Aide à l’Ukraine : l’UE ne mettra probablement pas à exécution ses menaces contre la Hongrie

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Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán. [EPA-EFE/OLIVIER MATTHYS]

Selon des experts, il y a peu de chances que l’UE mette à exécution ses menaces de couper les fonds européens destinés à la Hongrie si Budapest n’approuve pas le paquet de 50 milliards d’euros d’aide pour Kiev cette semaine.

L’UE cherche à se distancier des allégations du Financial Times selon lesquels Bruxelles se aurait prévu de « saper » l’économie hongroise si le Premier ministre Viktor Orbán devait encore bloquer le programme de financement sur quatre ans pour l’Ukraine, lequel devrait être adopté lors d’un sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement de l’UE ce jeudi (1er février).

Environ 21 milliards d’euros de fonds européens destinés à la Hongrie sont déjà gelés en raison des inquiétudes suscitées par les violations de l’État de droit et des droits humains perpétrées par le gouvernement.

Selon le quotidien britannique, le plan de l’UE prévoit que « les [26] autres leaders de l’Union européenne devraient s’engager publiquement à couper de manière permanente les fonds européens destinés à Budapest ».

Pour Zsuzsanna Vegh, chercheuse associée au Conseil européen pour les relations internationales (European Council on Foreign Relations), cela reflète la frustration croissante de l’UE à l’égard de la Hongrie. Toutefois, des obstacles juridiques importants empêcheraient probablement Bruxelles de couper de manière permanente les fonds pour la Hongrie, affirme-t-elle.

« Le financement de l’UE ne peut pas être suspendu simplement parce que le Conseil européen en a décidé ainsi », a expliqué Mme Vegh. « Ce n’est pas ainsi que cela fonctionne. Il doit y avoir un fondement juridique… Voter contre une position de l’UE n’est pas un fondement juridique valable pour suspendre un financement. »

Le Financial Times évoque « une stratégie pour cibler explicitement les vulnérabilités économiques hongroises, mettre en péril sa monnaie [le forint] et saper la confiance des investisseurs » si la Hongrie maintenait son veto.

Lundi (29 janvier), l’UE a réfuté ces allégations et a indiqué qu’elle ne chercherait pas à réduire les financements accordés à la Hongrie. Un représentant officiel de l’Union a décrit le document mentionné par le Financial Times comme une « note de référence [qui] décrit l’état actuel de l’économie hongroise ».

« Le document de référence ne présente pas de plan, mais fait une suggestion qui n’est pas conforme à la ligne de conduite des négociations », a ajouté le représentant.

Aide à l’Ukraine : les dirigeants de l’UE perdent patience face à la Hongrie à l’approche d’un sommet qui s’annonce difficile

Alors que les dirigeants européens s’apprêtent à approuver cette semaine 50 milliards d’euros pour venir en aide à l’Ukraine, avec ou sans le feu vert hongrois, à Bruxelles, nombreux sont ceux qui se rendent compte du coût élevé de cette mesure.

« Du chantage à tout va »

Selon le Financial Times, un document « rédigé par un responsable du Conseil de l’UE » détaille que, « en cas d’absence d’accord lors du [sommet] du 1er février », les dirigeants de l’UE déclareraient « publiquement » que les fonds de l’UE destinés à la Hongrie seront coupés.

Le document ajoute qu’une telle décision pourrait avoir comme conséquence que « les marchés financiers et les entreprises européennes et internationales pourraient être moins enclins à investir en Hongrie » et qu’elle « pourrait rapidement entraîner une nouvelle augmentation du coût de financement du déficit public et une perte de valeur de la devise nationale ».

Ces révélations ont suscité de vives réactions en Hongrie, dont l’économie souffre déjà d’une inflation chroniquement élevée et dont le déficit budgétaire est déjà l’un des plus importants au sein de l’Union européenne.

« Bruxelles fait chanter la Hongrie à tout va, alors que nous avons proposé un compromis », a écrit lundi Balázs Orbán, directeur politique de Viktor Orbán, sur la plateforme X.

Le ministre hongrois des Affaires européennes, Bóka János, a repris ses propos. « La Hongrie ne cède pas au chantage », a-t-il tweeté.

« Ce document, rédigé par des bureaucrates de Bruxelles, ne fait que confirmer ce que le gouvernement hongrois dit depuis longtemps : l’accès aux fonds de l’UE est utilisé par Bruxelles pour faire du chantage politique. »

« La Hongrie ne fait aucun lien entre soutien à l’Ukraine et accès aux fonds de l’UE et refuse que d’autres acteurs le fassent. La Hongrie a participé et continuera à participer de manière constructive aux négociations, mais ne cédera pas au chantage. », a-t-il ajouté.

Le Parlement européen accuse la Commission d’avoir cédé au « chantage » de la Hongrie

La plupart des groupes politiques du Parlement européen sont favorables à une enquête sur la décision de la Commission européenne de débloquer les fonds de l’UE pour la Hongrie, suivie d’une action en justice devant la CJUE et éventuellement d’un vote sur une motion de censure.

Des conséquences « dévastatrices »

Maria Martisiute, analyste au Centre de politique européenne (European Policy Centre), a signalé que les menaces de l’UE, si elles étaient mises à exécution, auraient des « conséquences dévastatrices » pour l’économie hongroise.

« [L’interruption du financement de l’UE] réduirait la confiance des investisseurs en Hongrie.  Cela affaiblirait encore plus sa devise nationale et aurait un impact significatif sur son produit intérieur brut », a-t-elle affirmé.

Toutefois, Mme Martisiute a fait remarquer que la menace était probablement « un acte politique » que même l’UE « espère ne pas devoir utiliser ». Elle estime également que l’urgence de la situation en Ukraine justifie la décision de l’UE de « tenir tête à la Hongrie ».

Mme Vegh, du Conseil européen pour les relations internationales, a également souligné le « rôle majeur » que les fonds européens jouent dans l’économie hongroise, mais a appelé à la prudence quant à l’interprétation de la stratégie de négociation globale de l’UE.

« Je n’ai évidemment pas vu ce document », a-t-elle déclaré. « Je n’ai lu que ce que le Financial Times a publié, mais je ne vois pas très bien comment la stratégie sous-jacente serait mise en œuvre. »

« Le fait de s’opposer à une position de l’UE n’est pas un motif légal pour suspendre des financements. Quelle serait donc la stratégie à adopter ? Ce n’est pas clair pour moi. C’est pourquoi je ne souhaite pas spéculer sur ce point. »

L’UE a réfuté les allégations du Financial Times le même jour où elle a annoncé qu’elle n’invoquerait pas l’article 7 du traité de l’UE contre la Hongrie — article qui peut priver un État membre de certains droits, notamment le droit de vote au sein de l’UE — à moins que le Conseil de l’UE n’envoie un « signal clair » indiquant qu’une majorité de pays de l’UE soutiennent une telle décision.

L’UE pourrait ne pas atteindre son objectif de livraison d’un million d’obus à l’Ukraine

L’industrie européenne de la défense doit accélérer sa production pour que l’Union atteigne son objectif de fournir un million d’obus à l’Ukraine d’ici mars, a déclaré le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, lundi.

[Édité Anne-Sophie Gayet]

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