Big Four : les dépenses de la Commission ont augmenté en 2020

Mardi (29 juin), la Commission européenne a mis à jour son système de transparence financière (STF) dans le but d’y inclure les chiffres de l’année 2020. [EPA-EFE/FRANCISCO SECO]

D’après les estimations d’EURACTIV, les contrats de la Commission européenne noués avec les Big Four ont continué d’augmenter l’année dernière, dépassant 156 millions d’euros. Ce phénomène s’explique en partie par le programme d’appui aux réformes. Coup de projecteur.

Mardi (29 juin), la Commission européenne a mis à jour son système de transparence financière (STF) dans le but d’y inclure les chiffres de l’année 2020.

Il apparaît que les répercussions de la pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale n’ont pas restreint les dépenses de la Commission européenne consacrées à des tiers. Bien au contraire.

En effet, les contrats signés par l’exécutif avec les Big Four (PwC, Deloitte, EY et KPMG) l’année dernière atteignaient 156 millions d’euros au moins, dont 101 millions d’euros avaient été dépensés en décembre 2020.

La Cour des comptes européenne examine les contrats passés par la Commission avec des consultants

Entre 2016 et 2019 seulement, la Commission a dépensé plus de 462 millions d’euros dans des contrats avec les auditeurs PwC, EY, KPMG et Deloitte, connus sous le nom de Big Four dans le secteur du conseil, selon des estimations publiées par EURACTIV jeudi.

En 2019, le montant s’élevait à 125 millions d’euros, dont 102 millions d’euros avaient été versés la même année.

D’après la Commission, ces différences dans les chiffres s’expliquent par le délai entre la signature des contrats et le versement des payements. D’ailleurs certains des contrats conclus s’étendent sur plusieurs années.

Interrogé par EURACTIV, Deloitte n’a pas souhaité s’exprimer à ce propos.

Les dépenses de la Commission consacrées à des contractants externes, en particulier les Big Four, se sont accrues depuis le lancement du programme d’appui à la réforme structurelle (PARS) en 2017.

Pour rappel, il s’agit d’un programme visant à fournir – sous l’égide du service d’appui à la réforme structurelle – un soutien technique en matière de réforme structurelle à l’ensemble des États membres qui le sollicitent.

Depuis la mise en activité du PARS, les Big Four n’ont cessé d’augmenter leur part du gâteau, attirant plus d’un tiers du fonds alloué à l’instrument l’année dernière. En 2020, leurs projets englobaient 28 millions d’euros d’un total de 75 millions d’euros dépensés par la direction générale de l’appui à la réforme structurelle (DG « Appui à la réforme structurelle »). En 2019, les versements avoisinaient 24 millions d’euros pour un total de 79 millions d’euros.

Dans ce contexte, les factures de consultance du Berlaymont devraient continuer d’augmenter au fil des prochaines années. L’instrument d’appui technique, le successeur au programme d’appui à la réforme structurelle, percevra un total de 864 millions d’euros pour la période 2021-2027, soit environ 115 millions d’euros par an.

Bruxelles a déclaré que plus de 60 % du soutien demandé par les États membres en 2021 concernaient des réformes incluses dans les plans relances nationaux afin de bénéficier des fonds au titre du plan de relance pour l’Europe.

Les chiffres mis à jour pour l’année dernière correspondent à la première année complète d’Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne. Avant sa nomination, Mme von der Leyen occupait le poste de ministre de la Défense en Allemagne. À l’époque, le Bundestag avait d’ailleurs lancé une enquête sur les contrats lucratifs qu’elle avait conclus au cours de son mandat ministériel.

Néanmoins, les dépenses considérables de la Commission consacrées à des sociétés de conseil ont commencé avant qu’elle n’en reprenne le flambeau.

Exclusif : la facture faramineuse de la Commission européenne avec les Big Four

La Commission européenne a dépensé plus de 462 millions d’euros entre 2016 et 2019 dans des contrats avec PWC, KPMG, Deloitte et EY, connus collectivement sous le nom des Big Four, selon des estimations réalisées par Euractiv sur la base de documents officiels.

En mars 2021, EURACTIV révélait que l’exécutif avait noué des contrats avec PwC, Deloitte, EY et KMPG pour un montant de 462 millions d’euros, et ce, entre 2016 et 2019 seulement.

À la suite de ces révélations, un groupe de 73 députés européens avaient envoyé une lettre à Mme von der Leyen et Valdis Dombrovskis, exprimant leurs inquiétudes.

Dans la missive, les législateurs remettaient en cause l’implication de boîtes de conseil dans le PARS, notamment les domaines sensibles couverts par les projets financés, comme le marché du travail et le système judiciaire.

Les eurodéputés questionnent la Commission européenne sur ses liens avec les sociétés de conseil

Un groupe de 73 députés européens a envoyé une lettre à la Commission européenne soulevant des inquiétudes sur les dépenses faramineuses du bloc dans des contrats avec des sociétés de conseil et la participation de celles-ci dans les processus décisionnels.

Dans sa réponse envoyée le 11 juin, M. Dombrovskis a défendu le rôle joué par les consultants dans le programme de réforme.

Selon lui, les contractants externes « ont pour but d’offrir la solution la plus avantageuse et adaptée à l’État membre bénéficiaire ».

Il a souligné que les contrats étaient attribués par marchés publics et que les contractants n’étaient pas impliqués dans les processus décisionnels sur le plan politique, mais qu’ils fournissaient plutôt « des services de conseil fondés sur leur expertise ».

« Le recours au savoir-faire externe est une option judicieuse pour les missions temporaires ou nécessitant des compétences qui évoluent rapidement, comme le développement de l’informatique », a-t-il ajouté.

Dans des annexes à la lettre, la Commission argue qu’elle a dépensé 542 millions d’euros dans des contrats d’étude conclus avec des sociétés extérieures entre 2016 et 2021, notamment des agences exécutives.

Sociétés de conseil : le Parlement analysera la facture salée de la Commission

Le Parlement européen examinera les dépenses faramineuses de la Commission européenne dans des contrats avec des sociétés de conseil et proposera une approche différente afin de limiter leur influence dans les réformes structurelles, a révélé la commission CONT.

Philippe Lamberts, co-président du groupe de Verts/ALE au Parlement européen, a déclaré à EURACTIV qu’il n’était pas satisfait de la réponse de l’exécutif.

« J’émets des doutes quant à l’argument d’efficacité soulevé par la Commission », a-t-il indiqué, ajoutant que « nous ne parlons pas ici de services de restauration, mais bien du business central de l’exécutif ».

M. Lamberts a souligné que le problème ne relevait pas du fait de savoir si les contrats signés avec les contractants externes étaient légaux ou pas. Il en va ici de la « légitimité démocratique » à « vendre » des fonctions publiques à des sociétés privées.

En outre, le député vert a mis en garde contre le risque de conflits d’intérêts, comme le Médiateur européen l’a signalé lorsque la Commission européenne a attribué un contrat à BlackRock.

En avril 2020, BlackRock avait été mandaté par la Commission européenne pour rédiger un rapport sur la manière dont la supervision bancaire de l’UE pourrait prendre en compte le climat. Cette annonce en avait fait sourciller plus d’un, compte tenu des investissements de BlackRock dans le secteur des énergies fossiles.

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