Des entreprises « en grève » pour le climat mais pas dans l’affichage

Environ 1 500 salariés d'Amazon ont prévu de manifester vendredi. [Robert Scoble/Flickr]

« Piquet de grève pour le climat » : le mot d’ordre n’émane pas d’une intersyndicale mais bien d’une entreprise, parmi celles qui affichent leur soutien à la mobilisation de vendredi. Ce positionnement devient inévitable pour toucher des consommateurs souhaitant acheter « responsable »… à condition de le traduire en actes.

Le mouvement n’est pas forcément massif mais global : à travers le monde, de nombreuses entreprises ont communiqué leur volonté de s’associer à la mobilisation pour le climat des 20 et 27 septembre.

L’américain Patagonia, par exemple, a largement rendu publique sa décision de laisser fermés ses 107 magasins ces deux jours, « pour encourager ses employés et clients à participer à la Grève pour le Climat ». SodaStream, entreprise israélienne rachetée en août 2018 par l’américain Pepsico, a aussi décrété « la fermeture de ses activités mondiales de commerce électronique et de son siège social » vendredi.

En Allemagne, 2 400 entreprises se sont rassemblées sous la bannière « Unternehmen for Future », les entrepreneurs pour l’avenir, et un collectif a incité les employés d’entreprises comme Zalando, Delivery Hero ou Flixbus à manifester en costume en guise de « signe distinctif ». Les supermarchés bio Alnatura, très populaires en Allemagne, fonctionneront quant à eux en effectifs réduits.

« Pression » multiple

Les entreprises sont soumises à une « pression » émanant « à la fois du citoyen, qui n’a jamais été aussi préoccupé par les questions environnementales, et à la fois du consommateur », qui « demande aux entreprises de prendre leurs responsabilités dans un écosystème plus large », observe Guénaëlle Gault, directrice générale de l’Observatoire société et consommation (ObSoCo).

Même les employés peuvent réclamer des évolutions à leurs entreprises : environ 1 500 salariés d’Amazon ont prévu de manifester vendredi, expliquant que leur entreprise, récemment stigmatisée par l’ONG Greenpeace pour son bilan d’émissions de gaz à effet de serre, devait « montrer un véritable leadership sur la question du climat ».

Les géants du pétrole dépensent tous azimuts pour et contre le climat

Les cinq géants du pétrole et du gaz ont dépensé plus d’un milliard de dollars pour redorer leur blason vert depuis l’accord de Paris. Mais continuent parallèlement d’investir massivement dans les combustibles fossiles.

En écho, Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon et l’homme le plus riche du monde, a promis jeudi de contribuer à aider à remplir avec 10 ans d’avance les engagements climatiques de l’accord de Paris.

Et Google a annoncé jeudi avoir signé 18 nouveaux accords énergétiques dans l’éolien et le solaire, représentant 1 600 megawatts (MW) en tout, afin de continuer à compenser entièrement sa consommation d’électricité annuelle avec des énergies renouvelables.

Si ces entreprises « ouvrent les vannes, il faudra ensuite prendre de vrais engagements, par exemple rompre des accords commerciaux existants, ce qui devient rapidement plus compliqué », analyse cependant Mme Gault.

Les entreprises fortement émettrices, comme le secteur de l’industrie ou de l’énergie, se font d’ailleurs plutôt discrètes concernant la grève de vendredi, même si le constructeur de véhicules Scania par exemple a indiqué qu’il comptait « formaliser un temps pour sensibiliser » ses salariés concernant le changement climatique.

« Il y aurait une forme de schizophrénie à aller manifester sans soutenir le mouvement » dans les actes, ce qui peut être compliqué pour des entreprises dont « l’empreinte environnementale peut être difficilement compressible », juge le spécialiste en communication Jean-Christophe Alquier.

En outre, « il y a un risque parce que la demande de changement est très forte, dans un contexte de grosse défiance à l’égard de ces acteurs », complète Guénaëlle Gault. « Les entreprises ne peuvent pas se contenter de +greenwashing+ ».

Climat ou business, un choix qui rend les entreprises schizophrènes

Les structures de lobbying groupées, comme le Medef européen, tentent de faire ralentir l’UE sur les questions climatiques. Une situation qui devrait faire réfléchir leurs membres, estime un rapport universitaire.

 « Aux entreprises d’agir »

Les organisateurs du mouvement se méfient d’ailleurs d’entreprises en quête de simples opportunités marketing. « Pour tout changer, nous avons besoin de tout le monde », commente Clémence Dubois, de l’ONG 350.org. « Mais bien sûr, les actions disent plus que les mots. Demain il s’agira pour les travailleurs de se mobiliser, ce sera ensuite aux entreprises majeures d’agir, en redirigeant la finance et en changeant leurs pratiques ».

« Notre principe de départ est de dire que ça va dans le bon sens », abonde Paul Mougeolle, de l’association « Notre affaire à tous ». Mais en restant attentif à la « mise en œuvre » : « on étudie actuellement l’impact climatique des entreprises du CAC 40, on sait très bien quelles mesures elles ont prises jusqu’ici ».

Reste que l’expérimenté communicant Jean-Christophe Alquier voit dans cette mobilisation « très jeune et sympathique, populaire, dont l’écho et la médiatisation sont mondiaux », « une formidable plateforme marketing pour les entreprises souhaitant montrer qu’elles ont intégré cette notion environnementale.

« Même avec un fondateur sincère, une entreprise dont la vocation est proche des sujets environnementaux, il ne faut pas oublier qu’on parle là de business », conclut-il. Tout en soulignant le caractère vertueux de ce cercle où sont valorisés les comportements favorables à l’environnement, et où « tout le monde est gagnant ».

Sept portraits d’une jeunesse mondiale en grève pour la planète

Ce vendredi 15 mars, des centaines de milliers de jeunes suivent le mouvement de « grève scolaire », lancée par la Suédoise Greta Thunberg. Plus de 1 700 villes dans 112 pays sont mobilisées. Qui sont-ils ? Ouest-France a fait une sélection d’activistes du climat.

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