Grèce et Roumanie veulent des bons d’achat pour lutter contre la pauvreté

La municipalité d'Athènes plaide pour plus de dignité. [linmtheu/Flickr]

Plusieurs États membres souhaitent autoriser la distribution de bons d’achat aux plus pauvres. Une aide moins chère et plus digne que les distributions de nourriture et de vêtements, estiment-ils.

Le FEAD, le Fonds européen d’aide aux plus démunis, aide les États membres à fournir une assistance matérielle aux personnes dans le besoin. La Commission européenne assure que les capitales sont libres de choisir le type d’aide qu’ils prodiguent, en fonction de leur propre situation et des conditions d’obtention et de distribution des aides. Dans les faits, la situation est un peu plus complexe.

Depuis 2014, plusieurs États membres, dont la Grèce et la Roumanie, ont demandé à l’exécutif de pouvoir distribuer des bons d’achat. La Commission a répondu par la négative, estimant que ces bons reviennent à des « moyens financiers », alors que le FEAD n’est censé distribuer que des aides en nature.

« Les bons ne peuvent être considérés, ni en substance ni en termes fiscaux, comme de l’aide non financière », précise l’exécutif dans sa réponse, obtenue par Euractiv.

Les autorités nationales doivent donc continuer à acheter les denrées et biens elles-mêmes, et à les distribuer à leurs partenaires, ou à financer directement des organisations ad hoc pour qu’elles accomplissent elles-mêmes les achats.

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Une question de dignité

Les autorités nationales en question assurent pourtant que l’utilisation des bons est la manière la plus efficace de faire parvenir l’aide aux plus démunis, pour des raisons diverses, allant du poids financier du système à la sécurité alimentaire, en passant par la dignité des bénéficiaires.

À Athènes, près de 20 000 personnes, soit environ 10 000 familles, sont enregistrées comme bénéficiaires de programmes d’aide. Des distributions ont lieu tous les mois dans 15 lieux de la capitale grecque.

« Nous demandons surtout à ne plus être obligés d’acheter les provisions, de les diviser en sachet et d’inviter les bénéficiaires à venir les chercher », explique Maria Stratigaki, vice-maire et chargée de la solidarité sociale, de la protection sociale et de la citoyenneté à Athènes.

« Nous voulons être en mesure d’utiliser cet argent pour distribuer des bons d’achat, avec les restrictions qui s’imposent (pas d’achat d’alcool, etc.). De cette manière, les bénéficiaires pourraient dépenser l’aide comme ils le veulent dans les magasins de leur quartier », ajoute-t-elle.

Une solution plus facile à gérer et plus saine, puisque les procédures d’achat et de réemballage des dons des programmes du FEAD prennent beaucoup de temps, regrette l’élue.  « Et n’oublions pas qu’il s’agit aussi d’une question de dignité pour les bénéficiaires. »

Dans une lettre envoyée à la Commission, la municipalité d’Athènes insiste sur les coûts opérationnels et la logistique compliquée qui ont forcé la ville à se limiter à des denrées déjà emballées, alors que le but du FEAD est de fournir des produits frais aux plus pauvres.

En outre, l’utilisation de bons d’achat permettrait aux bénéficiaires de faire fonctionner les supermarchés locaux, une mesure positive pour l’économie et l’emploi dans la capitale.

L’exécutif inébranlable

L’an dernier, la Commission a lancé une évaluation à mi-parcours du FEAD, ainsi qu’une consultation publique qui s’est clôturée au début du mois de mai 2017.

Selon un porte-parole, le cadre législatif actuel du FEAD rend l’utilisation de bons d’achat impossible. « Cette option a été discutée pendant les négociations sur le projet de réglementation du FEAD, mais n’a pas eu le soutien d’assez d’États membres », assure-t-il.

« Les résultats de la consultation publique sont en cours d’analyse et seront publiés plus tard », conclut-il.

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