La Deutsche Bank esquive les questions des eurodéputés sur les crimes financiers

Le responsable de la lutte contre la criminalité financière de la Deutsche Bank a esquivé les questions des députés européens exaspérés lors d’une audition du Parlement européen. Le prêteur allemand serait pourtant impliqué dans une importante affaire de blanchiment d’argent.

« Vous avez fait preuve d’une attitude des plus fermées jamais vues dans cette commission. Et pourtant nous en avons vu des choses, ici », a regretté l’eurodéputé allemand, Sven Giegold (Verts) lors d’une réunion spéciale au Parlement européen sur les crimes financiers.

La commission spéciale a été mise en place pour enquêter sur des affaires de blanchiment d’argent, de crimes financiers et d’évasion fiscale impliquant des acteurs européens, suite au scandale des Panama Papers dans lequel trempait la Deutsche Bank.

L’audition du 4 février concernait toutefois l’implication du préteur allemand dans un mécanisme de blanchiment d’argent mis sur pied par la Danske Bank.

La banque danoise est sous le coup d’une enquête pour des versements douteux d’une valeur de 200 milliards d’euros entre 2007 et 2015. La Deutsche Bank aurait agi en tant qu’intermédiaire pour Danske en Estonie, en supervisant les transactions durant cette période.

« Il n’y a pas d’alternatives sures aux activités de correspondance bancaire [lorsqu’une banque ouvre un compte dans une banque étrangère pour y effectuer des opérations dans une devise locale] », a expliqué Stephan Wilken, responsable de la lutte contre les crimes financiers et contre le blanchiment d’argent à la Deutsche Bank, aux eurodéputés.

Néanmoins, « notre propre analyse des risques a mené à une réduction de nos activités de correspondant bancaire », a-t-il reconnu.

Interrogé sur l’affaire de la Danske Bank, Stephan Wilken a reconnu qu’en octobre 2015, étant donné les inquiétudes croissantes autour de certaines des transactions dont ils s’occupaient, la Deutsche a décidé de mettre fin à sa relation avec le préteur danois.

Ce genre de contacts prend généralement fin quand la banque constate une violation d’un régime de sanctions ou un manque de transparence dans la manière dont opère le client, a-t-il expliqué. Ce fut le cas de la Danske Bank, mais Stephan Wilken a refusé de mieux expliquer ce qui s’était exactement passé.

Le responsable de la Deutsche Bank a déclaré qu’il ne pouvait pas donner plus de détails parce que l’enquête interne est toujours en cours.

La banque allemande s’est déjà vue infliger une amende de près de 600 millions d’euros en 2017 par les autorités de régulation britannique et américaine pour n’avoir pas pu empêcher des « transactions miroirs ». Le montage permettait à des clients d’acheter des actions à Moscou en roubles et de les revendre tout de suite à Londres ou New York dans d’autres devises, ce qui a permis de sortir de Russie et de blanchir l’équivalent de 10 milliards de dollars.

Trump, Russie et prêt rejeté

La Danske Bank n’a pas été le seul client dont le représentant de la Deutsche Bank n’a pas souhaité parler.

Stephan Wilken a aussi été questionné sur les relations de la banque avec un préteur russe, le groupe VTB, entretenant des liens étroits avec Vladimir Poutine et sujet à des sanctions dans le cadre du conflit ukrainien, ainsi que sur des affaires avec le président américain, Donald Trump.

Le New York Times a rapporté le 2 février que la banque avait refusé un prêt au président américain durant la campagne électorale en 2016.

« Mr Trump a lui-même déclaré en 2017 que nous avions par le passé financé des transactions immobilières pour le compte de son groupe. À part ça, je ne peux pas parler de nos relations avec un client », a déclaré Stephan Wilken.

Il a par ailleurs expliqué que pour décider d’entrer en affaires avec un client, la banque prenait en compte non seulement la situation économique, mais aussi les conséquences de la relation pour la réputation de la banque. « Si nous ne sommes pas à l’aise, nous ne créons pas de liens. »

Le Wall Street Journal a récemment révélé que la Deutsche Bank essayait de se débarrasser d’un prêt accordé au groupe VTB, également lié à Donald Trump par le passé. « Je ne peux pas étayer la couverture médiatique à ce sujet », a commenté l’Allemand.

Les eurodéputés étaient visiblement frustrés de l’absence de réponses à des questions précises et ont même refusé de poursuivre leurs questions après plusieurs tentatives échouées.

« De toute façon, nous n’allons nulle part », s’est découragée Ana Gomes (S&D).

90% des grandes banques européennes déjà sanctionnées pour blanchiment

Selon un rapport britannique, 18 des 20 principales banques européennes, dont 4 françaises, ont déjà été condamnées pour des infractions en matière de lutte contre le blanchiment au cours de la dernière décennie. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Lutte contre le blanchiment d’argent

« Personne à la Deutsche Bank ne souhaite que notre banque ne soit utilisée pour des crimes financiers », a déclaré Stephan Wilken.

Selon lui, le préteur allemand a amélioré sa capacité de lutte contre le blanchiment d’argent, les crimes financiers et l’évasion fiscale ces dernières années. Pour cela, la banque aurait triplé ses ressources et embauché divers profils d’employés, des avocats aux régulateurs.

Par ailleurs, la banque a mis en place une formation « pour s’assurer que chaque employé comprend ce qu’il ou elle peut faire pour empêcher les crimes financiers » et pour que les individus impliqués dans ces scandales soient sanctionnés ou expulsés.

Interrogé sur les possibles conséquences pour un employé, il n’a pas voulu rentrer dans les détails. À la question de savoir combien de personnes ont perdu leur emploi car ils participaient à ces affaires, il a répondu « un petit nombre », mais ne s’est pas étendu sur le sujet.

« Nous voulons être humbles et nous ne voulons pas être l’exemple du pire », a-t-il insisté.

Le président de la commission n’a toutefois pas semblé convaincu. « L’audition n’a pas apporté autant de réponses qu’exigeait l’ampleur du problème », a regretté Petr Ježek (ALDE).

L’eurodéputé a reproché que ni les mesures disciplinaires appropriées contre les personnes impliquées dans ces affaires, ni les plans visant à empêcher que cela ne se reproduise n’ont été mis en place, du moins à la lumière de ce que Stephan Wilken a partagé avec la commission.

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