Des vents contraires soufflent sur l’Eurogroupe sur la dette grecque

Le FMI, dirigé par Christine Lagarde, pousse pour un allègement de la dette grecque. [EU Council Eurozone/Flickr]

La réunion de l’Eurogroupe du 15 juin augurent des discussions tendues sur la dette grecque. Berlin, hostile à tout allègement, semble camper sur ses positions.

La Commission européenne est optimiste quant à l’obtention d’un accord général avec la Grèce lors du sommet de l’Eurogroupe du 15 juin. Athènes a cependant déclaré qu’il n’y avait actuellement pas d’accord en vue, principalement à cause de l’opposition de l’Allemagne, la première économie de la zone euro.

Le Fonds monétaire international (FMI) estime que la dette grecque est insolvable, et appelle donc depuis des années à un allégement du fardeau. Berlin s’y oppose avec vigueur et voudrait que le FMI participe au renflouement du pays.

Le FMI conditionne son aide à la Grèce à un allègement de la dette

Le FMI a jeté jeudi une nouvelle ombre sur le plan d’aide à la Grèce en affirmant que sa participation était en suspens et le resterait sans engagement « concret » des Européens à alléger la dette d’Athènes.

Pour le gouvernement allemand, le timing de ces négociations est compliqué. Des élections ont en effet lieu au mois de septembre, et la coalition menée par Angela Merkel ne veut pas avoir l’air de faire preuve d’indulgence sur la dette grecque avant que les électeurs se rendent aux urnes.

Dans une interview publiée le 14 juin, Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et financières, a toutefois déclaré attendre une issue positive. Selon lui, la Grèce et ses créanciers trouveront un compromis et une « solution juste » sera instaurée en ce qui concerne l’allégement de la dette.

« Personne ne veut plus une réduction de la dette. Il s’agit de trouver des solutions d’allégement, en allongeant les délais de remboursement, par exemple », a-t-il indiqué.

Selon les informations obtenues par Euractiv, l’exécutif européen travaille sur un accord général incluant des mesures d’allègement de la dette à moyen terme, comme le demande Athènes. Son principal objectif est de créer un consensus parmi les ministres des Finances de la zone euro. Au final, tout dépendra de la position du FMI et de l’Allemagne.

Le FMI donne plus de temps aux créanciers de la Grèce pour accepter l’allègement de la dette

La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, propose plus de temps aux créanciers de la Grèce pour qu’ils acceptent l’allègement de la dette, qu’elle exige pour apporter sa contribution au sauvetage financier. Un article d’Euroefe.

Athènes n’a encore rien vu de convainquant

« Nous sommes loin de trouver une solution pour l’Eurogroupe, étant donné que l’Allemagne n’avance pas », a dévoilé un fonctionnaire grec proche des discussions à l’agence de presse athénienne, la veille de la rencontre.

Si Berlin refuse de s’approcher de la proposition d’accord, cela mettrait la chancelière, Angela Merkel, dans une position difficile lors du sommet européen du 22 juin, avertit le fonctionnaire.

À Athènes, la rumeur court que le Premier ministre grec a déjà convenu avec Donald Tusk, le président du Conseil européen, de convoquer officiellement une rencontre des pays de la zone euro en marge du sommet général en cas d’absence de compromis après la réunion de l’Eurogroupe.

Une source au sein du gouvernement grec s’est félicitée de l’optimisme affiché par la Commission, mais a souligné qu’Athènes n’avait encore rien vu de concret. Cette même source assure qu’il serait cependant « trop risqué » d’attendre l’issue des élections allemandes avant de mener ces négociations, en raison de la perte de temps que cela implique et qui nuirait à la tendance à la croissance de l’économie hellène.

« Nous rencontrons sans arrêt des investisseurs potentiels, mais les investissements ne peuvent voir le jour sans un accord qui garantisse la stabilité et une série de certitudes à l’économie grecque », insiste-t-il.

Schäuble et Gabriel s’opposent sur l’UE et la Grèce

Wolfgang Schäuble a déploré que Sigmar Gabriel estime que l’Allemagne devait accroître sa contribution financière à l’Union européenne en général et à la Grèce en particulier.

Une proposition française qui fâche Berlin

« Je voulais souligner que nous faisons de notre mieux, avec des autres États membres de la zone euro, avec le FMI et avec le gouvernement grec, et je suis optimiste, je pense que nous ne sommes pas loin d’un accord », a déclaré le ministre français aux Finances, Bruno Le Maire, lors d’une visite à Athènes cette semaine.

Paris a proposé un mécanisme de flexibilité qui réduirait les remboursements grecs en fonction de la croissance économique. « C’est un mécanisme qui nous permettrait de revoir certains paramètres, en fonction de la croissance », a-t-il expliqué.

Le gouvernement de gauche d’Athènes a accueilli positivement cette proposition, mais Berlin est bien moins conciliante. Selon des sources proches du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, citées par le Deutsche Welle, celui-ci aurait déclaré que l’« obsession » grecque pour la proposition française était « une perte de temps ».

Pour Berlin, l’intervention de Bruno Le Maire constitue une initiative politique « hors du contexte de l’accord de l’Eurogroupe de 2016 », qui ne prévoit des discussions sur la dette qu’en 2018, si nécessaire.

L’Allemagne estime qu’établir un lien entre dette et croissance reviendrait au final à réduire la dette, ce que le gouvernement allemand refuse catégoriquement, du moins avant la fin du programme de renflouement actuel, qui se termine en 2018.

Le temps des décisions pour Tsipras

Dans un entretien avec Le Monde et Die Welt, Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, a fait remarquer que si pour les Français, les Allemands et les Italiens, un accord sur la dette ferait la une des journaux pendant une journée, il s’agissait d’une question absolument vitale pour la Grèce.

« Pour mes concitoyens, il s’agit d’une agonie de tous les jours, alors même qu’ils essaient de changer leur pays et de créer des entreprises qui restaureront emplois et croissance », a-t-il déclaré.

Le principal parti grec d’opposition, Nouvelle Démocratie, affilié au PPE, estime qu’Alexis Tsipras s’est piégé tout seul en acceptant un accord sur la dette et qu’il n’avait fait qu’imposer davantage d’austérité. Ce à quoi le gouvernement rétorque que jusqu’il y a peu Nouvelle Démocratie assurait que la dette était remboursable et que le pays n’avait pas besoin de mesures d’allégement.

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Le  gouvernement grec a drastiquement réduit ses prévisions de croissance pour 2017, dans la foulée des nouvelles mesures d’austérité imposées par ses créanciers.

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