La pandémie « fait sauter » l’ordre mondial, selon Josep Borrell

Josep Borrell, le haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. [Union européenne]

Le COVID-19 a détruit le modèle de gouvernance mondial, et l’Union européenne devra jouer un rôle clé dans la reconstruction de l’ordre international, selon le représentant des affaires étrangères de l’UE, Josep Borrell.

« La pandémie de coronavirus a fini par faire sauter le modèle de gouvernance multilatérale, déjà branlant depuis plusieurs années », a affirmé Josep Borrell aux journalistes.

Il voit la situation internationale comme un « trouble multipolaire », en raison du manque de leadership américain et de la tension croissante entre Washington et Pékin, exacerbée par la crise sanitaire.

Toutefois, ce contexte pourrait être favorable à l’UE. « Dans ce nouvel ordre qui devra être construit à partir du désordre mondial, l’Europe pourrait jouer un rôle. De quelle façon ? Tout dépend de son unité interne », soutient le haut représentant.

« L’Europe ne pourra être forte mondialement si elle ne crée pas une solidarité interne », assure-t-il. « L’UE doit apprendre la leçon et, à mon avis, poursuivre l’intégration » du système de santé, entre autres, parce que celui-ci « nécessite une dimension européenne », selon Josep Borrell.

Dans le reste du monde, la santé est devenue un problème de sécurité, mais en Europe, c’est une affaire d’intégration, affirme-t-il.

Alors que les réponses nationales dominaient au début de la crise, le chef de la diplomatie européenne salue aujourd’hui « le rapprochement et la coopération », qui se sont imposés. Il déclare aussi que la montée du nationalisme et du populisme dépendront uniquement de la réponse de l’UE à la pandémie et du sentiment de protection ressenti ou non par les citoyens européens.

Une crise constitutionnelle

La cour constitutionnelle allemande a remis en question la proportionnalité du programme d’achat d’obligations de la Banque centrale européenne (BCE), considéré comme un élément clé de la réponse de l’UE à la crise financière actuelle.

Le tribunal allemand est allé jusqu’à douter du travail de la Cour de justice européenne (CJUE), qui avait soutenu la BCE dans un jugement prononcé en 2018, provoquant un séisme politique.

Fragilisée par la Cour suprême allemande, la BCE continue ses rachats de dette

La Banque centrale allemande devrait suspendre la mise en œuvre du programme d’achat d’obligations de la Banque centrale européenne, à moins que celle-ci ne prouve la proportionnalité de ses mesures de relance monétaire, a décidé la Cour constitutionnelle allemande.

Josep Borrell a mis en garde sur la gravité d’une telle décision, qui remet en cause le champ de compétence de la CJUE et pousse à imposer des limites au « whatever it takes » proclamé en 2012 par l’ancien président de la BCE, Mario Draghi, lors de la dernière crise financière.

« Cette phrase magique avait alors sauvé l’euro et [aujourd’hui,] les marchés ont besoin de savoir si la BCE est une institution indépendante qui agit dans le cadre de son mandat et sans limites, ou si nous nous trouvons dans une situation différente », indique Josep Borrell.

Il admet que, même si tous les pays et les cours constitutionnelles sont d’égale importance, le poids de l’Allemagne dans le programme d’achat d’obligations de la BCE justifie l’ampleur du débat sur les implications de l’arrêt.

La réponse économique de l’UE

Le 6 mai, la Commission européenne a présenté des prévisions de printemps assez alarmistes, selon lesquelles l’UE allait connaître la pire récession de son histoire, avec une chute de 7,4 % de son économie.

Josep Borrell souligne que ces prévisions pourraient même s’avérer optimistes, parce que l’ampleur de la crise économique mondiale dépend entièrement de l’évolution de la pandémie. Si les attitudes protectionnistes venaient à dominer les échanges commerciaux internationaux, prévient-il, l’Europe serait la plus grande perdante.

Les institutions préparent actuellement la réponse économique de l’UE aux répercussions du COVID-19, qui nourrit le débat. « Nous travaillons encore sur la manière d’organiser la solidarité », reconnaît le chef des affaires étrangères.

Et la remise en question du programme d’achat d’obligations par le tribunal allemand complique un peu plus la tâche.

« Après le jugement, nous devons prendre en considération la capacité de flexibilité des opérations d’achat d’obligations, le champ d’intervention du fonds de sauvetage et les limites des aides d’État “open bar” », explique Josep Borrell.

« La façon dont nous gérons ce “triangle des Bermudes” pourrait faire exploser le marché unique », soutient-il.

Le recours massif aux aides d'État en l'Allemagne pourrait servir de « locomotive », selon Margrethe Vestager

L’Allemagne profite pleinement de l’assouplissement des règles de l’UE sur les aides d’État. Cela pourrait constituer une « locomotive » pour l’Europe, selon la commissaire à la concurrence, mais il faudra pallier les éventuelles distorsions du marché intérieur.

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