La commissaire portugaise défend le plan de relance européen

Elisa Ferreira, la commissaire européenne à la cohésion et aux réformes. [Union européenne]

La pandémie a provoqué la pire crise économique de l’histoire de l’UE. Le plan de relance est sans précédent assure la commissaire européenne à la cohésion et aux réformes, Elisa Ferreira.

« Vous ne pouvez enrayer une crise de cette ampleur avec un budget équivalent à 1 % du [revenu national brut] », a affirmé la commissaire d’origine portugaise à Euractiv lors d’une interview. « Il n’y a pas un pays dans le monde dont le budget national représente 1 % de la richesse totale ».

Elisa Ferreira estime que la proposition de budget à 1100 milliards d’euros sur sept ans et l’instrument de relance à 750 milliards d’euros « correspondent à la gravité de la crise », non seulement du point de vue de la taille, mais aussi en raison d’autres facteurs : les emprunts sur les marchés en utilisant le budget comme garantie, le calcul de la dette en euros et non en dollars, l’appel au renforcement des ressources propres, la part importante de subventions et la variété des instruments.

Les pays et régions de l’UE n’ont pas été touchés de manière homogène par la crise, parce qu’ils se situaient à des niveaux différents de compétitivité avant la pandémie, explique-t-elle.

La politique de développement régional est par conséquent devenue un point central du plan de reprise. « Depuis le début, la politique de cohésion a été mise en place pour que les économies les plus faibles puissent rattraper les autres et jouer au jeu », ajoute-t-elle.

Sauver le marché unique

L’une des premières décisions prises par la Commission consistait à assouplir les règles en matière d’aides d’État — une initiative qu’Elisa Ferreira a défendue. Elle admet cependant que cette mesure a conduit à de nouvelles inégalités sur le plan des investissements publics, ce qui rend l’instrument de relance d’autant plus pertinent.

« Vous ne pouvez parler d’un marché unique si certaines entreprises sont soutenues, alors que celles situées dans des États membres qui ne peuvent leur venir en aide [ne le sont pas] », plaide-t-elle en référence au plan de relance de la Commission.

Et d’ajouter que l’euro « ne peut fonctionner si certains États membres ne font qu’accumuler du déficit, et les autres un excédent ». Cette affirmation vient à nouveau soutenir la décision de l’exécutif européen d’instaurer un système basé sur les prêts et les subventions, plutôt que les prêts uniquement, comme le voulaient les « quatre radins ».

Si des acteurs majeurs du marché unique et de l’économie européenne, comme l’Italie ou l’Espagne, entrent en récession, « cette récession n’est pas qu’espagnole ou italienne, [mais] européenne », met en garde la fonctionnaire.

« Il est essentiel de relancer l’économie, non seulement pour les pays qui sont considérablement plus touchés, mais aussi pour les États membres dont le marché dépasse largement les frontières [nationales] ».

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Comment l’argent sera-t-il réparti ?

À son plan de relance, la Commission a ajouté un nouvel outil, « REACT-EU », qui vise à atténuer les conséquences de la crise en acheminant des fonds au travers de politiques régionales. Certains États membres questionnent les critères de sélection de ce mécanisme, qui pourraient selon eux être utilisés pour résoudre des problèmes structurels déjà présents avant la pandémie.

Le budget du programme REACT-EU s’élève à 55 milliards d’euros, mais l’exécutif européen n’a pas encore annoncé comment cette somme serait répartie entre les États membres.

La Commission examinera l’évolution du PIB, du taux de chômage et de la prospérité relative de chaque État membre avant et après la crise. Les chiffres exacts ne seront disponibles que plus tard dans l’année.

« Nous ne nous appuyons pas sur des estimations, car il est très difficile d’en faire en période de crise », explique Elisa Ferreira. Malgré cela, la Commission propose de réviser le budget à mi-parcours, afin de réajuster l’allocation des fonds en fonction de l’impact à long terme de la pandémie.

Dans tous les cas, les fonctionnaires de l’UE s’inquiètent moins de la quantité d’argent qui sera mise à disposition dans le cadre du plan de relance que de la manière dont cette somme sera répartie.

Une relance verte

La présidente de la Commission, Ursula Von der Leyen, s’est engagée à redémarrer l’économie européenne sans pour autant en oublier les objectifs d’avant-crise – à savoir, le passage au numérique, la transition écologique et la résilience économique.

« Nous ne pouvons baser la relance sur des formules qui n’ont pas fonctionné par le passé. [Cela inclut notamment la négligence, pendant] trop longtemps, de l’impact de notre économie sur l’environnement », déclare Elisa Ferreira.

Certains craignent que la flexibilité accrue de la politique de cohésion ne pousse les États membres à s’éloigner des objectifs verts, en utilisant la crise comme prétexte.

« Ce qui a été publié, parce que nous sommes dans l’urgence, [quantifie] ce qui doit être réalisé dans chaque programme », indique la commissaire. « Cela ne signifie pas que nous renonçons au principe de précaution ou à l’objectif vert », précise-t-elle.

« Nous ne pouvons [nous permettre de] commettre des erreurs pour ensuite créer un autre fonds destiné à réparer les erreurs de la première initiative », explique-t-elle.

Le Fonds pour une transition juste est passé de 7,5 à 40 milliards d’euros, mais certains pays craignent qu’en élargissant le champ d’application, l’instrument ne perde son sens.

« Nous voulons nous assurer que la politique ciblée reste la même », soutient la Portugaise. « L’ADN [du fonds] ne doit pas changer ». Elle explique que la Commission mène un dialogue permanent avec les États membres pour identifier les besoins et s’assurer que l’argent est versé aux régions qui ont le plus besoin d’aide pour se décarboner.

Vendredi 19 juin, les pays de l’UE discuteront pour la première fois de la série de mesures de relance de l’exécutif — ce qui nécessitera sûrement plus d’une réunion. Elisa Ferreira appelle les dirigeants européens à accélérer les pourparlers, « afin que les entreprises, les PME, les travailleurs, les municipalités et les régions commencent à ressentir réellement la présence de l’Europe ».

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