Des fonds européens pour créer de meilleurs emplois

Maria Joao Rodrigues prend la parole lors d'un débat sur l'engagement des citoyens et les élections européennes. [EURACTIV]

À moins d’un an des élections européennes, la nécessité de créer plus d’emplois en Europe est une priorité pour contrer le rejet des institutions par les citoyens.

« Nous devons avoir des projets plus puissants pour qu’entreprises et PME créent des emplois de qualité », estime l’eurodéputée Maria Joao Rodrigues, présidente du réseau financier et économique et vice-présidente du groupe S&D.

« Nous avons donc besoin de capitaux spécialement dédiés à l’investissement. C’est pourquoi le budget de la zone euro est si important, parce qu’il complétera les budgets nationaux », estime cette défenseure des politiques sociales, surnommée la « mère de la stratégie de Lisbonne », le plan d’action des années 2000 pour la compétitivité européenne.

L’élue portugaise participait au premier d’une série de débats Euractiv sur les élections européennes de 2019. Les membres du panel étaient invités à parler de ce que le Parlement et la Commission devront faire pour assurer une prospérité plus grande et durable pour les citoyens européens, alors que l’économie européenne, qui était la plus grande au monde dans les années 1980, est aujourd’hui passée à la troisième place.

L’UE dit au revoir au plan Juncker, bonjour à InvestEU

La Commission européenne veut rassembler tous les instruments d’investissement de l’UE existants sous la bannière d’un nouveau fonds appelé « InvestEU », qui succèdera au plan Juncker.

« Le marché unique a été créé dans l’espoir de produire plus de croissance et de prospérité pour tous. L’euro a été créé pour renforcer ce processus et pour protéger les pays individuels des attaques actuelles », observe Micael Castanheira, professeur d’économie politique de la Solvay business school.

Pourtant, les critiques de cette construction européenne, accusée d’être la source de toutes les difficultés actuelles, sont légion. Elles sont, selon l’économiste, liées à un manque d’inclusion et à la création d’inégalités.

« C’est juste des fake news »

« Vous entendrez souvent que nous n’avons pas assez d’argent pour financer ce programme. Eh bien, laissez-moi vous dire que c’est juste des fake news », assure Maria Joao Rodrigues.

L’élue estime que la mise en place d’une taxe numérique est l’un des moyens les plus efficaces de fournir les fonds nécessaires. Des propositions d’instruments financiers soutenant l’investissement sont d’ailleurs à l’étude au Parlement européen.

Juha-Pekka Nurvala, qui dirige l’unité de politiques et de stratégie au PPE, rétorque en défendant le plan Juncker, qu’il qualifie d’énorme « success story ». « En 2014, l’Europe a lancé le programme d’investissement le plus ambitieux, mobilisant 350 millions d’euros. Ce qu’il faut maintenant, c’est continuer à créer de l’emploi », assure-t-il.

« Nous en avons créé neuf millions, nous voulons en créer beaucoup plus », insiste-t-il, ajoutant qu’un travail sur les droits sociaux était une priorité dans la finalisation du projet de la zone euro.

Il n’est également pas d’accord avec l’idée que l’Europe va mal. Selon lui, il se pourrait que la situation économique européenne ne se dégrade pas, mais que les pays des autres continents soient parvenus à sortir de larges pans de la population de la pauvreté.

Élan commercial

Sandra Penning, directrice de la Représentation bruxelloise de la Chambre de Commerce Paris Île-de-France, souligne que si les entreprises sont très satisfaites de l’environnement des affaires actuel en Europe, les nouvelles menaces sur les accords commerciaux ébranlent cet enthousiasme.

« Les entreprises veulent une Union qui les promeut et les protège avec moins de charges administratives », a-t-elle souligné. « Pour l’instant, nous estimons que les entreprises ne sont pas assez protégées contre la concurrence déloyale. »

Christopher Gosau, directeur de la politique économique européenne à la Chambre de commerce et d’industrie allemande (DIHK), constate pour sa part une nette augmentation des investissements des entreprises allemandes dans les pays européens.

« L’Europe est actuellement le premier lieu d’implantation des investissements allemands », malgré un fardeau majeur à surmonter, ajoute-t-il.

« Il n’est pas devenu plus facile de faire des affaires au-delà des frontières de l’UE et l’état de l’infrastructure numérique fait également défaut », précise Christopher Gosau, ajoutant que l’UE doit encore faciliter la mobilité des travailleurs sur son territoire.

La vérité en face

« Ne nous leurrons pas sur la gravité de la situation en Europe », estime quant à elle Monica Frassoni, coprésidente des Verts européens. « Il est temps pour les grands acteurs économiques européens de prendre des décisions importantes sur l’avenir de l’Europe. »

Monica Frassoni indique que les Verts européens sont favorables à l’augmentation du budget de l’UE, certaines parties doivent être consacrées à des investissements durables permettant de créer des emplois nouveaux et de meilleure qualité.

C’est parce que l’Europe n’a pas besoin de plus de la même chose en termes d’investissement et de création d’emplois, mais d’une réorientation des flux financiers, explique-t-elle, soulignant que l’Allemagne est le pays où le risque de tomber dans la pauvreté est l’un des plus élevés d’Europe.

Anne Sabourin, de la gauche européenne, juge que l’Union européenne a besoin de véritables politiques sociales capables de générer du PIB, sans donner beaucoup d’argent au marché financier. Elle critique vertement la gestion de la crise.

« La BCE a dépensé des milliards d’euros dans le cadre du développement qui se sont révélés inutiles. Nous devons mieux utiliser cet argent », ajoute-t-elle, tout en précisant que son groupe politique soutient la création d’un fonds social européen.

Svenja Hahn, présidente de la Jeunesse libérale européenne (LYMEC), une organisation européenne de jeunesse qui promeut les valeurs libérales dans toute l’UE, a appelé à des investissements là où l’État de droit est respecté.

Elle souligne que les différences dans les systèmes éducatifs à travers l’UE favorisent la montée des inégalités. « Cette question devrait être abordée avec des investissements stratégiques. »

Contexte

Le 6 juin, la Commission européenne a présenté une proposition visant à regrouper tous les instruments d'investissement existants de l'UE sous la bannière d'un nouveau fonds appelé InvestEU qui succédera formellement au plan Juncker.

InvestEU assurera le suivi du plan Juncker, qui visait à mobiliser des capitaux publics et privés pour combler les lacunes en matière d'investissement en Europe.

Dans le cadre d’InvestEU, l'exécutif de l'UE rassemblera jusqu'à 14 instruments financiers existants dans un règlement unique et 13 services d'assistance fusionneront en un seul centre consultatif.

La Commission souhaite que le fonds InvestEU fournisse une garantie de 38 milliards d'euros pour soutenir les investissements dans toute l'UE. La garantie sera provisionnée à 40 %, ce qui signifie que 15,2 milliards d'euros du prochain budget à long terme de l'UE seront mis de côté en cas d'appel.

Selon l'exécutif de l'UE, cette garantie mobilisera 650 milliards d'euros d'investissements supplémentaires dans l'ensemble de l'UE sur une période de sept ans.

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