Le Premier ministre Gabriel Attal a réitéré vendredi (26 janvier) l’opposition de la France à l’accord entre l’UE et le Mercosur, concomitamment à l’envoi par les parlementaires de la majorité d’une lettre adressée personnellement à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qu’Euractiv France s’est procurée. En attendant, la fumée des tracteurs envahit les grandes villes européennes.
Depuis plusieurs jours, la colère des agriculteurs s’intensifie dans toute l’Europe. Pays-Bas, Pologne, Espagne, Allemagne, Roumanie, France et maintenant Belgique, partout les manifestations font rage.
Raisons de la colère ? Les bas salaires, les taxes, la bureaucratie, les normes et surtout les accords de libre-échange, tombeaux de l’agriculture européenne, selon les agriculteurs en colère.
L’UE vient d’en ratifier un avec la Nouvelle-Zélande, d’en signer un avec le Kenya et s’apprête à en signer deux autres avec le Chili et le Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay).
Ce dernier concentre toutes les critiques, tant les quantités d’échanges prévues sont gargantuesques : 99 000 tonnes de viandes bovines importées dans l’UE par an, 25 000 de viandes porcines, ou encore 180 000 de volaille et de sucre.
La Commission européenne et les membres du Mercosur souhaiteraient « signer l’accord lors du prochain sommet ministériel de l’Organisation mondiale du commerce, du 26 au 29 février, dit-on dans les couloirs de la Commission », après un échec en juillet dernier, a déclaré Maxime Combes, économiste et tête de proue de l’opposition à l’accord, à Euractiv France.
Le gouvernement français, lui, a rappelé vendredi son opposition à l’accord en l’état. Les parlementaires français en ont fait de même dans un courrier au président de la République, Emmanuel Macron, et un autre, qu’Euractiv France s’est procuré, adressé à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Le gouvernement dit « non »
L’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur est sur la table des négociations depuis une vingtaine d’années.
En 2019, les négociateurs avaient trouvé un terrain d’entente, avant que les positions du président brésilien d’alors, Jaïr Bolsonaro, refroidissent les ardeurs européennes. L’année dernière, l’accession au pouvoir du socialiste Luiz Inacio Lula da Silva, dit « Lula », a relancé les espoirs d’une signature rapide de l’accord, et en miroir, les craintes de ses pourfendeurs.
Après plusieurs mois de silence, l’exécutif français a réitéré son opposition à l’accord en l’état.
« La France s’oppose de manière claire, comme elle l’a fait depuis le premier jour par la voix du président de la République, à la signature du traité ‘Mercosur’ », a déclaré le Premier ministre, Gabriel Attal, vendredi (26 janvier), en déplacement en Haute-Garonne.
Emmanuel Macron avait en effet déclaré son opposition à l’accord sans « clauses miroirs » en février 2023. Le président n’avait toutefois pas précisé comment il souhaitait intégrer des clauses miroirs dans l’accord.
En compensation des craintes, la Commission européenne avait proposé d’accoler à l’accord un acte additionnel comprenant des mesures environnementales et sociales. Sauf que la méthode ne satifaisait ni les opposants à l’accord ni le chefs d’États sud-américains.
Les parlementaires aussi
Dans la foulée des propos du Premier ministre, plus d’une centaine de parlementaires de la majorité présidentielle ont envoyé vendredi directement à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, une lettre, qu’Euractiv France s’est procurée.
Les élus demandent « un non ferme de l’UE à cet accord en l’état ! », a déclaré Pascal Lecamp, député de la majorité présidentielle et signataire de la lettre, à Euractiv France.
« Trois lignes rouges » ont été posées par les décideurs français : « assujettir l’accord UE-Mercosur au respect des engagements climatiques des parties ; ne pas induire une augmentation de la déforestation importée au sein de l’UE et conditionner l’accès des produits agroalimentaires au marché de l’UE au respect des normes sanitaires et environnementales européennes via des clauses, puis des mesures miroirs ».
Les co-signataires ont également insisté sur la démocratisation de la procédure de ratification de l’accord.
Les députés n’en sont pas à leur coup d’essai, puisqu’ils avaient largement adopté une résolution contre l’accord en juin dernier, suivis par les sénateurs le 16 janvier.
En parallèle de la lettre à Mme von der Leyen, les députés représentant l’ensemble du spectre politique français (Rassemblement national, RN, excepté) ont également demandé à Emmanuel Macron, dans une lettre envoyée mardi (23 janvier), de « dire non à la conclusion de l’accord ».
Non invité à se joindre à l’initiative, le RN s’oppose également à l’accord.
« Nous nous opposons à l’accord tant que nous n’avons pas créé une exception agri-culturelle, c’est-à-dire plus généralement la possibilité d’exclure certains produits des accords, en fonction de leur impact sur l’agriculture française», a déclaré Andrea Kotarac, porte-parole du RN, à Euractiv France. Le parti demande même un moratoire sur le libre-échange, a-t-il précisé.
Doute quant à l’opposition d’Emmanuel Macron
Pour cela, il serait donc nécessaire de rouvrir l’accord, ce à quoi la Commission européenne se refuse catégoriquement, tout comme l’Allemagne, le Portugal et l’Espagne.
L’opposition de principe du gouvernement autrichien à l’accord, elle, commence à vaciller.
Les députés français demandent donc à Emmanuel Macron de « peser pleinement sur la Commission européenne et nos voisins pour leur faire entendre raison », à l’instar des parlementaires néerlandais et européens.
Les opposants à l’accord doutent d’ailleurs de la force que les autorités françaises mettraient pour se faire entendre.
« Si la France fait tout ce qui est ‘nécessaire’, pourquoi des négociations au plus haut niveau ont-elles eu lieu les 25-26 janvier au Brésil ?», s’est demandé Maximes Combes, sur X.
« Je pense que le président de la République a pesé de tout son poids dans la non-signature de l’accord en juillet dernier [lors du sommet entre l’UE et les pays d’Amérique du Sud et des Caraïbes, CELAC] », a répondu M. Lecamp auprès d’Euractiv France. La position de M. Macron « ne souffre d’aucun doute ! ».
« Mon ministère y prendra toute sa part au niveau européen. Je continuerai mon combat pour un commerce avec des règles justes : réciprocité des normes et clauses miroir effectives», a complété Stéphane Séjourné, ministre des Affaires étrangères et de l’Europe, sur X vendredi.
Téléchargez la lettre envoyée à Mme Ursula von der Leyen ici.





