Désormais présidente de l’UE, l’Allemagne entend défendre les intérêts économiques européens

L'Allemagne est déterminée à combattre les pratiques commerciales "déloyales" et le protectionnisme. [EPA-EFE/PHILIPP GUELLAND]

L’Allemagne prend ce mercredi 1er juillet la présidence du Conseil de l’Union européenne pour six mois. L’économie sera au cœur de son mandat, a-t-elle fait savoir. Berlin s’attèlera notamment à combattre les pratiques commerciales « déloyales » et le protectionnisme.

« La politique économique sera au centre » de la présidence allemande, a déclaré Peter Altmaier (CDU), le ministre allemand de l’Économie et de l’Énergie, qui a présenté le volet économique du programme présidentiel ce mercredi 1er juillet à Berlin. Son ministère présidera cinq formations du Conseil de l’UE: celles sur le commerce, l’énergie, le numérique, la cohésion et la concurrence.

Au cours des six prochains mois, le ministre de l’Économie et de l’Énergie entend accompagner la mise en place économique du Green Deal, tout en réduisant la bureaucratie européenne et faire de l’Europe un leader du numérique.

Il a également souligné la volonté de Berlin de renforcer la politique commerciale de l’UE sur la scène internationale. « Une Organisation mondiale du commerce profondément réformée et des accords ambitieux de libre-échange et de protection des investissements » sont nécessaires, a-t-il déclaré. L’Europe doit aussi être en mesure de « se défendre efficacement contre les pratiques commerciales déloyales et le protectionnisme ».

Les relations économiques avec la Chine revêtent une importance particulière dans le programme économique de la présidence allemande. C’est bien la Commission européenne qui sera à la manœuvre durant les négociations, mais Peter Altmaier a annoncé que l’Allemagne « encadrerait » le processus. Il est lui-même en contact avec le ministre chinois de l’Industrie, et la chancelière Angela Merkel est en discussion avec les dirigeants du pays, a-t-il précisé.

Plein feux sur l’hydrogène

Le ministre de l’Économie et de l’Énergie a consacré une grande part de son intervention aux questions climatiques et énergétiques, et notamment à l’hydrogène vert. Il s’agit non seulement de préserver le secteur industriel allemand et européen mais également de le rendre résilient, explique Peter Altmaier, et à cette fin, l’Allemagne mise sur l’hydrogène.

« La Commission européenne a présenté sa stratégie hydrogène, nous avons présenté la nôtre il y a trois semaines. Il s’agit maintenant de voir comment nous pouvons fusionner les deux », a-t-il souligné. La France se tiendra aux côtés de l’Allemagne, car Berlin prévoit de présenter un projet pilote franco-allemand avant la pause estivale, a-t-il également annoncé.

De fait, le gouvernement Merkel entend saisir l’opportunité offerte par la présidence de l’UE. Le statut de président donne à l’État membre qui l’assume certaines prérogatives, dont celle de fixer ses priorités pour poursuivre la création des marchés et des infrastructures nécessaires au développement de l’hydrogène au sein de l’UE. Le programme de la présidence allemande souligne ainsi que l’objectif est de conclure rapidement des partenariats « pour les importations d’énergie verte ».

Le programme défini par Berlin pour la présidence allemande de l’UE constitue une suite logique au plan de relance présenté au début du mois de juin et à la nouvelle stratégie hydrogène dévoilée la semaine suivante. Ainsi, sur les 130 milliards d’euros prévus, le plan de soutien à l’économie présenté par Berlin le 3 juin prévoit près de 30 milliards d’euros pour le secteur énergétique, le climat et la mobilité douce, dont 7 milliards consacrés à l’hydrogène.

Nouvel objectif climat pour 2030 

La présentation de Peter Altmaier s’est également appuyée sur les propos tenus par Angela Merkel le 29 juin, à l’occasion du premier déplacement d’Emmanuel Macron en Allemagne après l’irruption de la pandémie de coronavirus. Elle avait en effet déclaré que l’une des priorités de l’Allemagne serait de parvenir à un consensus entre les 27 États membres sur l’établissement d’un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre plus ambitieux pour 2030.

Pour rappel, l’objectif officiel de l’Union européenne est de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % en 2030 par rapport à 1990. Mais les États membres ont résolu d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, ce qui les contraint à revoir leurs ambitions climatiques à la hausse pour les dix prochaines années. La Commission européenne propose de réduire les émissions de 50 à 55 % et publiera une étude d’impact à ce sujet dans le courant du mois de septembre. Cependant, les négociations se poursuivront également au sein du Conseil de l’UE – présidé par l’Allemagne donc – car le nouvel objectif 2030 sera inscrit dans la « loi climat » que l’exécutif européen a présentée en mars dernier.

« Souveraineté numérique »

Peter Altmaier entend également accroître « la souveraineté numérique » européenne et hisser l’Union européenne au « sommet mondial du numérique ». Son prestigieux projet GAIA X, l’alternative européenne au « cloud » de fournisseurs américains tels que Google ou Amazon, fait également partie de la stratégie pour atteindre cet objectif. Les premiers essais doivent être présentés au cours du second semestre de l’année.

Parallèlement, le ministre a annoncé qu’il s’attaquerait aux lourdeurs bureaucratiques. Il a expliqué que le principe « one in, one out », en vigueur en Allemagne, serait également appliqué à l’UE. Cela signifie qu’un nouveau règlement ne sera instauré que si un ancien règlement est supprimé. Une mesure qui avait de toute façon été prévue par la Commission, car la présidente de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen, l’avait inscrite dans son programme de législature.

(Édité par: Sandra Moro)

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