La « Base », lieu d’action éphémère pour la justice climatique et sociale

20190215-Chris-Charousset-50 [@Chris Charousset]

Dix associations de défense de l’environnement tablent sur l’émergence citoyenne actuelle pour unir leurs forces dans une « Base » parisienne de 700 mètres carrés dédiée à la justice climatique et sociale.

Une « Base » dédiée à la justice climatique et sociale. C’est le pari fait par dix ONG* qui ont décidé d’installer leur « base d’action sociale et écologique » à Paris pour faire émerger des actions face à l’urgence climatique.

Présentée à la presse le jeudi 7 mars, la Base dispose de 13 mois d’occupation avant le début d’un projet immobilier. Un délai que Lucas Francou Damesin, le coordinateur des lieux qualifie de « contrainte créative ». « L’éphémère donne un caractère d’urgence qui correspond très bien à notre mobilisation. »

En effet, le contexte ne pouvait pas être plus opportun : démission fin août de Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique découragé notamment par la puissance du lobbying et l’inaction politique, été caniculaire, mouvement des gilets jaunes, grève des lycéens pour le climat, la mobilisation citoyenne prend de l’ampleur.

« Ça fait des années qu’on se mobilise pour faire monter le mouvement, c’est un message qui existait déjà mais qui a enfin été incarné par les gilets jaunes », explique Elodie Nace, de l’ONG Alternatiba. « La Base a pour objectif de montrer que la transition écologique ne va pas sans la justice sociale. C’est la même facette du monde qu’on essaie de construire. »

Fin du monde, fin du mois, même combat

« On paie les pots cassés des politiques, qui ont eu pour stratégie d’opposer les gilets jaunes aux ‘bobos écolos’, or, la fin du monde et la fin du mois sont la monnaie d’une même pièce », insiste Elodie Nace.

L’exécutif français se plait en effet à opposer les gilets jaunes aux différentes organisations de défense de l’environnement, qui souhaitent montrer au contraire, que les populations précaires sont les premières victimes du réchauffement climatique. « C’est pour ces personnes qu’on se bat aussi », affirme-t-elle, en prenant pour exemple un agriculteur qui subit une sécheresse.

Des actions sont d’ailleurs prévues avec les gilets jaunes, notamment un sit-in de plusieurs jours le week-end du 8 mars sur une place parisienne, organisé par Alternatiba et Priscillia Ludosky, une des figures du mouvement des gilets jaunes.

Ensemble, et aux côtés du WWF et du Réseau action climat, ils proposent aussi une « contribution climat jaune et verte », qui consisterait à taxer la pollution, redistribuer les recettes aux populations les plus précaires et enclencher ainsi une véritable transition écologique.

Nouveau rapport de force

De la désobéissance civile d’Alternatiba, qui lors d’actions non violentes, décrochent les portraits d’Emmanuel Macron dans les mairies pour souligner le vide et l’inaction politiques, aux vidéos YouTube de Partager c’est sympa, les moyens d’action des organisations de la Base sont très divers, mais leur objectif et leurs valeurs sont semblables.

« On était éparpillés, on galérait pour trouver des lieux de réunion, puis on a eu l’opportunité de fonder la Base pour créer, inventer, travailler, échanger ensemble. Le rapport de force se durcit face aux gouvernements et multinationales qui restent sourdes aux revendications sociales », assure Elodie Nace.

« Les synergies existaient déjà mais c’est un moyen supplémentaire de mutualiser », soutient Victor Vauquois de Partager c’est sympa, la chaine YouTube qui a produit la vidéo de l’Affaire du siècle, pour l’organisation colocataire Notre affaire à tous.

La justice climatique s'attaque au droit français

Plusieurs ONG envisagent de déposer en 2019 une requête devant le tribunal administratif de Paris. Mais le droit français risque de se montrer plus rigide que le droit anglo-saxon qui a déjà condamné plusieurs Etats sur le sujets.

Victor travaille également en étroite collaboration avec Elliot Lepers du Mouvement, qui a pour vocation de transformer une actualité en mobilisation, de faire pression sur les décideurs et de « gagner des batailles dans la loi et l’opinion ». Le Mouvement a fait notamment réussi à faire fermer le compte du groupe Génération identitaire sur Stripe, grâce à une lettre ouverte interpellant les fondateurs de la plateforme de paiement.

Nouveaux moyens d’actions

Ces organisations sont souvent en contact avec d’autres organisations européennes, voire même mondiales, comme le réseau Open, mais restent frileuses vis-à-vis d’un positionnement pour les élections européennes.

« On est sceptiques sur les campagnes de pression sur les candidats au Parlement européen, puisque les promesses sont rarement tenues », regrette Victor Vauquois.

« On est conscients de la nécessiter de bloquer l’extrême droite en Europe, mais malheureusement l’alternative c’est Macron », constate Elliot, du Mouvement, qui lui envisage de participer à une marche européenne le 19 mai pour une démonstration de forces des progressistes.

Pour eux, l’engagement ne passe donc pas nécessairement pas les structures politiques existantes. « Les Millenials passent 1h30 par jour sur les réseaux sociaux, dont deux tiers de ce temps à regarder des vidéos, on part de ce constat-là pour partager des campagnes qui nous tiennent à cœur », explique Victor, tout en précisant que Partager c’est sympa a par exemple produit une vidéo pour la campagne « Pour une autre PAC » pour une agriculture plus locale.

Des vidéos qui ont permis de recueillir deux millions de signatures pour l’affaire du siècle et qui ont totalisé 10 millions de vues pour la campagne « Il est encore temps », avec 180 000 personnes inscrites sur le site.

Les prochaines dates charnières de la Base sont la grève internationale des jeunes pour le climat le 15 mars et la marche du siècle (en référence à l’affaire du siècle) le 16 mars. « Nous avons tous la volonté de passer un cap », se réjouit-elle.

*Alternatiba, ANV-COP21, Nature Rights, Notre affaire à tous, Partager c’est sympa, le Consulat, le mouvement Utopia, le Mouvement, 350.org, FAIRe un monde équitable.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe