Démission du gouvernement français sur fond de divergences économiques

Explosion nucléaire - Copyright: curraheeshutter/shutterstock

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L’Elysée a demandé à Manuel Valls de former un nouveau gouvernement. Le ministre de l’Economie et le ministre de l’Education nationale avaient fustigé ce week-end la politique d’austérité européenne incarnée par l’Allemagne.

Le président de la République française a demandé au Premier ministre de former un nouveau gouvernement lundi 25 août, alors que la solidarité gouvernementale a été remise en question ce week-end par les critiques de deux ministres d’Etat.

Le Premier ministre, qui avait remplacé Jean-Marc Ayrault le 31 mars, au lendemain de la déroute aux municipales, afin de ramener de l’autorité à Matignon et de la cohésion au sein de l’exécutif, a pris une décision radicale.

Manuel Valls va conserver son poste puisqu’il a été chargé par François Hollande de former une nouvelle équipe. Celle-ci, précise l’Elysée, devra être « en cohérence avec les orientations » définies par le chef de l’Etat.

La formule, pour le moins inhabituelle dans ce type de communication, illustre bien la difficulté que le gouvernement aurait eu à poursuivre sa mission dès lors que le ministre de l’Economie lui-même fustigeait la politique qu’il était chargé de mettre en oeuvre.

Benoît Hamon, ministre de l’Education qui a joint sa voix aux critiques d’Arnaud Montebourg, pourrait également faire les frais de cette remise en ordre de bataille.

Le ministre de l’économie Arnaud Montebourg a sévèrement critiqué les choix de politique économique du gouvernement français durant le week-end.

Le ministre souvent critique à l’égard de l’Europe a estimé dans une interview au Monde samedi que la vision « dogmatique » sur les déficits était contestable,  et qu’il disait « ne pas être loin des frondeurs » de la gauche du PS. Il a aussi appelé à « hausser le ton » face à l’Allemagne qu’il estime « prise au piège de la politique austéritaire qu’elle a imposée à toute l’Europe ».

Interrogé lors d’un voyage au Comores, le président de la République a de son côté profité de l’occasion pour mettre la pression sur ses partenaires européens. 

« Je souhaite que nous puissions convaincre nos partenaires européens de donner priorité à la croissance », a-t-il dit lors d’un point presse. « Tous ceux qui portent cette idée sont les bienvenus et c’est la position de tout le gouvernement. »

La France souhaite soutenir les investissements pour relancer la croissance, et avait proposé en juin dernier un vaste plan d’investissement pour ce faire. La nouvelle Commission devrait adopter un plan d’investissement de 300 milliards sur les trois prochaines années, nettement inférieur aux 1200 milliards envisagés par l’Elysée, mais qui représente déjà «une belle victoire» selon l’Elysée.

>>Lire aussi : La France rêve d’un New Deal géant pour l’Europe

« Nous ne voulons pas que l’UE continue sa descente en enfer »

Interrogé par Europe 1 lundi 5 août, le ministre de l’Économie a réitéré sa charge contre les politiques d’austérité.

« Nous sommes dans une situation extrêmement grave », a-t-il dit. « La marche de la réduction des déficits de façon forcée est en train de couler toutes les économies européennes. Nous ne voulons pas que l’UE continue sa descente en enfer. »

Alors que la France a été contrainte de réviser sa prévision de croissance pour 2014 à 0,5% contre 1% prévu après deux trimestres de stagnation et que les économies allemande et italienne se sont contractées au deuxième trimestre, Arnaud Montebourg a de nouveau appelé à un changement de cap.

« Il y a aujourd’hui un débat mondial, des appels mondiaux à la correction des erreurs de politiques économiques qui sont commises par tous les pays en même temps en Europe », a-t-il dit.

Selon l’entourage du Premier ministre, Manuel Valls, Arnaud Montebourg aurait « franchi la ligne jaune ». La question du maintien du ministre de l’Économie à son poste semble donc se poser. Ses propos reflètent néanmoins un courant important au sein du Parti socialiste, auquel s’est ralliée l’ex-ministre du Logement Cécile Duflot lundi 25 août.

Plusieurs courants de « frondeurs » ont en effet vu le jour au Parti socialiste, qui sont bien représentés au Parlement européen.

>>Lire aussi : Les eurodéputés socialistes français veulent remettre la barre à gauche

 

 

L'aile gauche du Parti socialiste est très critique sur la politique économique du gouvernement français depuis le printemps dernier. Le ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, a de son côté pris l'habitude de régulièrement fustiger les politiques européennes, qu'il s'agisse de la politique de la concurrence ou de politique monétaire. La cohésion gouvernementale est sérieusement remise en question par les divergences fondamentales du Parti socialiste en matière de politique économique.

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