Berlin bloque le rachat d’une entreprise militaire allemande par la Chine

La chancelière allemande Angela Merkel. [EPA-EFE/Mika Schmidt / POOL]

Alors que l’entreprise de haute technologie allemande IMST allait passer en mains chinoises, la chancelière allemande Angela Merkel a empêché le déroulement l’opération pour des raisons d’« ordre et de sécurité publics ». Un article d’Euractiv Italie.

Dans la foulée de la réunion virtuelle de l’OTAN qui a eu lieu au début du mois de décembre, et au cours de laquelle il a notamment été question de l’avancée chinoise vers l’Ouest, l’industrie militaire allemande s’est retrouvée au cœur d’un conflit entre Berlin et Pékin. L’entreprise allemande IMST, spécialisée dans les technologies de communication mobile et satellite, a fait l’objet d’une demande d’achat par la société chinoise Emst, qui fabrique des systèmes de communications militaires.

Selon le journal allemand Bild, il s’agirait d’une société spécialement fondée par le groupe Addsino au sein de la Société de sciences et technologies aérospatiales de Chine (China Aerospace Science and Technology Corporation), l’un des géants publics de la République populaire qui répondrait directement au Conseil d’État sous la direction du Premier ministre Li Keqiang. C’est ce qui a motivé le veto de la chancelière Angela Merkel et du ministre de l’Économie et de l’Énergie, Peter Altmaier.

IMST, qui dispose d’un vaste savoir-faire dans le domaine de la communication par satellite et radar, propose des produits allant des modules radio à la technologie 5G, si chère à l’expansionnisme chinois en Europe. Parmi ses clients figurent les forces armées allemandes, qui ont besoin d’un composant essentiel développé par la société implantée dans l’ouest de l’Allemagne pour leur système d’observation par satellite TerraSar-X.

Pour cette raison et d’autres motifs relatifs à la défense de l’Allemagne, la demande d’Emst pour l’achat d’IMST (165 employés et environ 14 millions d’euros de chiffre d’affaires), dans l’intention d’en reprendre 94,4%, constitue, selon le gouvernement fédéral, une acquisition qui « met en danger l’ordre et la sécurité publics ».

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Selon le Bild, IMST entretient de très étroites relations avec le Centre aérospatial allemand et avec le ministère de la Recherche : les contrats gouvernementaux auraient permis à l’entreprise de réaliser, depuis 2010, 40% de son chiffre d’affaires pour un total d’environ 127 millions d’euros.

« Les financements du BMBF (l’acronyme du ministère fédéral de l’Éducation et de la Recherche, ndlr) sont destinés à renforcer la souveraineté technologique de l’Allemagne et, s’ils ne sont pas interdits, ils finiront par converger vers la Chine », rapporte le quotidien allemand, qui reprend certaines informations issues de documents strictement confidentiels émanant du ministère de Peter Altmaier.

Selon le ministère de la Défense allemand, des informations d’une importance cruciale pour le secteur de l’armement sont en jeu, étant donné qu’IMST dispose d’un savoir-faire essentiel en matière de sécurité dans le domaine des communications par satellite, radars et de la technologie radio.

En outre, les connaissances acquises pour le développement de futures infrastructures critiques en Allemagne, à partir des réseaux téléphoniques 5G et 6G, sont également à l’origine des appétits chinois pour l’entreprise, estime le ministère allemand de l’Intérieur.

L’essor militaire de la Chine, notamment dans le domaine de la haute technologie, constitue une préoccupation de plus en plus pressante pour le monde occidental. L’ordre du jour de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN, qui a eu lieu les 1er et 2 décembre, incluait notamment la question du changement des équilibres mondiaux provoqué par la montée du géant asiatique. Car la République populaire ne se limite plus à un expansionnisme strictement économique et axé sur les nouvelles frontières géopolitiques (l’Arctique), elle s’est attelée à un développement militaire à grande échelle qui inclut des opérations d’acquisition industrielle comme celle qui a été tentée en Allemagne.

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