Mario Draghi presse les États membres pour finaliser l’union bancaire

ECON Committee meeting - Dialogue with Mario DRAGHI, President of the European Central Bank [European Parliament]

Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a appelé les États membres de la zone euro à finaliser l’union bancaire avec un système européen d’assurance des dépôts.

S’exprimant le 9 juillet devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE) a fait référence à l’impasse des négociations sur la réforme de la zone euro. En effet, un groupe de pays dirigé par l’Allemagne s’oppose à la mutualisation des risques, à moins que les banques n’éclaircissent leurs comptes.

« Nous ne devrions pas être freinés par la distinction entre la réduction des risques et le partage des risques », a-t-il déclaré aux eurodéputés, soulignant que les deux concepts sont complémentaires.

Les 28 repoussent la finalisation de l’union bancaire

Ils avaient promis de faire bouger les réformes de la zone euro en juin, pourtant les dirigeants de l’UE ont reporté jusqu’en décembre un accord à ce sujet.

La banque centrale italienne a fait valoir que la réduction des risques demandée par Berlin et près d’une douzaine d’autres pays pour faire avancer le SEAD, le système européen d’assurance des dépôts, avait déjà eu lieu.

Pour illustrer la réduction « substantielle » du risque, Mario Draghi a rappelé que les ratios des fonds propres de base de catégorie 1 (CET 1) des grandes banques, un indicateur clé de la santé des banques, sont aujourd’hui 67 % plus élevés que ce qu’ils étaient au début de la crise financière il y a dix ans.

En ce qui concerne les prêts non performants, particulièrement élevés en Grèce, à Chypre et en Italie, le président de la BCE a fait remarquer que les développements concernant ces actifs toxiques allaient « dans la bonne direction mais nous ne sommes pas encore au bout du chemin. »

En dehors de ces pays spécifiques, le ratio moyen des prêts non productifs par rapport au montant total des prêts dans la zone euro est inférieur à 5 %.

Outre les progrès réalisés en matière de réduction des risques, le chef de la BCE a plaidé en faveur de la mise en place du SEAD parallèlement au renforcement des bilans des banques, étant donné que le partage des risques « contribue grandement » à la réduction des risques.

Mario Draghi a déclaré qu’une garantie paneuropéenne pour les épargnants contribuerait à la stabilité financière et économique, car elle éviterait « le risque de déstabiliser les prophéties auto-réalisatrices » des cycles bancaires et augmenterait « l’efficacité de la politique monétaire, car elle réduirait la fragmentation financière ».

Au cours des derniers mois, la Commission européenne a également insisté sur la nécessité de faire progresser parallèlement le partage et la réduction des risques.

Gouvernance efficace

Mario Draghi partage également le point de vue de la Commission sur la gouvernance du filet de sécurité pour résoudre le problème des banques en faillite, le seul élément de l’union bancaire à portée de main.

Les pays ne sont toutefois pas d’accord sur le processus de décaissement des fonds pour remettre sur pied de façon ordonnée les entités financières chancelantes. Bien qu’un accord était attendu pour le mois de juin, les dirigeants de l’UE l’ont reporté à la fin de cette année.

Le président de la BCE a déclaré que le filet de sécurité, d’environ 60 milliards d’euros provenant du mécanisme européen de stabilité, « devrait être rendu opérationnel dès que possible et être doté de procédures de prise de décision rapides et efficaces ».

Cependant, Berlin et d’autres gouvernements veulent assurer un contrôle politique important du filet de sécurité, impliquant non seulement les ministres des Finances, mais aussi les parlements nationaux.

Des responsables de l’UE ont averti qu’une telle structure de gouvernance ralentirait le processus décisionnel nécessaire pour contenir l’instabilité financière en déboursant des fonds en période de liquidation des banques, ce qui pourrait se produire du jour au lendemain.

Alors que l’union bancaire reste une priorité absolue pour les institutions européennes, Mario Draghi a également évoqué des mesures à long terme pour renforcer l’union économique et monétaire avec de nouveaux instruments budgétaires.

Il a déclaré aux députés européens que la zone euro bénéficierait d’une fonction de stabilisation commune.

« Un tel instrument pourrait fournir un soutien macroéconomique en cas de récession à l’échelle de la zone euro, préservant ainsi la convergence, soutenant la stabilisation des politiques nationales et permettant à la politique monétaire de fonctionner efficacement », a-t-il expliqué.

Mais il a déclaré que cet instrument ne devrait pas faire obstacle aux mesures prises par les gouvernements pour équilibrer leurs comptes publics ou réformer leur économie.

Une assurance chômage européenne

Interrogé sur un régime européen d’assurance-chômage, l’une des idées incluses dans la proposition franco-allemande visant à renforcer l’UEM, Mario Draghi a déclaré que « c’est la bonne chose à faire ».

Exprimant son point de vue personnel, puisque le conseil des gouverneurs de la BCE n’a pas encore discuté du sujet, il s’est prononcé en faveur de l’idée pour plusieurs raisons : elle combine la fonction de stabilisation et la protection sociale, renforce la mobilité de la main-d’œuvre, et est compatible avec l’union monétaire.

L’UE met sa stratégie d’union toujours plus étroite en suspens

Alors que l’UE s’apprête à célébrer son 60ème anniversaire, le principe d’union toujours plus proche » qui soutient le projet européen est mis en suspens pour tout miser sur la survie à cette annus horribilis.

Il a convenu qu’elle devrait être bien conçue, ce qui n’est pas « simple », et a déclaré qu’elle devrait prendre en compte les systèmes d’assurance chômage existants.

Mais le président de la BCE a insisté sur le fait que la proposition pousserait l’union économique et monétaire « exactement dans la bonne direction ».

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