La Commission demande aux États membres de pallier la stagnation des salaires

Valdis Dombrovskis, Pierre Moscovici, Marianne Thyssen [European Commission]

La Commission européenne veut faire de la croissance des salaires une priorité. Le retour modeste de la croissance pourrait être amplifié par une hausse de la consommation.

La Commission a présenté une série de documents, le 22 novembre, qui donne le ton pour la politique fiscale et économique de l’année prochaine, dans le cadre du semestre européen.

Après l’adoption du paquet par le collège des commissaires, le vice-président de l’exécutif en charge de la monnaie unique, Valdis Dombrovskis, a déclaré aux journalistes que l’Europe bénéficiait « d’une solide reprise économique ».

L'embellie se confirme sur l'économie européenne

L’économie européenne est dans une dynamique positive. La croissance est au rendez-vous dans tous les États membres, les comptes publics reprennent du poil de la bête et les risques sont contrôlés pour la première fois depuis longtemps, conclut la Commission.

Cependant, « il est vrai que tous les citoyens ne ressentent pas cette embellie », même si les recettes des entreprises augmentent et que les gouvernements ont plus de marge de manœuvre pour renforcer les finances publiques. « Les salaires n’augmentent que très lentement », observe la Commission dans les documents.

À la question de savoir si la Commission soutiendrait une hausse de salaire, Valdis Dombrovskis a expliqué que le semestre européen mettait « fortement l’accent sur une croissance inclusive et sur le renforcement de la dimension sociale ».

Un choix qui se reflète dans l’examen annuel de la croissance, le document qui établit les priorités qui encadreront les recommandations pays par pays adressées aux capitales au printemps.

« Il faut continuer à soutenir la reprise, notamment via des réformes structurelles créant les conditions pour stimuler les investissements et la croissance réelle des salaires ainsi que rééquilibrer les comptes internes et externes de la zone euro », indiquent les documents.

Ces derniers mettent particulièrement l’accent sur les politiques visant « à aider les employés à acquérir des compétences, à promouvoir l’égalité des chances sur le marché du travail et des conditions équitables, à accroître la productivité pour soutenir la hausse des salaires et à développer des systèmes de protection sociale adéquats.

Des organisations comme le FMI et la BCE s’inquiètent de la stagnation des salaires en Europe.

Quelles explications ?

S’exprimant devant le Parlement européen le 20 novembre, le président de la BCE, Mario Draghi, a déclaré que la banque n’avait toujours pas trouvé de « preuves convaincantes » pour expliquer la stagnation des salaires en Europe. Une des explications possibles, selon lui, serait la faible productivité, la priorité donnée par les employés à la sécurité de l’emploi plutôt qu’au salaire, et des négociations sur les salaires qui vont à reculons.

Malgré une cinquième année de reprise économique, les salaires n’ont augmenté que de 1,6 % à la fin de l’année dernière, soit bien en dessous de la moyenne historique de 2,1 %.

La secrétaire générale de la Confédération des syndicats européens, Katja Lehto Komuleinen, a salué l’appel de l’exécutif pour une hausse des salaires et des réformes visant à cet objectif. La confédération estime toutefois que cet appel ne doit pas être limité aux pays ayant des excédents budgétaires.

L'Europe de l'Est piégée dans un modèle à bas coûts salariaux

Une étude économique dénonce la modération salariale qui sévit en Europe centrale depuis la crise. Les salaires y sont repassés sous les 30% du salaire moyen allemand pendant que la productivité ne cessait d’augmenter. Un article de notre partenaire, La Tribune.

« La Commission a raison sur le fait qu’il n’y a pas assez de convergence des conditions de vie et de travail en Europe. Voilà pourquoi des investissements, y compris des investissements publics, sont nécessaires dans chaque pays européen. Par ailleurs, il faut s’attaquer aux écarts de salaire entre l’est et l’ouest en revoyant à la hausse les salaires dans toute l’UE », a-t-elle déclaré.

Pour la commissaire en charge de l’emploi, Marianne Thyssen, la récente adoption du Pilier européen des droits sociaux servira de boussole pour progresser vers une meilleure convergence entre les États membres.

Lettre à l’Italie

Dans le cadre du paquet automne du semestre européen, la Commission a évalué les plans budgétaires de tous les pays de la zone euro, sauf de la Grèce.

Cinq des 16 pays ayant un déficit en dessous du seuil des 3 % du PIB ont un risque de non-respect des plans budgétaires. Mais seule l’Italie préoccupe véritablement la Commission, étant donné « le niveau constamment élevé de la dette publique ».

Pour cette raison, l’exécutif a décidé d’envoyer une lettre aux autorités italiennes en leur demandant plus d’informations sur leur trajectoire de réduction de la dette.

Moscovici : «Le débat politique italien doit cesser de viser la Commission»

La Commission a félicité le Portugal et l’Espagne, qui ont réussi à redresser leurs économies, un an après avoir dépassé le plafond de déficit autorisé par l’UE. L’exécutif a également salué les ajustements importants mis en place par l’Italie, un des membres les plus instables de la zone euro.

Le commissaire aux affaires économiques, Pierre Moscovici, rappelle que le rôle de l’exécutif « n’est pas de causer des problèmes ou de pointer du doigt les autres ». « Nous sommes ici pour trouver des solutions à travers le dialogue. »

La liste des pays dont le déficit se situe au-dessus des 3 % s’est encore rétrécie lorsque la Commission a décidé de clôturer la procédure de déficit excessif du Royaume-Uni.

Les prévisions d’automne de l’exécutif ont confirmé « le caractère opportun et durable » de la correction du déficit du Royaume-Uni durant l’exercice financier 2016-2017.

L’Espagne, qui a été accusée d’enfreindre les règles budgétaires l’année dernière, pourrait sortir de la procédure de déficit en 2018. Son déficit devrait s’élever à 3,1 % du PIB à la fin de l’année, mais Pierre Moscovici n’exclut pas « une bonne surprise ».

Son budget est conforme avec les exigences de l’UE même s’il ne prend pas en compte la crise catalane.

Dans le même temps, le budget national de la France, le premier du Président Emmanuel Macron, risque quant à lui d’être non conforme.

Il n’en reste pas moins que la France pourrait sortir également de la procédure de déficit excessif l’année prochaine, selon les prévisions de Pierre Moscovici présentées en novembre.

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