Comment les intérêts nucléaires français ont pesé sur les négociations de la coalition « tricolore » en Allemagne

Alors que la France est à la tête d’une coalition de pays pro-nucléaires, l’Allemagne a mené la charge contre cette forme d’énergie en formant un camp opposé lors de la conférence sur le climat COP26 à Glasgow. EPA/AXEL HEIMKEN [EPA/AXEL HEIMKEN]

Le traité de coalition du nouveau gouvernement allemand a évité les références à l’énergie nucléaire et à la taxonomie de la finance verte de l’UE afin de préserver les relations franco-allemandes, a déclaré à EURACTIV l’un des des principaux négociateurs des Verts à Berlin.

Alors que l’Allemagne était en pleine négociation de son tout premier gouvernement tripartite, les deux plus grands partis de la nouvelle coalition «  feu tricolore  », le SPD social démocrate et les Verts, se sont fermement prononcés contre l’inclusion de l’énergie nucléaire dans la taxonomie de la finance verte de l’UE.

Leur position a été clairement exprimée dans des commentaires publics faits lors de la conférence des Nations unies sur le climat à Glasgow et à Bruxelles, où de hauts fonctionnaires et des législateurs ont réaffirmé leur opposition au nucléaire.

Une version préliminaire du traité de coalition, obtenue par le journal allemand Handelsblatt, indique : «  Le gouvernement allemand fera campagne contre l’inclusion de l’énergie nucléaire et du gaz en tant que technologies durables  » dans la taxonomie du financement vert de l’UE.

Mais cette phrase ne figure plus dans le traité de coalition de 178 pages négocié par le SPD, les Verts et le FDP, parti libéral favorable aux entreprises.

«  Nous nous sommes abstenus de le faire pour de bonnes raisons, car nous ne discutons pas des conflits avec notre partenaire le plus important, la France, par le biais d’accords de coalition  », a déclaré Sven Giegold, l’un des principaux négociateurs des Verts allemands dans les pourparlers de coalition.

«  Les relations franco-allemandes ne doivent pas être tendues par un nouveau conflit sur le nucléaire. Nous avons besoin d’un compromis sur les investissements durables  », a déclaré M. Giegold à EURACTIV dans la soirée du 24 novembre, lorsque l’accord de coalition a été annoncé.

«  La taxonomie sur la finance verte doit être réduite à sa plus simple expression au lieu de restreindre les droits des États membres à déterminer leur mix énergétique post-fossile  », a-t-il ajouté.

Malgré quelques points de friction, « business as usual » pour le prochain couple franco-allemand

Alors que certains affirment que les relations du prochain couple franco-allemand au pouvoir pourraient se dérouler comme à l’accoutumée, de potentiels points de friction sont à prévoir.

Le processus

Le désaccord fondamental entre la France et l’Allemagne sur le nucléaire n’a pas disparu pour autant.

Alors que la France est à la tête d’une coalition de pays pro-nucléaires, l’Allemagne a mené la charge contre cette forme d’énergie en formant un camp opposé lors de la conférence sur le climat COP26 à Glasgow.

Mais Olaf Scholz, le futur chancelier allemand, s’est abstenu de prendre publiquement position sur la question, choisissant apparemment de préserver la relation franco-allemande.

«  Je pense que le leadership d’Olaf Scholz se concentrera beaucoup sur la France, comme sur les questions européennes plus généralement  », a déclaré Daniela Schwarzer, directrice Europe à l’Open Society Foundation.

L’accord de coalition allemand a été négocié dans 22 groupes de travail traitant d’une variété de sujets par près de 300 politiciens du SPD, des Verts et du FDP.

Le résultat est l’un des traités de coalition les plus complets qui soient : 178 pages dans lesquelles les trois partis clarifient leur position sur presque toutes les questions imaginables, à l’exception de la taxonomie européenne sur la finance durable, qui a fini par être supprimée.

Le FDP et le SPD ont refusé de commenter les discussions de coalition concernant la taxonomie européenne.

La situation était compliquée : alors que les Verts et le SPD étaient alignés dans leur opposition au nucléaire, les sociaux-démocrates allemands avaient initialement fait pression pour l’inclusion du gaz fossile en tant que source d’énergie «  transitoire  » dans le règlement européen sur la finance verte.

«  Si nous ne pouvons pas financer le gaz, le charbon sera prolongé  », a prévenu Svenja Schulze, la ministre allemande de l’Environnement par intérim, qui s’est exprimée lors de la COP26 à Glasgow.

Les Verts s’y sont fermement opposés, eux qui militent pour une élimination rapide du gaz fossile. « Le gaz ne doit pas être inclus dans la taxonomie », a déclaré M. Giegold le 1er novembre.

Au final, l’accord de coalition de 178 pages ne fait aucune référence à la taxonomie. Et si la raison officielle de la décision était la préservation des relations franco-allemandes, les Verts pourraient également avoir obtenu un bonus : ils ont gagné le droit de nommer le prochain commissaire allemand.

«  Le droit de nommer le commissaire européen revient aux Verts, à condition que le président de la Commission ne soit pas originaire d’Allemagne  », peut-on lire dans l’accord de coalition.

Subscribe to our newsletters

Subscribe