Christine Lagarde impose son style direct à la BCE

Christine Lagarde. [Commons Wikimedia]

Pour sa première réunion de présentation de la politique monétaire, la nouvelle présidente de la BCE a montré sa maîtrise des dossiers et son style direct, dans un environnement qui donne des signes d’amélioration. Un article de notre partenaire La Tribune.

Sachant que chacun de ses mots serait soupesé, Christine Lagarde, qui préside la Banque centrale européenne (BCE) depuis le 1er novembre, a pris les devants ce jeudi 12 décembre, lors de sa toute première conférence de presse présentant la décision de politique monétaire prise par le Conseil des gouverneurs. La présidente de l’institution francfortoise n’a pas dérogé à la tradition de la lecture mot à mot du communiqué avant d’ajouter quelques remarques personnelles, dans le style alerte et direct qu’on lui connaît, rompant avec le ton monocorde de Mario Draghi, parfois surnommé Droopy.

« J’aurai mon propre style. Ne surinterprétez pas, n’essayez pas de deviner les intentions. Je serai moi-même, donc probablement différente », a prévenu Christine Lagarde en préambule. « Je ne suis ni une colombe, ni un faucon » a-t-elle ajouté, en référence aux surnoms donnés respectivement aux tenants de la politique monétaire souple et aux partisans de l’orthodoxie monétaire. « Mon ambition est d’être une chouette, que l’on associe souvent à une certaine sagesse », a-t-elle fait valoir.

Christine Lagarde, un profil qui détonne à la BCE

Avocate de formation, membre de la droite française, Christine Lagarde a été nommée pour prendre la succession de Mario Draghi. La directrice du FMI présente un profil atypique, du fait de son absence d’expérience bancaire et de quelques casseroles.

L’ancienne directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), qui n’a pas de formation d’économiste ni d’expérience de banquier central à la différence de ses trois prédécesseurs à la tête de la BCE, a montré sa maîtrise des dossiers, sans céder la parole au vice-président Luis de Guindos, naviguant sans ciller des prévisions d’inflation aux TLTRO (les prêts aux banques) aux stablecoins. La décision du Conseil des gouverneurs elle-même était attendue : un maintien des taux d’intérêt à leur niveau historiquement bas. Quelques signes d’amélioration se font jour toutefois, « de premiers signaux d’une stabilisation du ralentissement de la croissance et d’une légère progression de l’inflation sous-jacente » : la BCE a abaissé sa prévision d’inflation en 2021 à 1,4% contre 1,5% mais attend une inflation de 1,6% en 2022. « Les chiffres vont dans la bonne direction. C’est encourageant » a commenté Christine Lagarde.

Climat, défis technologiques et e-euro

La présidente de la BCE s’est par conséquent davantage attardé sur le grand chantier de l’année prochaine : la revue stratégique de la « boîte à outils » de l’institution.

« La revue stratégique doit être complète, doit couvrir tous les sujets, soulever chaque pierre, et cela prendra du temps, mais pas trop. Mon objectif est de commencer courant janvier et de l’achever avant la fin 2020 », a-t-elle indiqué.

Des membres du Parlement européen, des universitaires et des organisations de la société civile seront consultés pendant le processus, qui doit notamment servir à évaluer l’efficacité de chacun des outils de politique monétaire, individuellement et de par leurs effets combinés. Cette revue stratégique doit servir aussi à définir l’objectif de moyen terme de la BCE, dans le cadre de son mandat principal, la stabilité des prix : l’inflation « proche de, mais inférieur à 2% » qui figure dans tous ses communiqués de politique monétaire constitue-t-il un plafond ? Faut-il préciser une fourchette (1,8%) ? Est-il trop élevé ?

D’autres aspects seront abordés, notamment le changement climatique. « Nous verrons où et comment nous pouvons participer » à l’ambition du « Pacte vert » (Green Deal) de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Christine Lagarde a également cité les inégalités, qui se creusent, et les transformations technologiques comme autres défis majeurs à prendre en compte.

Le verdissement de la BCE, un vœux pieu pour Christine Lagarde ?

L’ex directrice générale du FMI a pris les rênes de la Banque centrale européenne le 1er novembre. À contre-pied des missions de l’institution, elle affiche ses ambitions en faveur de l’action climatique. Un article de notre partenaire Ouest France.

Interrogée sur la perspective d’un éventuel « e-euro » ou « euro digital », l’ancienne ministre de l’Economie et des Finances a indiqué que la BCE, qui a constitué une taskforce, allait accélérer ses efforts, avec l’appui des différentes ressources de l’Eurosystème, dont les pilotes et expérimentations des banques centrales nationales (comme celle annoncée par la Banque de France) en vue de définir les objectifs « d’ici à la mi 2020 ».

« Essayons-nous de réduire les coûts ? De supprimer les intermédiaires ? De faire de l’inclusion financière à bas coûts ? », a-t-elle soulevé. « Ma conviction personnelle est que, au vu des développements accélérés de projets de stablecoin [comme celui du Libra de Facebook, ndlr], nous avons intérêt à avoir une longueur d’avance. »

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