BNP Paribas, un mastodonte à la dérive ?

Siège BNP Paribas à Montréal. [Azartaz/Flickr]

Dans un documentaire fouillé et critique*, deux réalisateurs s’interrogent sur la puissance démesurée de BNP Paribas, la première banque européenne. Un cas d’école qui remet en question la crédibilité de la régulation bancaire européenne.

La finance européenne est-elle bien régulée ? À voir le documentaire de Xavier Harel et Thomas Lafarge sur les dessous de BNP Paribas, la banque française qui est aussi la première banque européenne et la quatrième au monde, mène les autorités de régulation à la baguette, plutôt que l’inverse.

Une situation héritée de la crise de 2008. À l’époque, le mastodonte se retrouve comme la plupart des plus grandes banques européennes exposé à des pertes gigantesques sur l’immobilier américain, puis un peu plus tard à la dette grecque.

Selon le principe du « too big to fail », les institutions françaises et européennes vont alors tout faire pour sauver la banque, et la renflouer plutôt que de la mettre en danger. Au total, les réalisateurs ont calculé que BNP Paribas avait récupéré 5 milliards d’euros des 20 milliards alloués aux banques européennes durant la crise financière.

Une image frappante décortiquée par le documentaire illustre d’ailleurs cette thèse : celle d’une réunion de crise dans le bureau de Christine Lagarde, alors ministre française des Finances, en 2008. Les yeux de la dizaine de participants sont pourtant braqués non pas sur elle, mais sur Michel Pébereau, le PDG de BNP Paribas.

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Durant une enquête longue de plusieurs années, Xavier Harel et Thomas Lafarge ont conquis la confiance de salariés et ex-salariés qui ne reconnaissent pas leur banque dans l’attitude cavalière, voire franchement illégale, qu’elle adopte sur de nombreux sujets. « Nous avons rencontré 120 interlocuteurs dont une quarantaine chez BNP Paribas, mais seuls 5 ou 6 ont accepté de témoigner : ceux qui quittent ou vont quitter le monde de la finance », précise Xavier Harel.

Initialement prévu pour Canal+, le documentaire a été décommandé après l’arrivée de Bolloré au capital de la chaine française, puis repris par la chaine publique France 3.

Une omerta qui s’explique à la fois par la puissance de la banque, et ses dessous pas très propres. Peu d’acteurs de la finance se risquent à dénoncer la main qui les a un temps nourris, si ce n’est cet ex-banquier spécialisé sur les grandes fortunes, qui raconte avoir incité les riches clients de la banque à l’évasion fiscale par le biais de la Suisse. Ce qui est strictement interdit par les lois européennes.

Omerta aussi sur les embargos contournés de façon presque systématique par la banque française : une habitude qui lui vaudra notamment une amende de 6 milliards des États-Unis pour avoir travaillé avec le régime soudanais accusé de génocide.

L’Europe et la régulation européenne en prennent aussi pour leur grade.

La première réaction européenne à la crise, qui a consisté à imposer la séparation entre banque d’investissement et banque de particuliers, ne se serait traduite par aucune conséquence concrète sur la banque. « Ça n’a rien changé, rien du tout » assure un ex BNP.

Les journalistes soulignent aussi les liens étroits entre les grandes institutions et la banque : les conseillers de Dominique Strauss-Kahn au FMI, le président de la Banque de France aujourd’hui pressenti pour diriger la Banque centrale européenne, François Villeroy de Galhau, sont des anciens de BNP Paribas. La banque semble mailler son territoire pour assurer ses arrières.

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Pire, selon un économiste grec, BNP aurait piloté à distance la gestion de la crise grecque dans son propre intérêt, en refusant toute annulation de dette dont elle détenait plusieurs milliards, et en transférant son risque aux institutions publiques qui ont repris les titres de dette.

Au final, BNP Paribas est l’exemple type de la grosse banque européenne, restée énorme malgré les efforts règlementaires, ce qui paralyse l’évolution de la règlementation.

« Je ne vois pas de banque hors-la-loi, je vois des banquiers qui font la loi », résume l’économiste Jésabel Couppey Soubeyran.

Une thèse que Xavier Harel illustre en rappelant que les grandes banques européennes sont sous-valorisées : à rentabilité équivalente, elles subissent une décote de 30 à 40 % par rapport aux banques américaines. « C’est un modèle qui crée des inquiétudes chez les investisseurs », assure-t-il. Les derniers exemples de scandales bancaires, qu’il s’agisse de la Danske Bank accusée de blanchiment à grande échelle en Estonie, ou de la corruption du gouverneur de la banque centrale lettone, ne sont pas là pour rassurer.

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* BNP Paribas, dans les eaux troubles de la première banque européenne. Diffusé jeudi 54 octobre sur France 3 à 23h30.

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