Angela Merkel répond enfin à Emmanuel Macron sur la réforme de la zone euro

Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel au dernier Conseil européen à Bruxelles. EPA-EFE/OLIVIER HOSLET

Angela Merkel a enfin répondu à Emmanuel Macron sur sa vision de la réforme de la zone euro post-Brexit dans une interview au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. Le président français avait détaillé la sienne en septembre 2017. Un article de notre partenaire La Tribune

Verdict : Angela Merkel lâche un peu de lest. « Nous avons besoin d’une plus grande convergence économique entre États membres au sein de la zone euro », déclare la chancelière allemande, au moment où un gouvernement anti-austérité s’installe au pouvoir en Italie.

« Nous avons pour cette raison proposé un budget d’investissement pour la zone euro dans le contrat de coalition » du nouveau gouvernement allemand entre conservateurs et sociaux-démocrates « et j’y suis favorable », ajoute Angela Merkel.

Favorable à la création d’un Fonds monétaire européen

La chancelière a mentionné pour son montant un chiffre « limité à deux chiffres en milliards d’euros », soit quelques dizaines de milliards d’euros. Très loin des souhaits de départ du président français, à l’origine de la proposition d’un budget de la zone euro. Emmanuel Macron avait l’an dernier appelé de ses vœux un budget équivalant à « plusieurs points du PIB de la zone euro », soit plusieurs centaines de milliards d’euros.

À Strasbourg, l’ambition de Macron sur la zone euro s’effrite

Faute d’un réel soutien allemand, Emmanuel Macron a revu ses ambitions de réforme de la zone euro à la baisse lors de son discours à Strasbourg.

Par ailleurs, Angela Merkel a détaillé la proposition allemande de création d’un Fonds monétaire européen (FME), qui viendrait en aide aux pays aux difficultés, en échange toutefois de strictes conditions et d’une surveillance étroite de pays ainsi épaulés. « Nous voulons nous rendre un peu indépendants du Fonds monétaire international », a-t-elle expliqué.

Ce FME reprendrait d’une part les prérogatives du Mécanisme européen de stabilité (MES), chargé aujourd’hui d’aider à financer la dette de pays en crise comme la Grèce, en leur accordant des prêts de long terme. Mais il irait plus loin.

« À côté de cela, je peux m’imaginer la possibilité d’une ligne de crédit à plus court terme, cinq ans par exemple », a souligné la chancelière. Ces prêts seraient destinés « à soutenir des pays confrontés à des difficultés d’origine extérieure », a-t-elle ajouté.

En contrepartie, les pays concernés devraient accepter — comme pour le FMI qui peut imposer des mesures d’austérité en échange de ses prêts — que ce FME ait un droit de regard et d’intervention dans leurs politiques nationales.

Ce FME serait chargé d’« évaluer la solvabilité des États membres » et à l’aide « d’instruments adaptés » pourrait « rétablir » cette solvabilité si elle n’est plus assurée, a-t-elle dit. Car pour Angela Merkel, il ne peut être question de créer « une Union de l’endettement » en zone euro.

Force militaire européenne

Angela Merkel a lancé un autre branche d’olivier à Emmanuel Macron dans le domaine militaire sur les réformes, en se disant être « favorable » à sa proposition de force commune européenne d’intervention.

Berlin s’est montré pendant longtemps sceptique sur le sujet, en raison de son atlantisme traditionnel et du mauvais état de son armée nationale, chroniquement sous-équipée.

Le premier fonds européen pour l’industrie de la défense démarre

Doté d’un budget de 500 millions d’euros pour 2019-2020, le programme a été approuvé de manière informelle par les eurodéputés et le Conseil dans la nuit du 22 au 23 mai.

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