La Commission européenne entend examiner les « progrès réels » dans sa prochaine stratégie industrielle

Le commissaire au marché intérieur Thierry Breton. EPA-EFE/FRANCISCO SECO / POOL [EPA-EFE/FRANCISCO SECO]

La Commission européenne entend inclure des indicateurs clés de performance (KPI) dans la mise à jour de sa stratégie industrielle attendue pour mars 2021, et ce dans le but d’évaluer la transformation de l’industrie européenne et sa résilience aux chocs de la Covid-19.

« Avec la Stratégie industrielle de mars 2020, nous avons esquissé une feuille de route pour un avenir vert, numérique et résilient. Les lignes directrices à suivre demeurent inchangées, mais nous devons accélérer notre transition industrielle et tirer les leçons de la pandémie de Covid-19, notamment sur la façon de réduire nos dépendances économiques et géopolitiques dans une série de domaines comme le pharmaceutique, les batteries, les matières premières, l’hydrogène et les semiconducteurs », a fait savoir le commissaire au marché intérieur Thierry Breton dans un entretien avec Euractiv jeudi (15 janvier).

Les leaders européens ont demandé à la Commission européenne d’examiner les dépendances stratégiques de l’industrie européenne dans le but de diversifier les partenaires commerciaux et d’investir davantage dans les produits stratégiques, les services et les infrastructures.

« Nous élaborons un ensemble d’indicateurs clés de performances pour continuer à analyser notre progrès collectif visant à faire de nos ambitions une réalité », a ajouté M. Breton.

Malgré les stratégies industrielles variées proposées par la Commission européenne au fil des années, l’UE n’est pas parvenue à transformer son secteur manufacturier ou à augmenter sa part dans l’économie européenne.

À l’inverse d’une approche sectorielle, la Commission a mis en exergue 14 écosystèmes en mars dernier, comme le tourisme, le commerce et l’agroalimentaire afin de mieux décrypter le dynamisme de la filière industrielle en Europe et les liens entre les différentes parties prenantes, y compris les fournisseurs ou les startups.

Dans le cadre de la mise à jour de sa stratégie, la Commission travaille sur trois fronts : la matrice des écosystèmes, les analyses de rentabilité (études de cas) et les KPIs.

La configuration (ou matrice) des écosystèmes fournira un diagnostic complet de l’ensemble de la chaîne de valeur et d’approvisionnement afin d’identifier les besoins.

"Il y a des différences d’approche quasi systématiques entre la France et l’Allemagne"

Alors que la présidence allemande du Conseil de l’UE prendra fin le 31 décembre, l’ambassadrice de la France en Allemagne, Anne-Marie Descôtes, est revenue sur ces six derniers mois lors d’une audition au Sénat jeudi (17 décembre).

Les répercussions de la pandémie du SARS-CoV-2 constituent « une façon pour l’Europe de réinventer », a fait savoir Kerstin Jorna, directrice générale de la DG pour le Marché intérieur, l’industrie, l’entrepreneuriat et les PME au sein de la Commission européenne.

Dès que les besoins seront clairement identifiés, l’UE utilisera ses différents instruments afin d’« aider les écosystèmes dans leur reprise, d’œuvrer à leur transition écologique et numérique, et de les rendre plus résilients », a ajouté Mme Jorna. « Il est essentiel pour les transitions numérique et écologique de montrer qu’il existe des études de cas et d’utiliser la matrice par la suite pour comprendre comment nous pouvons accompagner ces démarches avec nos instruments ».

Mais, à la vue des résultats navrants des précédentes stratégies, la Commission souhaite évaluer les progrès réels effectués.

À cette fin, Bruxelles mettra en place une série de KPIs semblables à ceux utilisés dans le secteur privé. Toutefois, l’exécutif entend non seulement analyser les intrants, mais également les extrants.

Le Portugal, à la tête de la présidence tournante de l’UE, a reconnu que l’élaboration de KPIs représentera un « défi », a indiqué Rui Durao, représentant de haut rang au sein du ministère portugais de l’Économie. Selon lui, l’évaluation envisagée ne doit pas laisser place à un exercice de dénonciation, de même que les indicateurs devraient être fondés sur des données fiables.

En octobre dernier, dans un rapport signé Carlo Calenda (S&D, Italie), le Parlement européen a appelé la Commission européenne à mettre sur pied « un mécanisme de KPI solide ayant pour objectif d’analyser les répercussions ex ante de la législation européenne, d’étudier les instruments et investissements potentiels nécessaires et d’examiner les progrès en prenant en compte les PME ».

Le Parlement a fait savoir que le système KPI devait être fondé sur « des objectifs particuliers, analysables, atteignables, pertinents et tournés vers l’avenir ».

La Table ronde des industriels européens a également proposé en novembre dernier un tableau de bord pour les KPIs afin d’évaluer leur mise en application et leurs résultats.

Aux yeux du groupe, le tableau devrait être fixé sur 5 indicateurs (la valeur ajoutée brute, l’emploi, les salaires, les investissements fixes et les exportations), 28 KPIs particuliers et des objectifs à l’horizon 2030 répartis à travers 4 catégories (le rendement, les démarches internes, l’orientation future et les relations générales).

Les syndicats se sont prononcés en faveur de l’analyse sectorielle minutieuse menée par l’exécutif européen afin de créer une matrice d’écosystèmes complexe ; sans quoi il y aurait un risque que la fragmentation du paysage industriel persiste, voire s’étende, à la suite des retombées du nouveau coronavirus, et ce en raison des plans de relance nationaux, a averti Judith Kirton-Darling, secrétaire générale adjointe d’IndustryAll.

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