Bruxelles sommée de protéger l’industrie de pointe contre les rachats étrangers

Cecilia Malmström [EU2016 NL/Flickr]

La Commission va se pencher sur la demande de trois États membres, qui réclament davantage de protection de leurs industries clés contre les rachats étrangers.

Le problème des rachats « agressifs » par des entreprises d’État étrangères a été soulevé par l’Allemagne en octobre dernier quand le fabricant chinois d’appareils électroménagers Midea a racheté le fabricant allemand de robots, Kuka, et que le fabricant de puces Sanan a pris le contrôle d’Optoelectronics.

Le ministère allemand de l’Économie a réagi en proposant de mieux superviser l’acquisition d’entreprises européennes détenant des technologies ou des infrastructures clés.

Sous pression pour consolider l’avenir numérique de l’industrie américaine, Berlin, Paris et Rome ont envoyé une lettre à la commissaire européenne en charge du commerce, Cecilia Malmström, en février pour lui demander « plus de marge de manœuvre pour examiner les rachats individuels et si besoin, les bloquer ».

Les économies les plus puissantes de l’UE estiment que cette dernière devrait accroître sa capacité à protéger les intérêts publics plus efficacement en se basant sur des critères économiques lors de prises de contrôles d’entreprises par des investisseurs étrangers, notamment ceux qui convoitent les infrastructures stratégiques et les hautes technologies.

Petite dispute transatlantique

La discussion a récemment tourné au vinaigre aux Pays-Bas lorsque le fabricant néerlandais de peintures et de revêtements, Akzo Nobel, a rejeté une deuxième offre publique d’achat de son concurrent américain, PPG Industries, pour un montant de 22,4 milliards d’euros.

La multinationale néerlandaise a laissé entendre qu’un tel rachat nuirait gravement aux intérêts nationaux du pays. Par conséquent, le gouvernement n’a pas soutenu cette prise de contrôle.

Le chef de l’entreprise aurait déclaré qu’en l’absence de soutien politique de la part du gouvernement néerlandais, Bruxelles risquait d’être sceptique quant à la proposition de rachat.

« En règle générale, toute initiative à échelle européenne doit être compatible avec les traités européens et les engagements internationaux de l’UE », a déclaré un porte-parole de la Commission à Euractiv. « Toutes les enquêtes sur la concurrence engagées par la Commission européenne sont basées sur des faits et sur la loi et non sur d’autres considérations. »

La fusion Dow Chemical-DuPont dans le collimateur de la Commission

L’UE a ouvert une enquête approfondie sur le projet de fusion de Dow Chemical et DuPont qui pourrait réduire la concurrence dans les secteurs de la protection des cultures, des semences et de certains pétrochimiques.

Inquiétudes de la Commission

Selon le porte-parole, la Commission doit évaluer régulièrement si elle a tous les outils nécessaires pour répondre aux mutations rapides de la mondialisation. « Dans ce contexte, des idées comme celles proposées dans la lettre de l’Allemagne, de la France et de l’Italie valent la peine d’être discutées. »

Il a rappelé que la Commission s’inquiétait également de l’accès limité des entreprises européennes à un certain nombre de marchés publics de pays tiers comparé à l’ouverture du marché public européen.

« Un accord doit être conclu au niveau européen afin de combattre ce déséquilibre : la Commission a soumis en janvier 2016 une proposition révisée pour un instrument international qui améliorera l’accès aux marchés publics des pays tiers », a déclaré l’exécutif.

Faisant référence aux négociations en cours sur le commerce et l’investissement, le porte-parole a déclaré que l’UE voulait ouvrir de nouveaux marchés aux investisseurs européens et garantir des conditions équitables.