La croissance des économies européennes sera-t-elle suffisante pour rembourser la dette grandissante ?

La pandémie de Covid-19 fait pression sur la durabilité de certaines économies européennes, si bien que pour certains, la croissance économique et le soutien monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) ne seront pas suffisants pour résorber la dette publique. EPA-EFE/HAYOUNG JEON / POOL [EPA-EFE/HAYOUNG JEON]

La pandémie de Covid-19 fait pression sur la durabilité de certaines économies européennes, si bien que pour certains, la croissance économique et le soutien monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) ne seront pas suffisants pour résorber la dette publique.

L’UE peine à surmonter la crise la plus profonde de ses 70 années d’existence, engendrée par l’une des pandémies les plus meurtrières du siècle qui a sapé la croissance économique et fait exploser la dette publique.

Au cours de la dernière crise financière, la dette publique du bloc (sans le Royaume-Uni) a augmenté de 20 points pour atteindre 86,6 % de son PIB.

Tandis que l’UE présente encore des taux de dette élevés liés à la récession 2008, la dette publique européenne devrait augmenter de 15 points cette année pour atteindre 95 % de son PIB, d’après les dernières prévisions de la Commission européenne.

Une nouvelle particulièrement mauvaise pour la Grèce, l’Italie, la France, le Portugal, la Belgique et l’Espagne, qui soulève des interrogations concernant la durabilité de leurs comptes publics à moyen et long terme, a prévenu l’exécutif début novembre.

Fragilisée par la Cour suprême allemande, la BCE continue ses rachats de dette

La Banque centrale allemande devrait suspendre la mise en œuvre du programme d’achat d’obligations de la Banque centrale européenne, à moins que celle-ci ne prouve la proportionnalité de ses mesures de relance monétaire, a décidé la Cour constitutionnelle allemande.

Les économistes se sont mis d’accord sur la durabilité de la dette publique, tant que les économies du bloc affichent une croissance supérieure aux coûts relatifs au financement par emprunt, un scénario possible grâce à la Banque centrale européenne (BCE).

Le programme d’achats d’obligations de la BCE, à 1 350 milliards d’euros, conjugué à son programme d’achats d’actifs, et ses taux proches de zéro ont maintenu les rendements obligataires à des niveaux historiquement bas.

« Tant que la BCE rachète 75 % de la dette publique espagnole, nous n’aurons aucun problème », a souligné Maria Jesus Fernández, économiste au centre espagnol de recherche Funcas.

Cette dernière a toutefois ajouté que si la BCE fermait le robinet, « l’économie espagnole sera confrontée à une bombe à retardement », au vu de l’ampleur de ses inégalités structurelles. « Nous pouvons être contraints à adopter des ajustements brutaux », a-t-elle expliqué.

Néanmoins, les pays sur la corde raide peuvent compter sur le soutien de la BCE. Ángel Talavera, d’Oxford Economics, a noté que « la BCE ne devrait pas augmenter les taux dans le futur proche », au vu des tendances de l’inflation. « La hausse de la dette représente un problème que nous devrons aborder un jour ou l’autre, mais pas pour l’instant », a-t-il poursuivi.

Bien que l’Eurogroupe et la Commission européenne aient exclu la possibilité de nouvelles mesures de relance, la présidente de la BCE Christine Lagarde a promis en novembre qu’elle agirait « avec détermination », tandis que la deuxième vague de Covid-19 déferlait sur le navire européen.

Christine Lagarde s'engage à agir "avec détermination" pour contrer la deuxième vague de Covid-19

Jeudi (19 novembre), la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a déclaré que son institution allait agir « avec détermination » pour contrer la deuxième vague de Covid-19.

« La croissance est la seule option fiable et saine », a soutenu Maria Demertzis, du groupe de réflexion Bruegel.

Dans le but de stimuler les économies nationales touchées par le virus, l’UE a mis sur pied un plan de relance à hauteur de 750 milliards d’euros pour financer les investissements dans ses États membres. Le fonds d’aide, toujours bloqué par la Hongrie et la Pologne, sera financé grâce à des emprunts effectués sur les marchés. Une dette qui devrait finalement être remboursée par le biais de nouvelles taxes européennes.

Cette procédure compensera le coût de la reprise, notamment pour l’Italie et l’Espagne, les États membres les plus touchés par la crise sanitaire.

Lorenzo Codogno, de la London School of Economics, et Giancarlo Corsetti, de l’Université de Cambridge, avancent que l’énorme stimulus européen pourrait alimenter l’inflation et que la BCE pourrait envisager d’assouplir son esprit de conciliation.

Mais, au regard de l’évolution de l’inflation ces dernières années et du modèle actuel, selon lequel les banques centrales – y compris la Fed, la banque centrale des États-Unis – sont prêtes à dépasser leur objectif en matière d’inflation pour soutenir la politique budgétaire, les deux experts estiment que la BCE agira avec prudence afin de ne pas répéter les erreurs du passé.

Autres solutions

Même si la BCE maintient ses mesures de relance à moyen terme, certains indiquent que la croissance ne suffira pas pour pallier le montant inédit de la nouvelle dette.

Alors que la dette publique italienne devrait atteindre 160 % du PIB, Riccardo Fraccaro, conseilleur du Premier ministre Giuseppe Conte, a appelé la BCE à annuler son rachat de dette souveraine ou d’en prolonger la maturité à perpétuité. Mme Lagarde a rejeté cette idée, expliquant qu’il n’existait aucun cadre juridique permettant à la BCE d’annuler une dette souveraine qu’elle détenait.

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a indiqué plus tôt cette semaine que les propositions italiennes nécessiteraient de modifier le traité UE, ce qui est peu probable d’arriver prochainement. Cependant, elle a maintenu que la durabilité de la dette devait être gérée « avec prudence et qu’il ne [fallait] pas botter en touche ».

« La meilleure solution s’inscrit dans les fondements de la croissance », a-t-elle renchéri, mettant en exergue les actions lancées par la BCE et l’utilisation du plan de relance pour l’Europe afin de renforcer la compétitivité des économies européennes.

« C’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire », a cependant admis la directrice du FMI.

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La dette privée

Les retombées de la pandémie ont également poussé le monde des entreprises au bord du précipice, notamment le secteur touristique, hôtelier et commercial. Les sociétés s’en sont sorties tant bien que mal, grâce aux mesures de liquidité et aux crédits spéciaux approuvés par les gouvernements.

« Les garanties de prêt du gouvernement et les moratoires sur la faillite ont empêché un tsunami de défauts de paiements de sociétés non financières, mais un nombre considérable d’entreprises pourraient être mises en faillite si ces mesures sont levées trop tôt ou les conditions de prêts des banques se resserrent », a fait savoir la BCE dans un rapport publié en novembre.

Ángel Talavera est lui plutôt inquiet par la dette privée que par l’endettement public, en particulier auprès des ménages et de certains secteurs, en raison du risque de défaut de paiement et des répercussions possibles sur le secteur bancaire.

Aux yeux de Maria Demertzis, « plus vite la dette privée sera restructurée, mieux les parties concernées se porteront », y compris les banques. L’UE dispose de meilleurs instruments pour surmonter cette situation qu’il y a dix ans, notamment de meilleurs cadres pour les procédures d’insolvabilité.

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