Contre la désinformation, l’UE soutient Twitter face à Trump

Věra Jourová (à d.), la vice-présidente de la Commission chargée des valeurs et de la transparence, aux côtés du diplomate en chef de l'UE, Josep Borrell (à g.) lors d'une conférence de presse le 10 juin. [EPA-EFE/FRANCISCO SECO / POOL]

L’Union européenne appelle les géants du Net à en faire davantage pour lutter contre l’« énorme vague de désinformation » suscitée par la pandémie de coronavirus.

L’UE va demander à ces plateformes (Facebook, Twitter, Google…) de publier un rapport mensuel sur les actions mises en œuvre pour lutter contre la désinformation liée au Covid-19, a annoncé la vice-présidente de la Commission chargée des valeurs et de la transparence, Věra Jourová, lors d’une conférence de presse aux côtés du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

« Confiance »

Věra Jourová a « salué » les mesures déjà prises par les géants de l’internet, mais estimé qu’ils « devaient en faire plus », en présentant un plan pour lutter contre la désinformation.

Les rapports des plateformes devront porter sur la nature de la désinformation, la dimension du réseau impliqué, son origine géopolitique et l’audience ciblée, a-t-elle précisé. La démarche repose sur la bonne volonté des plateformes, mais il est selon elle dans leur intérêt de susciter la « confiance des utilisateurs ».

La pandémie a déjà conduit l’UE à demander aux plateformes de mettre en avant les informations des autorités de santé comme l’OMS, et de retirer les publicités pour de faux médicaments notamment.

Google a bloqué ou retiré plus de 80 millions de publicités liées au coronavirus, a rappelé Věra Jourová, qui s’était aussi félicitée en avril des initiatives annoncées par Facebook et Twitter pour tenter de freiner la contagion d’infox.

En 2018, ces géants du Net se sont engagés, dans le cadre d’un « code de bonnes pratiques » lancé par l’exécutif européen, à agir contre la diffusion de fausses informations. Un code que doit rejoindre prochainement le réseau social TikTok, dont la popularité a explosé avec le confinement, a annoncé Věra Jourová.

Le dirigeant de Google Europe, Matt Brittin, a réaffirmé l’attachement du géant américain à ce code et à « travailler ensemble pour trouver de nouveaux moyens créatifs pour continuer la lutte contre la désinformation ».

L’UE pointe du doigt les fake news chinoises et russes sur la pandémie

La Russie et la Chine diffusent de nombreuses rumeurs, fausses informations et se livrent à des manipulations de l’actualité depuis le début de la pandémie, selon un rapport de la task force de l’Union sur la communication stratégique.

« Pluralisme »

La commissaire tchèque a salué l’attitude de Twitter, en conflit ouvert avec le président américain, grand utilisateur du réseau social.

Twitter a mis des avertissements « vérifiez les faits » sur plusieurs messages de Donald Trump et masqué un autre sur les affrontements de Minneapolis pour signaler une « apologie de la violence ». Une attitude distincte de celle de Facebook qui a décidé de ne pas signaler ou censurer de quelque manière que ce soit les messages du président américain.

« Je soutiens la réaction de Twitter aux tweets du président Trump », a déclaré Věra Jourová, soulignant que les messages en question n’avaient pas été supprimés. Le réseau social a « fourni une information vérifiée ». « C’est ce que j’appelle le pluralisme », a-t-elle dit.

« Nous, les personnalités politiques, devrions tout particulièrement accepter cette confrontation ».

Les mesures présentées mercredi s’inscrivent dans la perspective du « Plan d’action pour la démocratie européenne » et de la législation sur les services numériques, destinés à mieux réguler les géants de la technologie, qui doivent être présentés à la fin de l’année par l’exécutif européen.

Dans son rapport, l’UE accuse notamment la Russie et la Chine d’avoir à l’occasion de la pandémie, mené des campagnes de désinformation dans l’UE et le monde entier. « La pandémie nous a montré que la désinformation ne fait pas seulement du mal à nos démocraties, cela nuit aussi à la santé de nos citoyens », a commenté Věra Jourová.

« Nous n’avons pas le pouvoir de la stopper, nous avons celui de donner aux citoyens une alternative, une vérification, pour comparer ce qui est dit avec la réalité », a déclaré Josep Borrell.

Dans la lutte contre la désinformation, la Commission entend promouvoir les activités de recherche et de « fact-checking » (vérification des faits), notamment à travers le nouvel Observatoire européen des médias numériques.

Cet observatoire, opérationnel depuis le début du mois, est dirigé par l’Institut européen universitaire de Florence (Italie) et regroupe le Centre de technologie d’Athènes, l’université d’Aarhus (Danemark) et l’organisation de fact-checking italienne Pagella Politica.

La Commission va lancer dans le mois « un appel d’offres de 9 millions d’euros pour des centres de recherche dans différents États membres », afin de susciter une « émulation dans la liberté de parole », a déclaré Věra Jourová.

Un observatoire pour traquer les fake news démarre à Florence

L’Observatoire européen des médias numériques, qui vise à analyser la désinformation, a été lancé le 1er juin à Florence. Financé par l’Union européenne, il réunit notamment des chercheurs et des experts en éducation aux médias. Un article d’Euractiv Italie.

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