Apple revient à la charge dans sa lutte contre les boutiques d’applications alternatives

« Plus d’applications nuisibles atteindraient les utilisateurs parce qu’il serait plus facile pour les cybercriminels de les cibler, même si le sideloading était limité aux seules boutiques d’applications tierces », a noté la firme à la pomme dans son rapport. [ymgerman/Shutterstock]

Alors que l’étau se resserre un peu partout dans le monde autour d’Apple, accusée de pratiques anticoncurrentielles, le géant du numérique continue de s’opposer aux boutiques d’applications alternatives et au sideloading, au nom de la sécurité de ses utilisateurs.

Dans une nouvelle analyse publiée mercredi 13 octobre, Apple a reconfirmé son opposition ferme à l’installation sur ses téléphones d’applications mobiles téléchargées directement depuis Internet, sans passer par sa boutique d’applications intégrée — le « sideloading » — ou à la distribution d’applications depuis des boutiques alternatives.

« Plus d’applications nuisibles atteindraient les utilisateurs parce qu’il serait plus facile pour les cybercriminels de les cibler, même si le sideloading était limité aux seules boutiques d’applications tierces », a noté la firme à la pomme dans son rapport.

Pour Apple, les applications sont une porte d’entrée incontournable pour les cybermenaces. Elle en veut pour preuve que ces logiciels malveillants seraient de plus en plus courants et « principalement présents sur les plateformes qui permettent le sideloading ».

Pour appuyer sa thèse, Apple a repris dans son analyse plusieurs recommandations d’agences expertes. « N’installez que des applications provenant de boutiques d’applications officielles », prévenait par exemple en 2017 Europol dans une campagne de sensibilisation.

Si cet argument n’est pas nouveau, il est beaucoup repris dernièrement par Apple alors que les législateurs du monde entier commencent à se pencher sur les possibles pratiques anticoncurrentielles que l’entreprise exerce en n’autorisant que sa propre boutique d’applications — l’App Store.

Digital Markets Act

En Europe particulièrement, où le Digital Markets Act (DMA) est actuellement discuté au niveau du Parlement et du Conseil.

La proposition de décembre 2020 de la Commission à ce sujet prévoit « l’installation et l’utilisation effective […] de boutiques d’applications logicielles » tout en précisant que « rien n’empêche le contrôleur d’accès de prendre des mesures proportionnées » pour veiller à ce que ces boutiques ou les applications dont elles proviennent ne « compromettent l’intégrité du matériel informatique ou du système d’exploitation ».

Le DMA pourrait « détruire la sécurité de l’iPhone et beaucoup d’initiatives pour la vie privée que nous avons développées dans l’App Store », avait alerté le patron d’Apple Tim Cook au salon parisien des start-up et de la technologie Vivatech, en juin dernier.

« Rien n’empêcherait Apple d’imposer certaines conditions de sécurité minimales » et à « établir un cahier des charges » pour ces boutiques alternatives, a expliqué à EURACTIV Damien Geradin, de l’organisation Coalition for App Fairness qui réunit entreprises du numérique et développeurs et qui milite pour la fin de l’emprise qu’exerceraient Apple et Google, notamment, sur le marché des applications.

« Ils évoquent la sécurité mais, d’un autre côté, n’oublions pas que l’App Store est une vache à lait qui génère des milliards de dollars », a-t-il souligné, précisant que le sideloading est une pratique très peu courante selon lui.

Sans douter de la volonté d’Apple d’assurer la sécurité des utilisateurs d’iPhone, les enjeux économiques sont majeurs car les « contrôleurs d’accès » comme Apple et Google perçoivent une commission pour les achats effectués au sein des applications de leur boutique.

De ce côté-ci, néanmoins, les choses sont également en train de bouger. La Corée du Sud, pays de Samsung, était fin août la première grande puissance économique à interdire à Apple et Google d’imposer leur système de paiement pour acheter des applications.

L’App Store d’Apple est également dans le viseur de la Répression des fraudes française (DGCCRF).

« Le système d’Apple est en train d’éclater », a indiqué M. Geradin, précisant que « ce qui est en train de se passer est inévitable ». Et d’ajouter : « On n’est plus dans une phase de combat d’arrière-garde » et qu’« Apple n’a pas d’autre choix que de résister, ne serait-ce que par rapport à ses actionnaires et investisseurs ».

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