L’UE met en garde contre la dissension « emploi versus climat » de l’après-pandémie

Fatih Birol, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), lors d'une conférence en Norvège en 2019. [EPA-EFE/Ole Berg-Rusten]

Les gouvernements d’Europe et en dehors devront être extrêmement prudents pour éviter qu’emploi et climat ne se retrouvent en opposition au cours de la relance post-coronavirus, selon Fatih Birol, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est engagée à placer les transitions verte et numérique au centre du fonds de relance de l’UE, qui sera dévoilé mercredi prochain dans le cadre de la proposition révisée du budget à long terme (2021-2027).

C’est un pas dans la bonne direction, déclare Fatih Birol, qui qualifie ce fonds d’« occasion historique » de créer des emplois dans le domaine des technologies propres. Cela inclut notamment l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, les batteries lithium-ion et l’hydrogène.

Mais il met en garde contre un « défi imminent » qui attend la phase de relance de l’après-crise sanitaire.

« Nous allons voir des millions de personnes, en Europe et dans le reste du monde, perdre leur emploi », a affirmé l’économiste à l’occasion d’un débat en ligne organisé par Euractiv lundi 11 mai.

Quand la reprise s’amorcera, les gouvernements devront éviter toute confrontation entre les personnes qui veulent prioriser les emplois et celles qui plaident pour l’instauration de mesures en faveur du climat, avertit Fatih Birol.

Rénovation des bâtiments, énergies renouvelables, batteries et électrolyseurs

Selon le directeur de l’AIE, le plan de relance vert de l’UE doit s’appuyer sur des outils déjà maitrisés, comme l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables — dont l’éolien offshore.

L’efficacité énergétique constitue « la toute première option », d’après Fatih Birol. Il souligne par ailleurs que la rénovation des bâtiments peut générer « des milliers d’emplois et lancer une bouée de sauvetage au secteur de la construction ainsi qu’à des milliers de petites entreprises connexes ».

Ce plan de reprise écologique devra ensuite « se concentrer sur les technologies qui sont prêtes [à être fabriquées en série] », comme les batteries lithium-ion pour les voitures électriques, ou les électrolyseurs pour la production d’hydrogène, explique le directeur.

Il précise que le fonds de relance de l’UE pourrait contribuer à réduire les coûts de production et favoriser le passage à l’énergie propre en Europe.

Claude Turmes, le ministre luxembourgeois de l’énergie également présent au débat en ligne, appuie les propos de Fatih Birol.

Soulignant la « dimension humaine » de la relance, le ministre cite la Pologne comme exemple d’État membre qui nécessite un « fonds de reconversion bien financé » pour aider les travailleurs de l’industrie charbonnière en déclin.

« La Pologne pourrait être championne de l’éolien offshore en mer Baltique, mais elle aura besoin de l’argent européen pour reconvertir ses travailleurs », déclare Claude Turmes.

Bruxelles lève le voile sur son plan de relance

Ursula von der Leyen a donné des détails sur son plan de relance de l’économie européenne. Elle n’a en revanche pas révélé le montant du nouveau projet de budget à long terme de l’UE, qui sous-tendra la feuille de route.

Le déséquilibre des aides d’État

La ministre espagnole de l’Écologie, Teresa Ribera, qui s’est aussi exprimée lors de l’événement Euractiv, plaide pour des investissements à long terme et « à grande échelle » dans l’efficacité, les énergies renouvelables et les technologies de stockage.

Elle souligne toutefois l’importance de l’aide d’urgence à court terme durant la crise sanitaire, que les gouvernements fournissent pour assister les entreprises en difficulté et éviter les faillites.

À la mi-mars, la Commission a assoupli ses règles normalement strictes en matière de subventions publiques. Plus de 1 900 milliards d’euros de régimes nationaux de soutien ont été levés jusqu’à présent.

Mais à elle seule, précise Teresa Ribera, L’Allemagne représente 52 % de toutes les aides versées à ce jour dans les 27 États membres.

« Et cela nous place dans une situation risquée où nous pourrions [mettre en péril] le marché unique », l’une des pierres angulaires de l’intégration européenne, prévient-elle.

D’après la ministre, le fait d’assouplir les mesures pourrait poser de nouveaux défis de cohésion socioéconomique au sein de l’UE.

« Ce n’est pas une partie équitable. Et permettre aux pays d’obtenir un avantage injuste pourrait créer davantage de problèmes », affirme Teresa Ribera. Elle appelle par conséquent à établir des conditions égales, où « tous [les États membres] se fixeraient les mêmes objectifs ».

Claude Turmes met aussi en évidence le risque de distorsion du marché intérieur de l’UE, et avertit que les pays qui n’assortissent pas les aides d’État accordées aux entreprises en difficulté de conditions écologiques pourraient « saper » les efforts déployés par les autres.

En France par exemple, à la suite d’un accord de sauvetage conclu avec le gouvernement, Air France a reçu l’ordre de supprimer les vols intérieurs qui concurrencent le rail.

Mais l’Allemagne n’a quant à elle toujours pas établi de modalités vertes à inclure au fonds de soutien de Lufthansa.

Selon Claude Turmes, le risque de distorsion est énorme. « Pourriez-vous imaginer que les législateurs français imposent [au Groupe PSA] et à Renault d’appliquer des mesures écologiques strictes, mais que l’industrie automobile allemande ne soit pas obligée de le faire ? », interroge-t-il.

Ursula von der Leyen reconnaît que ces « énormes différences » de subsides aux sociétés en difficulté risquent d’accentuer les disparités économiques entre les Vingt-sept.

« C’est aussi pour cela que [nous devons aller au-delà du simple] contrôle des subventions publiques. Nous avons besoin d’un plan de relance européen vert et numérique, et qui profite à tous les consommateurs européens », assure-t-elle.

Le coronavirus fait flamber l’utilisation des aides d’État dans le secteur agricole

L’utilisation excessive des subventions gouvernementales pour aider les agriculteurs en difficulté pendant la crise sanitaire pourrait porter préjudice au marché unique et à la concurrence loyale entre États membres, selon le commissaire européen à l’agriculture, Janusz Wojciechowski.

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