App stores : « La Corée du Sud a prouvé qu’on pouvait battre Apple et Google » se félicite le vice-président de Match Group

« Avons-nous battu Goliath ? Pas encore. Mais nous faisons beaucoup mieux que ce que tout le monde aurait pu croire », a déclaré Andy Yen, PDG de Proton, à EURACTIV. [DANIEL CONSTANTE/Shutterstock]

Alors que Google et Apple se retrouvent attaquées de toutes parts pour le pouvoir qu’elles exercent sur les développeurs d’applications, le débat agite la tech française et européenne à l’approche du Digital Markets Act.

À l’occasion du France Digitale Day, le vice-président de Match Group Mark Buse, propriétaire d’applications de rencontre comme Tinder ou Meetic, et Andy Yen, fondateur de Proton, ont échangé au cours d’un débat intitulé « David vs Goliath : le combat pour l’équité des applications ».

« La seule façon pour les applications d’atteindre les utilisateurs est de passer par deux monopoles, qui sont côte à côte », a déploré Mark Buse, accusant les app stores d’être des « boîtes noires » sans « transparence ». Mais, selon lui, « les dominos sont en train de tomber ».

« David ne s’en sort pas si mal en ce moment », s’est amusé Andy Yen, au cours d’un échange avec EURACTIV en amont de sa discussion avec M. Buse. Les deux hommes appartiennent à la Coalition for App Fairness, qui entend lutter contre ces pratiques monopolistiques, en défendant également l’interdiction de la pré-installation d’applications dans nos téléphones.

« Avons-nous battu Goliath ? Pas encore. Mais nous faisons beaucoup mieux que ce que tout le monde aurait pu croire », a ajouté le PDG de Proton.

DMA : faut-il bannir la préinstallation d'applications sur nos téléphones pour une concurrence plus juste ?

Plusieurs voix s’élèvent en ce sens alors que l’UE prépare sa future règlementation pour lutter contre les pratiques anticoncurrentielles au sein de son marché numérique.

L’étau se resserre 

Fin août, une nouvelle loi sud-coréenne a vu le jour. Elle impose aux boutiques d’applications, ou « app stores » d’autoriser des moyens de paiement alternatifs aux achats faits sur les applications.

Concrètement, les utilisateurs pourront dorénavant utiliser leur carte bancaire pour régler leurs achats, sans devoir nécessairement passer par le système interne de l’App Store ou de Google Play, qui permettaient aux géants du numérique d’obtenir une commission au passage.

« La Corée du Sud a prouvé qu’on pouvait battre Apple et Google », s’est réjoui M. Buse, dans l’espoir que cette nouvelle loi serve de précédent et satisfait de voir l’étau se resserrer autour des deux géants du numérique. « C’est une simple loi ! », a souligné le vice-président de Match Group.

Outre-Atlantique, cette question a été portée par Epic Games après qu’Apple a banni Fortnight de sa boutique d’applications pour avoir inséré son propre système de paiement au sein du jeu, estimant que cela ne respectait pas ses conditions d’utilisations.

L’App Store d’Apple est également dans le viseur de la Répression des fraudes (DGCCRF) française. Vendredi 17 septembre, une première audience au tribunal de commerce de Paris a eu lieu dans le cadre de cette procédure judiciaire pour « pratiques commerciales abusives ». Néanmoins, Apple s’est opposée à la participation de France Digitale, qui s’était rangée du côté du gouvernement, repoussant ainsi l’affaire à une prochaine audience.

Du côté de Bruxelles, le futur Digital Markets Act (DMA), actuellement dans les mains du Parlement et du Conseil, « vise les pratiques déloyales des contrôleurs d’accès [ces portiers numériques qui proposent leurs services aux entreprises, NDLR] qui soit ne relèvent pas des règles de concurrence existantes de l’UE, soit ne peuvent pas être aussi efficacement couvertes par ces règles », selon les mots de la proposition de la Commission européenne faite en décembre dernier.

Le texte de la Commission prévoit que les « contrôleurs d’accès » doivent permettre « l’installation et l’utilisation effective d’applications logicielles ou de boutiques d’applications logicielles de tiers » — une mesure que le PDG d’Apple, Tim Cook, voit d’un mauvais œil car cela pourrait « détruire la sécurité de l’iPhone », avait-il déclaré lors de l’événement Vivatech en juin dernier.

La proposition précise néanmoins que « rien n’empêche le contrôleur d’accès de prendre des mesures proportionnées » pour que ces boutiques d’applications externes « ne compromettent [pas] l’intégrité » des appareils.

Le DMA pourrait bien entrer en vigueur d’ici janvier 2023 selon Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée du numérique.

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