Après la guerre sanitaire, la France prépare la riposte économique

Bruno Le Maire EPA-EFE/YAHYA ARHAB

Pour amortir les répercussions économiques du coronavirus, le ministre de l’Économie a annoncé une série de mesures pour soutenir les entreprises, pouvant aller jusqu’à la « nationalisation ».

Après l’annonce d’une première phase de confinement de 15 jours dans l’ensemble du territoire français, des mesures d’accompagnement de l’économie ont été présenté le 17 mars par le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire.

Le président Emmanuel Macron avait déjà promis lors de sa première intervention sur l’épidémie de coronavirus que tout serait fait pour soutenir les entreprises françaises et les salariés, « quoi qu’il en coûte ». Et les annonces faites pour soutenir l’emploi, les entreprises et réguler les marchés financiers en plein marasme ont été faites dans la foulée.

Lors d’une conférence de presse téléphonique organisé le 17 mars, Bruno Le Maire a détaillé le plan d’attaque gouvernemental, qui prévoit la mobilisation de 345 milliards d’euros pour soutenir l’économie, des autoentreprises au géants du CAC40. « Cette guerre économique et financière sera durable » a prévenu le ministre.

Emmanuel Macron annonce des mesures drastiques contre le coronavirus

Le président a annoncé jeudi soir des mesures sans précédent pour lutter contre la propagation du virus, dont la fermeture des écoles jusqu’à nouvel ordre. Et affirmé que le combat devait aussi se mener à l’échelon européen.

Pour empêcher les faillites d’entreprises impactées par l’arrêt ou le ralentissement fort de leur activité, le gouvernement va mettre en place un fonds de 45 milliards d’euros destiné à annuler ou reporter les cotisations sociales des entreprises. Cette mesure avait déjà été annoncée par le président Macron lors de son allocution du jeudi 12 mars.

Une partie de cet argent sera également utilisé pour financer le dispositif de chômage partiel massif mis sur pied dans l’urgence. « Nous ne devons pas avoir une seule PME qui ne trouve pas la trésorerie dont elle a besoin » a martelé le ministre. Enfin, 2 milliards d’euros de ce fonds devraient permettre de soutenir les micro-entreprises dont le chiffre d’affaires aura connu une baisse significative en raison de la crise sanitaire.

Par ailleurs, un fonds de 300 milliards d’euros de garantie devrait permettre de sécuriser les prêts bancaires contractés par les entreprises auprès des banques, afin d’éviter tout risque de faillite, notamment de petites et moyennes entreprises.

Ces mesures de soutien conséquentes devraient faire s’envoler la dette publique française, qui dépassera la barre symbolique des 100% du PIB cette année, a expliqué Bruno Le Maire. La croissance française devrait quant à elle reculer de 1% en 2020, contre une hausse de 1,3% anticipée avant le début de la pandémie.

Le plan de soutien mis sur jambe par l’exécutif français pourrait être renforcé au besoin, mais affiche un niveau d’ambition proche de celui de l’Allemagne, ou le gouvernement a promis un dispositif de 450 milliards d’euros.

Régulation des marchés

Autre conséquence de la crise du coronavirus, les marchés boursiers sont en chute libre et certaines grandes entreprises françaises font l’objet d’offensives, que le gouvernement a décidé de contrer.

Face à une nouvelle chute des cours lundi, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a interdit les ventes à découvert pour 24 heures sur 92 titres, une mesure qui pourra être prolongée pour empêcher les investisseurs de parier sur la baisse d’un titre.

« Tenant compte des baisses de cours significatives survenues ces derniers jours sur les marchés financiers, l’Autorité des marchés financiers a décidé de prendre une mesure d’urgence », a annoncé le gendarme français des marchés dans un communiqué. Ces mesures suspensives pourraient être étendues jusqu’à un mois, selon Bercy..

« Je n’hésiterai pas à utiliser tous les instruments à ma disposition pour les entreprises attaquées sur les marchés », a déclaré Bruno Le Maire.  « Cela peut passer par de la capitalisation ou une prise de participation. Je peux même employer le terme de nationalisation si nécessaire », a-t-il  précisé.

Ces annonces fortes interviennent alors même que le gouvernement d’Édouard Philippe a lancé plusieurs privatisations controversées, notamment celle de la Française des jeux et des Aéroports de Paris, dont la légitimité est largement contestée.

La Commission européenne risque en revanche de peu apprécier le gel des réformes prévu par Paris : qu’il s’agisse de la modification de l’assurance-chômage, des aides au logement ou de la réforme des retraites, toutes les réformes sont gelées. Et alors que la croissance s’effondre, et que le gouvernement opte pour de nouvelles dépenses, le résultat sera immanquablement un déficit salé pour 2020.

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