Ultime plaidoyer de Mario Draghi pour un budget pour la zone euro

Mario Draghi [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Le président de la Banque centrale européenne a prôné la mise en place d’une « capacité fiscale » commune pour faire face aux chocs économiques dans la zone euro durant son dernier débat avec les parlementaires européens.

Le président de la Banque centrale européenne (BCE) s’est exprimé le 23 septembre devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen. Il a défendu les mesures monétaires « fortes » lancées il y a deux semaines en raison du « ralentissement plus rapide et généralisé que prévu, des risques persistants et importants qui pèsent sur les perspectives de croissance, et d’un nouveau retard dans l’ajustement de l’inflation à notre objectif ».

Mais les faibles taux d’intérêt de la BCE, les prêts bon marché accordés aux banques et les programmes d’achat d’obligations ne seront pas suffisants pour remettre l’économie européenne sur les rails.

« Nous avons besoin d’une stratégie économique cohérente dans la zone euro, afin de compléter et renforcer l’efficacité de la politique monétaire », a-t-il déclaré.

La crainte d’une récession augmente à mesure que l’inflation diminue dans la zone euro

L’inflation dans la zone euro est tombée à 1 % en juillet, son plus bas niveau depuis 2016, selon les données d’Eurostat publiées le 19 août 2019. Ce qui pousse la Banque centrale européenne à réamorcer son programme de relance économique en septembre.

Plus tôt ce mois-ci, à Francfort, Mario Draghi avait souligné que les États membres avaient un rôle à jouer en adoptant des mesures d’impulsion budgétaire et en faisant avancer les réformes structurelles pour contrer le risque de récession.

Rappelant ses premières paroles prononcées devant la commission parlementaire en 2011, lorsque l’Europe plongeait dans une seconde récession, il a également insisté sur l’importance d’achever l’union économique et monétaire (UEM) en la dotant d’une capacité fiscale efficace pour le soutien des membres de la zone euro en cas de turbulences soudaines dans leurs économies.

Le président français Emmanuel Macron et la Commission européenne ont plaidé pour la mise en place d’un budget de la zone euro au cours des dernières années. Mais un groupe de pays menés par les Pays-Bas s’est vivement opposé à cette proposition.

Les ministres des Finances de l’UE planchent sur les détails d’une version édulcorée du projet, qui devrait être signée d’ici à la fin de l’année.

Cela dit, ce nouvel instrument n’inclurait pas la dimension anticyclique réclamée par la BCE. Il permettrait seulement de soutenir les réformes et l’investissement.

« J’ai parfaitement conscience des difficultés politiques liées à la mise en place d’un tel instrument dans la zone euro. Des obstacles similaires nuisent à l’achèvement de l’union bancaire et à la réalisation d’une véritable union des marchés des capitaux », a déclaré Mario Draghi devant les eurodéputés.

Mais, a-t-il averti, « ignorer la nécessité de remédier aux faiblesses institutionnelles de l’UEM compromettrait ce qui a déjà été accompli grâce à l’engagement et au travail acharné de toutes les parties prenantes ».

Mauvaises perspectives

La dernière audition de Mario Draghi devant la commission parlementaire s’est déroulée dans le contexte d’un ralentissement de la croissance économique dans la zone euro qui, a-t-il souligné, est « plus important que ce que nous avions prévu ».

La BCE prévoit une croissance de la zone euro de 1,1 % en 2019, en recul de 0,6 % par rapport aux projections de décembre 2018, et de 1,2 % en 2020, soit 0,5 % en dessous des prévisions de décembre dernier.

Au-delà, l’horizon semble encore plus sombre, a-t-il prévenu.

« Les données récentes et les indicateurs avancés, tels que les nouvelles commandes à l’exportation du secteur manufacturier, ne montrent aucun signe probant d’un rebond de la croissance dans un avenir proche et l’équilibre des risques pesant sur les perspectives de croissance reste orienté à la baisse. »

« Plus la faiblesse du secteur manufacturier durera, plus les autres pans de l’économie risqueront d’être affectés par le ralentissement », a-t-il ajouté.

Le président de la BCE a expliqué que la guerre commerciale et d’autres facteurs géopolitiques affectaient la production européenne et la confiance économique, en particulier dans le secteur manufacturier.

En conséquence, l’Allemagne est « l’un des membres de la zone euro les plus affectés par le ralentissement », car la part de son industrie manufacturière (39 %) est nettement plus élevée que la contribution totale de la République fédérale au PIB de la zone euro (environ 28 %).

Le recul du PIB allemand pénalise toute l’Europe

La chute du PIB en Allemagne a ralenti les résultats économiques de l’UE et de la zone euro. Si l’économie allemande, locomotive de l’Europe, cesse de fonctionner, le train européen ralentit. Dans le même temps, la création d’emploi décline dans l’UE. Un article d’Euroefe.

La semaine dernière, le gouvernement allemand a présenté un plan de relance budgétaire de 54 milliards d’euros pour faciliter la transition vers une économie « verte » et soutenir la croissance en berne.

Mario Draghi présidera pour la dernière fois le conseil des gouverneurs de la BCE le 24 octobre. Christine Lagarde, la directrice générale sortante du Fonds monétaire international, lui succédera le 1er novembre, devenant la première femme à diriger la Banque centrale européenne.

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