap des « 39 heures payées 37 » pour sauvegarder ce site franco-allemand emblématique, inauguré en 1997 par le président Jacques Chirac et le chancelier Helmut Kohl. L’annonce du rachat du site par Ineos n’a pu que susciter l’enthousiasme dans cet ancien bassin houiller déjà marqué par un chômage de masse. Aux côtés du Bas-Rhin, la Moselle est le département de la région Grand Est qui compte le plus de demandeurs d’emploi, selon les données de l’Insee au 2e trimestre de 2020.

Des ouvriers soulagés donc, « mais pas de quoi faire la fête pour autant » lance Amélie d’un ton ferme :  « Les Britanniques ont racheté le site, et c’est tant mieux. Mais on ne sait pas à quelle sauce on va être mangé les prochains mois. À la création de la Smart il y a 23 ans, les syndicats et Daimler avaient trouvé des accords, nous avions acquis des droits. Qu’est-ce qu’il va rester de tout ça ? Est-ce qu’ils vont jeter des gens ? Le fait est qu’on n’en sait rien », martèle l’ouvrière qui regrette le « flou qui entoure la vente du site » depuis l’annonce de Daimler l’été dernier.

Emploi vs climat

À ces préoccupations sociales s’ajoutent des inquiétudes environnementales. Dans leur avis remis en novembre dernier, les membres du comité social et économique (CSE) de l’usine avaient souligné que si l’arrivée du Britannique « a le mérite de sauvegarder les emplois du site », des doutes subsistent sur le type de véhicule qu’entend produire Ineos. Le « Grenadier », un 4X4 thermique « fortement émetteur de CO2 » mais aussi « de plus en plus difficile à vendre à partir de la deuxième moitié de cette décennie », selon l’avis du CSE, devrait remplacer la petite voiture électrique Smart, aujourd’hui construite à Hambach.

Ces derniers mois, les rapports pointant l’impact sur le climat des grosses cylindrées type SUV se sont accumulés. Dernier en date : l’étude du WWF publié en octobre qui indiquait que les SUV constitue désormais la deuxième source des émissions de gaz à effet de serre françaises, juste derrière l’aviation. Selon cette étude, l’empreinte carbone d’un SUV serait en moyenne six fois plus importante qu’une citadine.

Fin d’une usine verte ?

Est-ce que ce type de véhicule fortement émetteur sera toujours construit dans quelques années ? Les doutes sont permis alors que la question des malus aux véhicules polluants et malus au poids a récemment été abordée au Parlement. D’autre part les questions climatiques gagnent en ampleur. Dans un récent sondage publié lundi 8 décembre par Oxfam France, 61% des Français interrogés ont dit considérer « la lutte contre les changements climatiques comme prioritaire ».

Si pour l’heure, la majorité des emplois à Hambach sont sauvés, de nombreuses questions demeurent : sur les emplois, le travail des salariés, l’identité de l’usine… « Le site de Hambach s’est toujours présenté comme une usine verte. Nous sommes les premiers à avoir lancé un modèle de voiture électrique », a tenu à rappeler Amélie. Ineos a annoncé vouloir entamer la production de son Grenadier dès 2021, avec pour objectif une sortie d’usine à l’horizon 2022. Quant à la petite voiture électrique Smart, la fin de sa production est déjà programmée pour 2024.

*prénom modifié

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