Les nouveaux gourous du numériques de Merkel

epa05931344 Katrin Suder EPA/CLEMENS BILAN [EPA/CLEMENS BILAN]

En Allemagne, un comité a été nommé pour accélérer la numérisation du pays et soulever des questions qui pourraient fâcher. Un article de notre partenaire, Der Tagesspiegel.

Avec son jeans noir et ses baskets blanches, Katrin Suder ressemble plus à une employée de mairie qu’à une représentante de la chancellerie. C’est pourtant bien elle qui a présidé le conseil numérique pour la première fois, le 22 août.

Ce comité, composé de dix membres, a pour objectif de soutenir les efforts du gouvernement allemand pour l’accélération de la transition au numérique. Une urgence pour l’Allemagne, dont Angela Merkel a bien conscience.

L’Allemagne à la traine

Dans de nombreux domaines, comme l’Internet à large bande, l’administration et l’éducation numériques ou l’investissement privé dans les start-ups, l’Allemagne est à la traine par rapport aux normes européennes et internationales. Le comité a pour but de faire avancer les choses et de rédiger des propositions d’action concrètes.

« Je suis convaincue que nous ne pouvons maintenir notre action gouvernementale que si nous sollicitons également des conseils externes », a déclaré Angela Merkel dans son message vidéo hebdomadaire. Selon elle, les experts devraient donner l’impulsion aux actions du gouvernement et poser des « questions qui fâchent ».

Six hommes et quatre femmes sont membres du conseil, qui a rencontré la chancelière et les ministres pour la première fois après la réunion du cabinet du 22 août. Il est prévu que le conseil se réunisse au moins deux fois par an à l’avenir – bien que cela soit difficile étant donné sa composition internationale.

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Équipe internationale et bénévole

La professeure de droit Beth Simone Noveck, responsable de la numérisation à la Maison-Blanche sous le président Barack Obama, vient par exemple de New York. Elle est rejointe au conseil par Viktor Mayer-Schönberger, professeur à Oxford pour la gouvernance et la régulation de l’Internet ; Urs Gasser, directeur du centre Harvard Berkman Klein pour l’Internet & la société ; Ada Pellert, rectrice de l’Université de Hagen ; Peter Parycek, directeur du Competence Center Public IT de l’Institut Fraunhofer FOKUS ; le scientifique Andreas Weigend et les trois entrepreneurs Ijad Madisch (Researchgate), Stephanie Kaiser (Heartbeat Labs) et Hans-Christian Boostian (Boostian Boos).

Les membres travaillent bénévolement, puisque seuls leurs frais de déplacement seront payés. Leur tâche sera avant tout d’aborder quatre thèmes centraux : l’avenir du monde du travail, le traitement des données, le paysage en termes de start-ups et les nouvelles possibilités de participation. En filigrane de ces thèmes se pose la question transversale de l’impact de la numérisation sur la culture et la société.

Ils seront également encouragés à échanger avec les différents ministères, dont certains possèdent des unités numériques propres. Le conseil restera en fonction jusqu’à la fin du mandat gouvernemental, mais il sera difficile de mesurer son succès dès la fin de cette période.

Avec Katrin Suder, le conseil dispose toutefois d’une consultante expérimentée à sa tête. Ancienne directrice de McKinsey, elle a été secrétaire d’État au ministère allemand de la Défense en 2014, où elle devait réformer les achats d’armements, dont le système souffrait de dysfonctionnements majeurs. Elle a subitement quitté ce poste au printemps, arguant vouloir passer plus de temps avec sa famille.

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Un conseil déjà critiqué

L’opposition n’a pas tardé à critiquer la formation du conseil. « Un gouvernement qui a encore besoin de cours de numérisation en 2018 n’est pas seulement une tragédie. Il est décrédibilisé par sa propre ignorance », a déclaré Manuel Höferlin, porte-parole de la politique numérique pour le parti libéral FDP.

Il craint que la création du comité ne soit « qu’une énième tactique de diversion destinée à faire croire au public que la numérisation du pays est embrayée ».

Pour s’attaquer à la transformation numérique « avec un plan clair et des responsabilités claires, nous avons enfin besoin d’un ministère numérique ».

Les Verts ont également une mauvaise opinion du conseil. « La mise en place de conseils consultatifs toujours nouveaux n’augmente pas ma confiance dans la capacité de ce gouvernement », a indiqué Anna Christmann, porte-parole des Verts pour la politique d’innovation, au Tagesspiegel. Dans de nombreux domaines des politiques numériques, il n’y a « pas de problème de connaissance, mais un problème de mise en œuvre », assure-t-elle.

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