Dopée par de très bons résultats, la French tech vise désormais le CAC 40

Maia Noël, directrice générale de France Digitale et Cédric O, secrétait d'Etat au Numérique lors de la 10ème édition du France Digitale Day. [Mathieu Pollet]

Les acteurs français et européens de la tech se sont rassemblés mercredi 22 septembre à Paris pour le France Digitale Day. L’occasion de revenir sur les très bonnes performances des start-ups françaises du numérique et de discuter des prochaines étapes.

Tout le monde avait le sourire lors de cette 10ème édition du France Digitale Day, organisée par l’association France Digitale, qui représente plus de 1 800 entrepreneurs et investisseurs du numérique français.

Et pour cause, les start-ups françaises Sorare, qui a développé un jeu d’échange de cartes numériques basé sur la blockchain, et Mirakl, spécialiste français des places de marché en ligne, avaient annoncé la veille avoir bouclé des levées de fonds de 555 millions de dollars — un record pour la tech française — et de 473 millions de dollars respectivement.

« En 48 heures, on a fait autant » en levées de fonds « que dans toute l’année 2015 », s’est réjoui le secrétaire d’État au numérique, Cédric O, invitée à l’occasion.

Le gouvernement avait par le passé indiqué son ambition d’avoir 25 « licornes » — startups non cotées, valorisées à au moins un milliard d’euros — françaises d’ici à 2025. « On en est à 18 ou 19 », a indiqué M. O, avant d’ajouter immédiatement : « Ce n’est plus le sujet ». « On peut se fixer comme objectif que, d’ici 2025, on voit la première entreprise issue de la French tech entrer dans le CAC 40 ».

Pour maintenir la forte croissance des acteurs français du numérique, le secrétaire d’État a identifié deux priorités. D’abord, celle des investissements. Il veut pour cela travailler à faire émerger davantage de grands fonds de capital-risque en Europe, qui viennent abonder les start-ups en financement très tôt dans leur développement.

Il appelle également à renforcer l’initiative « Tibi » qui a permis de réunir plus de 18 milliards d’euros dans un ensemble de fonds pour accompagner les start-ups françaises du numérique dans leur développement, et surtout pour éviter qu’elles aient à chercher des financements hors de l’Europe.

La France veut passer de « startup nation » à une « nation de grandes entreprises technologiques »

« Nous étions une nation startup, nous allons devenir une nation de grandes entreprises technologiques », a déclaré le ministre de l’Économie Bruno le Maire hier (7 juin) à l’occasion d’une conférence qui portait sur le financement de la « IVe révolution industrielle ».

La deuxième priorité, c’est celle des talents : les attirer, mais aussi les faire rester. « Ça veut dire quoi attirer des talents ? C’est les former, parce qu’on n’en a pas suffisamment en France » mais aussi garder en tête, si on veut qu’ils restent, « qu’il y a une concurrence mondiale », a expliqué Maya Noël, directrice déléguée de France Digitale, à EURACTIV.

« Ce qui se passe en ce moment, c’est qu’il y a énormément d’offres d’emplois disponibles », a détaillé à EURACTIV Alice Baleton, cheffe du marketing chez CleverConnect, une start-up spécialisée dans le recrutement des talents.

Selon elle, il y a plusieurs raisons à cela : d’abord, « la reprise » et les besoins supplémentaires pour une filière qui se porte plutôt bien, mais aussi un « turnover énorme, lié à un effet de retard sur les gens qui auraient dû bouger avant mais qui ne l’ont pas fait par sécurité pendant le confinement et surtout ceux qui, pris d’un grand questionnement, décident de changer de vie professionnelle et partir vers de nouveaux horizons », ce qui conduit à une situation où il y a à la fois « beaucoup d’offres et beaucoup de départs ».

Pour pallier cela, la tech française compte bien jouer la carte des « valeurs » — qui était d’ailleurs le thème de cette édition du France Digitale Day. Les valeurs éthiques, mais aussi l’engagement environnemental des start-ups.

« L’Europe est l’écosystème où se pose le plus la question du sens de ce qu’on fait », a souligné M. O, précisant que « ni les Chinois ni les Américains ne peuvent intégrer ça au centre » et qu’il s’agit d’« un avantage concurrentiel très important » pour attirer des talents.

« Il y a vraiment un changement de mentalité. On ne parle plus de ressources humaines, mais de personnes qui ont un besoin de carrière et de donner du sens » à ce qu’ils font, a abondé Mme Noël. Et d’ajouter : « Quand on regarde l’actualité, on parle beaucoup des montants de lever mais il faut aller encore plus loin ».

Subscribe to our newsletters

Subscribe